Rechercher

Après des années d’hésitation, de plus en plus de Druzes demandent la nationalité israélienne

Sous le double effet d'une roquette meurtrière tirée par le Hezbollah et de la chute du régime Assad, les habitants du nord du Golan renoncent à leurs liens historiques avec la Syrie et ils cherchent à renforcer leur identité israélienne

Illustration : Des membres de la communauté druze israélienne arrivant pour assister à une célébration au tombeau sacré de Nabi Shoaib, près de Tibériade, dans le nord d'Israël, le 25 avril 2018. (Crédit : Jalal Marey/AFP)
Illustration : Des membres de la communauté druze israélienne arrivant pour assister à une célébration au tombeau sacré de Nabi Shoaib, près de Tibériade, dans le nord d'Israël, le 25 avril 2018. (Crédit : Jalal Marey/AFP)

Dimanche, le premier soldat originaire de la ville druze de Majdal Shams a été tué au combat alors qu’il servait au sein de l’armée israélienne.

Le sergent-chef Maher Khatar du Corps du Génie Militaire, qui était âgé de 38 ans, a perdu la vie aux côtés du sergent-chef Or Demry, à proximité de l’avant-poste de Tzivoni – l’un des cinq avant-postes mis en place par Tsahal dans le sud du Liban après la signature de l’accord de cessez-le-feu qui avait été conclu au mois de novembre 2024.

Les deux hommes ont été touchés par un obus de mortier ou par un missile tiré par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah alors qu’ils se rendaient sur place, à bord de bulldozers D9. Ils devaient y secourir un char immobilisé.

En conséquence, Majdal Shams, une ville d’environ 12 000 habitants, a organisé ses premières funérailles militaires.

Dans cette petite localité située aux abords de la frontière syrienne et des pentes du mont Hermon, les soldats de Tsahal sont encore peu nombreux. Quelque chose qui semble toutefois être sur le point de changer.

Un peu plus d’une semaine avant la mort de Khatar – et deux jours avant le début de la seconde guerre contre la république islamique d’Iran – le Times of Israel s’est rendu à Majdal Shams dans le cadre d’une visite de la région, située à la frontière qui sépare Israël de la Syrie et du Liban.

Le sergent-chef Maher Khatar, tué au Liban le 8 mars 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Dans tout le secteur, le jour de cette visite, il y a des tensions dans l’atmosphère.

Malgré l’accord de cessez-le-feu, les habitants israéliens qui vivent près de la frontière confient qu’ils ne se sentent pas en sécurité, ajoutant qu’ils attendent avec impatience que Tsahal change d’approche en matière de sécurité et frappe de l’autre côté de la frontière.

La situation a finalement évolué le samedi 28 février, avec l’attaque conjointe américano-israélienne qui a été lancée contre de hauts responsables du régime iranien.

Quelques jours plus tard, Israël a également riposté aux tirs du Hezbollah, reprenant ainsi sa campagne contre le terrorisme.

Des soldats israéliens fixant un drapeau druze sur l’antenne d’un humvee de l’armée, posté le long de la clôture barbelée près du village druze de Majdal Shams, sur le plateau du Golan, le 19 juillet 2025. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

À Majdal Shams, le terrain de football qui est situé au cœur de la ville est une étape incontournable. C’est là que douze jeunes enfants ont été tués lorsqu’une roquette tirée par le Hezbollah s’est abattue sur le terrain, dans la matinée du samedi 24 juillet 2024. Un match était alors en cours.

Une tragédie qui avait plongé la ville et les trois autres villages druzes voisins, Masada, Ein Qiniyye et Buqata, dans le deuil et dans la colère.

Un mémorial est actuellement en cours de construction à l’emplacement du cratère qui avait été laissé par la roquette.

Entouré de terrains de sport et d’une aire de jeux pour les tout-petits, ce stade improvisé témoigne de manière violente et douloureuse de l’importance du site du massacre dans la vie quotidienne de Majdal Shams.

