Les conseils du nord et de la frontière de Gaza luttent contre les coupes budgétaires
Pour les autorités locales, la baisse des fonds alloués menace la reprise ; des élus de la coalition et de l'opposition critiquent cette décision ; la coalition approuve des milliards de $ de fonds discrétionnaires
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La décision du gouvernement de couper quelque 150 millions de shekels de fonds dans le cadre d’une réduction globale de 3 % visant à renforcer le budget consacré à la guerre contre l’Iran et son proxy terroriste chiite libanais, le Hezbollah, a soulevé une vague de protestations généralisées. Parmi les opposants à cette mesure figurent les communautés frontalières du Liban et de Gaza, les députés de l’opposition, ainsi que certains membres de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Les conseils régionaux des communautés situées le long des frontières nord et de Gaza d’Israël ont donc adressé une lettre au Premier ministre Benjamin Netanyahu, pour manifester leur désaccord face à la réduction des budgets destinés à « reconstruire et renforcer les zones frontalières de l’État d’Israël ».
Les représentants du Forum de la ligne de confrontation, du conseil régional de Sdot Neguev et d’autres instances locales implorent le Premier ministre et le ministre des Finances Bezalel Smotrich de ne pas inclure ces programmes dans la réduction générale qui a été annoncée cette semaine.
« Nous vous demandons, Monsieur le Premier ministre et Monsieur le ministre des Finances, d’exclure [ces] fonds des coupes budgétaires, et de veiller à ce que les fonds destinés à la réhabilitation et au développement des zones de la ligne de confrontation et de l’enveloppe de Gaza soient maintenus dans leur intégralité », ont-ils écrit.
Cette lettre intervient un jour à peine après que des centaines de milliers d’habitants du nord se sont vus contraints, à plusieurs reprises, de se réfugier dans des abris tandis que le Hezbollah lançait quelque 200 roquettes et drones sur le nord, redevenu un épicentre des combats.
Plus de 60 000 habitants des communautés du nord avaient été évacués lorsque le Hezbollah, au lendemain du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, avait lancé une offensive contre Israël à l’aide de roquettes, de missiles et de drones. Fin 2024, Israel a à son tour lancé une vaste campagne contre le groupe, lui infligeant d’énormes dégâts. Une campagne qui s’est terminée par un cessez-le-feu en novembre 2024. Mais la reconstruction des zones dévastées du nord du pays a pris du temps, et de nombreux habitants n’ont pu regagner leurs foyers que récemment.
Mardi, les ministres ont voté une réduction de 3 % du budget de l’ensemble des ministères, à l’exception de celui de la défense, ainsi qu’un ajout de 28 milliards de shekels au budget de la défense, déjà fixé à 112 milliards de shekels. Dans le même temps, ils ont approuvé la distribution dans le budget de l’État pour 2026 de plus de 5 milliards de shekels provenant des fonds de la coalition aux institutions haredim, aux implantations de Cisjordanie et à d’autres projets prioritaires du parti.
L’impact de ces coupes budgétaires sur les communautés du nord a également suscité des réactions négatives au sein de la coalition.
« Concrètement, ces mesures se traduisent par une coupe d’environ 150 millions de shekels dans les budgets alloués à la reconstruction et au développement des communautés frontalières, au moment même où les dépenses publiques dans ces zones devraient augmenter dans les mois à venir », a écrit le député Otzma Yehudit Yitzhak Kroizer dans une lettre adressée à Smotrich et signée par neuf députés issus de la coalition et de l’opposition, dans laquelle ils exigent que les fonds destinés aux communautés du nord soient épargnés.
Les signataires, parmi lesquels figurent les députés de l’opposition Alon Schuster et Michael Biton du parti HaMahane HaMamlahti-Kakhol lavan, Ram Ben-Barak et Tatiana Mazarsky du parti Yesh Atid, ainsi que les élus de la coalition Tzvika Fogel, du parti Otma Yehudit et Nissim Vaturi, du Likud, ont expliqué que les fonds destinés à la reconstruction et au renforcement des communautés frontalières du nord sont inclus dans des catégories budgétaires plus larges telles que le développement régional et les infrastructures, ainsi que dans les allocations budgétaires approuvées ces derniers mois par la coalition, dont aucune n’est exemptée des coupes budgétaires générales de 3 %.
