Alyah : Israël teste sa capacité à accueillir des Juifs exilés en masse
Tirant les leçons des erreurs commises après l'invasion russe en Ukraine, le ministère simule l'arrivée de 10 000 immigrants en 2 semaines pour tester son plan visant à faciliter leur intégration
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Le scénario est le suivant : un acte antisémite majeur a été commis dans un pays où vit une importante communauté juive, déclenchant un exode massif de milliers de Juifs qui fuient vers Israël. Des centaines de nouveaux immigrants arrivent chaque jour, cherchant refuge et espérant être rapidement intégrés dans la société israélienne.
Même si tout porte à croire que ce scénario a peu de chances de se produire à court terme, il est loin d’être impossible, et suffisamment préoccupant pour que le ministère israélien de l’Immigration et de l’Intégration se prépare à y faire face si – ou quand – il se produira.
« Il s’agit d’un scénario extrême, mais pas apocalyptique », a déclaré Avichaï Kahana, directeur général du ministère de l’Immigration et de l’Intégration, au Times of Israel.
« C’est un scénario qui pourrait se produire à tout moment dans un avenir proche, et nous voulons être prêts. »
Jeudi, une centaine de représentants de différents ministères, d’organisations à but non lucratif et de services essentiels se sont réunis dans une petite salle du National College for Israeli Resilience, à Ramle, pour une journée de jeux de rôle et de simulations en vue de se préparer à un tel événement d’immigration de masse.
La mission consistait à évaluer le niveau de préparation du pays et à élaborer une stratégie pour faire face à une situation où 800 personnes immigreraient chaque jour pendant deux semaines en réponse à un état d’urgence dans leur pays d’origine, entraînant l’arrivée de plus de 10 000 personnes en Israël en peu de temps.
Israël a déjà une expérience concrète dans la gestion de tels afflux. En 1991, le pays avait évacué par avion plus de 14 000 personnes d’Éthiopie en un jour et demi.
Plus récemment, quelque 75 000 immigrants sont arrivés de Russie et d’Ukraine dans les mois suivant le déclenchement de la guerre en 2022.
« À I’époque, il y avait certains jours où 1 500 personnes arrivaient », a précisé Kahana.
L’exercice de jeudi s’est appuyé sur les enseignements tirés de cette expérience, qui ont été intégrés ces derniers mois dans un plan ministériel baptisé « Hisser la bannière de l’alyah ».
L’an dernier, le ministère a commencé à élaborer un plan d’action pour faire face à un tel afflux massif d’immigrants, et la simulation de jeudi a été l’occasion de débattre et de remettre en question ses conclusions pour la première fois avec les différentes organisations et instances, a expliqué Kahana.
Alors que l’antisémitisme constitue une préoccupation croissante pour les communautés juives à travers le monde, le ministère de l’Immigration et de l’Intégration s’efforce d’améliorer la capacité du pays à attirer et à accueillir un nombre croissant d’olim hadashim – nouveaux immigrants. Selon les données du ministère, quelque 54 000 olim sont arrivés en Israël depuis le 7-Octobre, ce qui correspond à peu près au nombre total d’immigrants avant la pandémie de Covid-19.
« Dans la plupart des pays, les gens partent pendant une guerre, mais en Israël, ils viennent pour aider », a déclaré avec humour le ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Ofir Sofer, se félicitant des chiffres élevés de l’immigration, même si la réalité est un peu plus complexe.
Une attaque terroriste de grande ampleur, des bouleversements politiques ou des troubles généralisés ne sont que quelques-uns des facteurs susceptibles d’inciter les Juifs d’un pays à partir en masse, en particulier dans les régions où la gouvernance est plus faible ou la stabilité socio-économique moindre.
« Nous imaginons des scénarii dans un pays en situation économique difficile, où le gouvernement ne serait pas en mesure de protéger ses citoyens », a expliqué Kahana.
« Il existe des menaces concrètes à grande échelle contre les communautés juives de nombreux pays, et il ne se passe pratiquement pas une semaine sans que les forces de sécurité déjouent un incident majeur. »
Chaque détail compte
Au cours de l’exercice de jeudi, les membres des différentes équipes de travail ont analysé différents aspects du plan afin d’identifier ses points faibles et les écarts entre les besoins et la réalité. L’exercice consistait à planifier l’évacuation des émigrants de leur pays d’origine et leur accueil en Israël.