(Rangée du haut, de gauche à droite) Ameer Rabeea Abu Saleh, 16 ans, Iseel Nashaat Ayoub, 12 ans, Hazem Akram Abu Saleh, 15 ans, Milad Muadad Alshaar, 10 ans (Rangée du milieu, de gauche à droite) Alma Ayman Fakher Eldin, 11 ans, Naji Taher Alhalabi, 11 ans, Johnny Wadeea Ibrahim, 13 ans (Rangée du bas, de gauche à droite) Fajer Laith Abu Saleh, 16 ans, Vinees Adham Alsafadi, 11 ans Nathem Fakher Saeb, 16 ans Yazan Nayeif Abu Saleh, 12 ans (rangée du bas, de gauche à droite) Fajer Laith Abu Saleh, 16 ans, Vinees Adham Alsafadi, 11 ans Nathem Fakher Saeb, 16 ans, et Jifara Ibrahim, 11 ans, qui ont été tués par une attaque à la roquette du Hezbollah sur Majdal Shams le 27 juillet 2024. (Crédits : Autorisation)

Cette visite de la frontière syrienne s’est déroulée dans le cadre d’un séminaire organisé par le Forum Dvora, une organisation israélienne consacrée au rôle des femmes dans les domaines de la sécurité nationale et de la politique étrangère.

La lieutenant-colonel (Rés.) Sarit Zehavi, directrice du Centre de recherche et d’éducation Alma, qui étudie les défis sécuritaires auxquels Israël est confronté dans le nord, nous a servi de guide.

Un homme impliqué dans les affaires civiles locales, qui a souhaité garder l’anonymat, a fait remarquer que les habitants de la région avaient été stupéfaits par l’ampleur du soutien et de la solidarité dont ils avaient bénéficié de la part de la population israélienne à la suite de la tragédie de Majdal Shams.

Malgré les relations chaleureuses entre les Druzes et le reste de la population du pays, ils ont été surpris par l’accueil et l’attention qui ne se sont pas estompés avec le temps, a-t-il dit.

Construction d’un mémorial en février 2026 à l’endroit où une roquette du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a frappé en juillet 2024 un terrain de football à Majdal Shams, tuant douze enfants. (Crédit : Tal Schneider/Times of Israel)

Le fait que Majdal Shams déplore désormais également sa première victime militaire témoigne de manière sombre de la transformation qui est actuellement en cours dans les quatre villages druzes du nord du plateau du Golan.

Pendant de nombreuses années, les Druzes du Golan ont entretenu des liens familiaux avec leurs proches qui vivaient de l’autre côté de la frontière – mais leurs relations avec l’ancien régime syrien allaient au-delà de la simple parenté.

Jusqu’il y a environ dix ans, de nombreux jeunes Druzes traversaient la frontière pour aller faire leurs études dans les universités de Damas – dans cette Syrie qui est pourtant l’un des quatre pays que la loi israélienne définit comme un « État ennemi ».

Le régime de Bachar al-Assad leur offrait des frais de scolarité gratuits, une admission sans condition et un cadre de vie laïc.

Les habitants du village druze de Majdal Shams célébrant la prise de pouvoir des rebelles en Syrie, à Majdal Shams, sur le plateau du Golan, le 9 décembre 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Par exemple, le maire de Massada, Salman Batahish, avait obtenu son diplôme de dentisterie à l’université de Damas, en 2012.

Wael Mughrabi, le maire d’Ein Qiniyye, éducateur sportif, était également parti étudier le même cursus au sein de la capitale syrienne – mais il avait finalement abandonné.

Beaucoup d’ingénieurs et de médecins des quatre villages sont diplômés de l’université de Damas.

Et les liens entre les habitants des quatre villages druzes du plateau du Golan et la Syrie ne se limitaient pas aux études.

Des produits agricoles, principalement des pommes, étaient transportés de l’autre côté de la frontière toute proche pour être vendus en Syrie. Naturellement, il y avait également des liens familiaux, avec notamment des mariages arrangés dans le cadre desquels de jeunes femmes druzes quittaient Israël pour s’installer dans des villages druzes syriens afin de s’y marier.