Or, selon les responsables locaux, ces fonds ne sont pas destinés à un « développement classique » ; ils « ont pour objectif de permettre un processus de réhabilitation à long terme, le retour à une vie civile normale dans une région qui a été touchée de manière inédite, ainsi que la mise en place d’infrastructures stables pour la croissance, la sécurité et la résilience des communautés, pour les années à venir ».
La population civile de ces régions continue de souffrir d’une menace permanente pour sa sécurité. Beaucoup passent de longues périodes dans des pièces sécurisées. Selon les autorités locales, la réduction de ces budgets « pourrait retarder des chantiers essentiels qui sont déjà en phase de planification et d’exécution, et créer une incertitude budgétaire » au moment même où il est nécessaire de renforcer ces régions sinistrées.
« Les localités du nord sont confrontées à une réalité sécuritaire complexe et persistante. Les budgets alloués à la reconstruction, au renforcement de la résilience civile et au développement régional n’ont rien de superflu ; ils constituent une nécessité nationale absolue », a affirmé Kroizer sur X.
Les coupes budgétaires ont également suscité une vague de critiques de la part des personnalités de l’opposition.
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a relayé cette lettre dans un message sur le réseau social X, déclarant que « pendant que les habitants du nord cherchent un refuge pour échapper à des tirs nourris, les ministres du gouvernement ont réduit les budgets consacrés à la reconstruction et à la protection de la région », soulignant également que cette décision avait été prise le jour même où le gouvernement avait approuvé « 5 milliards de shekels de fonds de coalition pour les réfractaires [haredim] au service militaire ».
« Et maintenant, les responsables des conseils des régions de la ligne de confrontation se voient contraints de supplier le gouvernement de leur restituer les fonds dont ils ont cruellement besoin. Un gouvernement aux priorités inversées, qui ne se soucie que de lui-même et qui abandonne son propre peuple », a dénoncé Bennett, qui est considéré comme le rival principal de Netanyahu dans les élections qui auront lieu cette année.
Le chef du parti démocrate, Yair Golan, a pour sa part écrit sur le réseau social X que « au lieu de reconstruire et de renforcer le front intérieur, ce gouvernement réduit les budgets consacrés à la réhabilitation et à la construction. »
« Cette réalité d’abandon est intolérable », a-t-il souligné, ajoutant qu’il s’agissait de « pure cruauté ».
« Mes pensées vont aux habitants du nord, qui ont subi des tirs de roquettes incessants hier soir », a-t-il poursuivi.
Ces coupes budgétaires ne sont que les dernières en date dans les investissements destinés aux communautés sinistrées du nord d’Israël. En janvier, un audit réalisé par le bureau du contrôleur général, Matanyahu Englman, a révélé que le Commandement du Front intérieur avait gelé le programme « Bouclier du nord » lancé en 2018, dont l’objectif était de préparer le front civil du nord d’Israël aux situations d’urgence et notamment de remédier à la pénurie d’abris antiaériens, après que le gouvernement n’a transféré que 52 % des quelque 3 milliards de shekels alloués au projet.
« Le gouvernement a approuvé un programme pluriannuel sans lui allouer de ressources budgétaires, alors que la question avait déjà été soulevée dans un précédent rapport », a déclaré le contrôleur.
En visite au kibboutz Manara, à la frontière nord avec le Liban, qui a vu 75 % de ses bâtiments et infrastructures détruits par les roquettes et les drones kamikazes du Hezbollah, Englman a fait part de son inquiétude : « La situation sur le terrain est très préoccupante. Rien ne justifie que la reconstruction des maisons du kibboutz Manara prenne des années. »
« La reconstruction doit être menée rapidement et efficacement, en utilisant au maximum les ressources disponibles », a-t-il ajouté.
Diana Bletter a contribué à cet article.
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