Une équipe a élaboré un plan pour une situation dans laquelle elle ne disposait que de 24 heures pour organiser des vols au départ d’un pays non nommé afin d’évacuer des avions remplis de Juifs en fuite. Qui serait chargé de mener à bien ces efforts ? Comment la communauté juive serait-elle mobilisée et comment les émigrants potentiels seraient-ils identifiés ? Comment la nourriture et les médicaments seraient-ils fournis ? Comment les informations seraient-elles recueillies et partagées entre les différentes parties prenantes ?
Une coopération efficace en matière de collecte et de partage des données était un point particulièrement sensible, a souligné Kahana.
« C’est un point sur lequel nous avons échoué à plusieurs reprises, notamment pendant la guerre à Gaza », a-t-il déclaré.
« Lorsque les gens ont été évacués vers des hôtels après le 7-Octobre, nous ne disposions pas d’informations fiables sur les personnes hébergées dans chaque hôtel, ni sur celles qui se déplaçaient d’un endroit à l’autre, car il n’y avait pas de communication efficace entre les différentes autorités. »
Une autre équipe a travaillé sur un plan visant à accueillir les olim hadashim à l’aéroport, à traiter leurs dossiers et à les orienter vers des centres d’accueil – merkaz klita – et des hôtels à travers le pays. Il faudrait envoyer du personnel sur place muni d’informations détaillées sur les besoins de chacun, et prévoir un budget pour financer tout cela de manière transparente.
Et que faire si bon nombre des arrivants avaient été blessés lors
d’attaques ? Et qu’en est-il des enfants qui arrivent sans leurs parents ou des personnes ayant des besoins particuliers ? Et qu’en est-il des 5 % d’arrivants environ qui ne sont pas éligibles à l’immigration en Israël en vertu de la Loi du retour ?
Un dernier exercice a exploré les questions d’immigration à plus long terme après les premières semaines, un défi auquel Israël est confronté depuis qu’il a accueilli pour la première fois des immigrants en fuite alors qu’il n’était encore qu’un jeune État.
« C’est le défi qui m’inquiète le plus », a confié Kahana.
« Israël est doué pour gérer les situations d’urgence lorsque les choses évoluent rapidement et que l’adrénaline monte, mais que se passe-t-il après quelques semaines, lorsque les gens doivent commencer leur nouvelle vie et que les médias ne sont plus là pour couvrir l’événement ? »
Ces derniers mois, le ministère de l’Immigration et de l’Intégration a lancé plusieurs nouvelles initiatives pour favoriser une alyah réussie, notamment un nouveau plan annoncé le mois dernier pour collaborer avec des entreprises israéliennes et fournir des emplois aux olim hadashim dès leur arrivée dans le pays.
Au début du mois, il a également dévoilé un nouveau régime fiscal prévoyant un taux d’imposition à 0 % pour les immigrants arrivant en 2026.
En février, le ministère a annoncé un programme s’élevant à 170 millions de shekels visant à améliorer l’intégration, ainsi qu’une réforme destinée à accélérer le processus d’octroi de licences permettant aux nouveaux immigrants de travailler dans leur domaine professionnel. Plus récemment, il a lancé un nouveau programme gouvernemental offrant des mesures incitatives pour attirer en Israël des Juifs dont les compétences sont très recherchées.
D’autres initiatives sont également en cours, comme l’extension des exonérations fiscales pour les olim qui possèdent une entreprise, ou encore l’offre d’une assistance personnelle aux immigrants potentiels dans toute l’Europe.
Si la plupart de ces efforts visent à rendre le pays attractif pour les immigrants issus de pays riches, la simulation d’urgence de jeudi a rappelé que les immigrants arrivant en Israël le font souvent sous la contrainte, avec peu de ressources et des besoins complexes.
« Ce type de scénario a clairement toutes les chances de se produire, compte tenu de la forte augmentation de l’antisémitisme dans le monde, et nous devons nous y préparer », a déclaré Sofer dans un communiqué.
« Il est impossible d’ignorer la possibilité que des scénarii extrêmes conduisent à une immigration rapide et massive à l’avenir. L’État d’Israël doit être prêt à les accueillir et à les intégrer chaque fois que cela sera nécessaire. »
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