Depuis le début de la guerre civile syrienne, en 2011, ces liens n’ont cessé de s’affaiblir. Dans le même temps, l’attachement des habitants de ces villages druzes à l’identité israélienne n’a cessé de se renforcer.

Alors qu’Israël avait effectivement repris le plateau du Golan en 1981, offrant la pleine citoyenneté à ses habitants druzes, la grande majorité d’entre eux l’avaient rejetée, lui préférant le statut de résident permanent. Un rejet qui avait continué au fil des décennies.

Il faut dire que le statut de résident permanent permettait aux Druzes de travailler et de voyager librement en Israël tout en conservant leur identité syrienne, par loyauté ou par crainte de représailles de la part du régime à l’encontre de leurs proches, de l’autre côté de la frontière.

Des résidents druzes manifestant près de la barrière frontalière israélo-syrienne en solidarité avec leur communauté en Syrie, à Majdal Shams, le 16 juillet 2025. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Mais cette dynamique de longue date est en train de changer.

En 2017, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Aryeh Deri, avait annoncé la tenue des toutes premières élections locales dans les villages druzes du plateau du Golan.

Si le droit de se présenter aux élections avait été réservé à ceux qui avaient achevé le processus de naturalisation et qui détenaient la citoyenneté israélienne, le droit de vote avait été étendu à tous les résidents, y compris à ceux qui ne disposaient que d’un statut de résident.

Jusqu’à cette année-là, seulement environ 20 % des quelque 26 000 habitants de ces villages avaient entamé des démarches de naturalisation. Avec le déclenchement de la guerre civile syrienne, le nombre de personnes demandant la citoyenneté avait certes augmenté, mais de manière modérée, avec une dizaine de demandes supplémentaires par an.

Une Druze israélienne quittant le bureau de vote après avoir voté lors des élections législatives, à Daliyat al-Karmel, dans le nord d’Israël, le 17 septembre 2019. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

La récente visite effectuée à Majdal Shams a été l’occasion d’interroger un habitant de la ville sur la tendance en matière de demande de naturalisation, par opposition au statut de résident qui est actuellement celui de la majorité des habitants. L’homme a fait remarquer que les chiffres étaient désormais en forte hausse.

Lors des précédentes élections, les habitants des quatre villages druzes détenant la nationalité israélienne votaient généralement dans le bureau de vote de Neve Ativ, un moshav voisin.

Avec une raison clairement établie : un grand nombre d’entre eux craignaient d’être boycottés et ostracisés au sein de leurs propres communautés s’il s’avérait que leur participation à des élections nationales israéliennes devait être connue. En cela, voter au sein d’une localité juive permettait aux Druzes concernés d’accomplir leur devoir de citoyen de manière anonyme.

Jusqu’en 2022, s’identifier ouvertement au gouvernement israélien était encore considéré comme un geste dangereux par beaucoup, en raison du régime Assad en Syrie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le chef spirituel de la communauté druze d’Israël, le cheikh Muafak Tarif, au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 mai 2025. (Crédit : Haïm Zach/GPO)

En 2022, des bureaux de vote avaient été installés dans les quatre communautés, mais le taux de participation était resté faible.

À Majdal Shams, le taux de participation parmi les électeurs inscrits s’était élevé à 23 % (312 personnes) ; à Masada, à 22 % (101 personnes) ; à Buqata, à 25 % (190 personnes) ; et à Ein Qiniyye, à 15 % (31 personnes).

À Majdal Shams, le parti arrivé en tête avait été Yesh Atid (42 %), suivi du Likud (14 %). Le parti arabe Raam n’avait obtenu que deux voix dans toute la ville, et un autre parti arabe, Hadash-Taal, n’en avait obtenu qu’une seule.

À Masada, un parti local dirigé par Wajdi Taher avait remporté 40 % des voix, suivi du Likud et d’Yisrael Beitenu, avec environ 12 % chacun. À Buqata, le parti HaMahane HaMamlahti de Benny Gantz était arrivé en premier avec 37 % des voix, suivi par Yisrael Beitenu avec 25 %. À Ein Qiniyye, Yesh Atid avait rassemblé le plus grand nombre de bulletins (29 %), suivi du Likud et de Meretz, qui ont chacun recueilli 22 % des voix.

Des résidents druzes de Masada, sur le plateau du Golan, faisant un don de sang pour les communautés druzes de Soueïda, en Syrie, le 29 juillet 2025. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

Les habitants admettent aujourd’hui que le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 les a bouleversés, tout comme le reste de la population israélienne.

Cet événement a été suivi du massacre des enfants à Majdal Shams, de la chute du régime Assad qui est survenue ensuite, et du massacre de leurs proches druzes à al-Soueïda, le fief de la minorité druze syrienne dans le sud-ouest de la Syrie.

Ce dernier événement, que les habitants appellent « le 7-Octobre druze », a d’ailleurs renforcé leur lien avec Israël.

« Le nouveau régime en Syrie, c’est Daech. C’est pire que le Hamas », a commenté notre hôte local.

Illustration : Un milicien druze armé d’une mitrailleuse passant devant une voiture incendiée, à la suite d’affrontements religieux dans la ville à majorité druze de Soueïda, en Syrie, le 25 juillet 2025. (Crédit : Omar Sanadiki/AP Photo)

« Ils viennent du même endroit. Le massacre du 15 juillet 2025, c’est notre 7-Octobre. Nos amis et nos proches ont été violés et assassinés. Des Druzes de Galilée et d’ici ont tenté de traverser la frontière pour leur porter secours. Finalement, c’est l’État d’Israël qui a sauvé les Druzes. »

« De l’autre côté aussi, ils le comprennent et ils hissent des drapeaux d’Israël là-bas », a-t-il poursuivi.

« Les Druzes ont lié leur destin à celui de l’État d’Israël, et tout le monde a vu qu’Israël avait pris position et choisi son camp. Depuis le massacre, Israël achemine de l’aide, de la nourriture et du matériel médical. »

Il a indiqué que le nombre de résidents druzes engagés dans une procédure de naturalisation avait considérablement augmenté à la suite de tous ces événements. Il a toutefois souligné qu’aucun des villages druzes ne disposait d’un bureau du ministère de l’Intérieur, ce qui signifie que les résidents doivent se rendre à Katzrin pour mener à bien cette procédure, et qu’ils doivent parfois faire face à de longues attentes.

Naturalisation des Druzes dans le Golan, par village, au 28 février 2026. (Crédit : Ministère de l’Intérieur)

Le ministère de l’Intérieur a fourni au Times of Israel des chiffres précis : au total, 6 779 Druzes résidant dans les quatre villages du plateau du Golan ont demandé la citoyenneté entre 2020 et 2026.

Naturalisation des Druzes du plateau du Golan entre 2020 et 2025. (Crédit : Ministère de l’Intérieur)

En 2025, la forte augmentation des chiffres a été évidente : 3 750 personnes ont déposé une demande cette année-là, contre environ 500 à 600 personnes par an les années précédentes.

L’année 2026 vient à peine de commencer, mais après seulement deux mois, près d’un millier de personnes ont déjà achevé leur processus de naturalisation. À Majdal Shams, par exemple, environ 38 % des habitants du village ont déjà été naturalisés. Dans les trois autres communautés, ce pourcentage se situe entre 37 % et 43 %.

Interrogé sur l’absence de services du ministère de l’Intérieur dans les quatre communautés druzes, ce dernier a expliqué que l’ouverture d’une antenne était un processus complexe mené en coordination avec la municipalité locale.

« Si une demande officielle émane des autorités locales, elle sera examinée par le ministère de l’Intérieur », a déclaré un porte-parole au Times of Israel.

« Il existe 58 antennes du ministère de l’Intérieur réparties dans environ 150 communautés à travers Israël, ce qui signifie qu’il n’y a pas de bureau du ministère dans chaque communauté. »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.