Chagrin, défi et espoir : 30 000 personnes réunies à Tel Aviv pour les 2 ans du 7 octobre
Familles endeuillées et survivants rendent hommage aux victimes et appellent à la libération des 48 otages encore retenus à Gaza lors de la plus grande cérémonie organisée depuis l'attaque du Hamas
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La foule lors de la cérémonie nationale commémorative du 7-Octobre en Israël, au parc Yarkon de Tel Aviv, le 7 octobre 2025. (Crédit : Marva Sharon/Mouvement de protestation pour la démocratie)
Cérémonie commémorative nationale au parc Yarkon de Tel Aviv marquant le deuxième anniversaire de l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, le 7 octobre 2025. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
La scène lors de la cérémonie nationale commémorative du 7 octobre en Israël, au parc Yarkon de Tel Aviv, avec une voiture brûlée détruite par les terroristes du Hamas le long de la frontière avec Gaza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Alon Levin/Mouvement de protestation pour la démocratie)
Cérémonie commémorative nationale au parc Yarkon à Tel Aviv marquant le deuxième anniversaire de l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, le 7 octobre 2025. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Yonatan Shamriz, frère de l'otage Alon Shamriz, tué par erreur par l'armée israélienne à Gaza en décembre 2023, prenant la parole lors de la cérémonie commémorative nationale organisée à Tel Aviv par son organisation, Kumu, pour marquer le deuxième anniversaire du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, le 7 octobre 2025. (Crédit : Oshrit Zinger/Mouvement de protestation pour la démocratie)
Mardi soir, à Tel-Aviv, alors qu’Israël commémorait le deuxième anniversaire de l’attaque dévastatrice lancée par le Hamas le 7 octobre 2023 contre le sud du pays, les émotions étaient palpables. Quelque 30 000 personnes se sont rassemblées au parc Yarkon pour assister à la plus importante cérémonie commémorative nationale jamais organisée pour le jour le plus meurtrier de l’histoire de l’État juif.
Organisé par Kumu (« Se relever »), un mouvement fondé par les survivants de cette journée sombre ainsi que par les familles des victimes et des otages, l’événement s’est tenu en lieu et place de cérémonie officielle prévue par l’État.
Le gouvernement a en effet choisi de reconnaître une journée nationale du souvenir correspondant à la date anniversaire de l’attaque du Hamas telle que définie dans le calendrier hébraïque. L’attaque ayant eu lieu durant la fête juive de Simhat Torah et le lendemain étant un jour de transition appelé Isru Chag, la journée annuelle du souvenir est donc célébrée deux jours après l’anniversaire hébraïque, le 24 du mois de Tishrei, qui tombe cette année le jeudi 16 octobre.
L’an dernier, le gouvernement a organisé sa propre commémoration le 7 octobre, une cérémonie qui a alors fait concurrence à celle mise en place par les survivants et les familles. Dirigée par Miri Regev, ministre du Likud et proche alliée de Netanyahu, elle a suscité de vives critiques de la part des familles endeuillées, invoquant une récupération politique de l’événement.
Si la cérémonie commémorative de mardi s’est déroulée dans une ambiance principalement solennelle, elle a également donné lieu à quelques commentaires qui attaquaient le gouvernement.
« Le 7 octobre n’est pas seulement un jour où nous rendons hommage à la mémoire de ceux que nous avons perdus », a déclaré à l’assistance Yonatan Shamriz, fondateur de Kumu et frère de l’otage Alon Shamriz, tué par erreur par l’armée israélienne après avoir réussi à échapper à ses ravisseurs à Gaza. « C’est également un jour de commémoration pour la négligence, pour l’échec des dirigeants, et pour l’abandon de toute responsabilité. Ce jour-là, un nouvel engagement est né : mener l’État d’Israël vers une réalité meilleure, bien meilleure. »
« Nous nous relèverons », a indiqué Shamriz, évoquant la promesse qu’il s’était faite à lui-même alors qu’il s’était caché dans la pièce sécurisée, le 7 octobre.
« Notre génération, à qui l’on a légué un pays meurtri, isolé, fracturé et en souffrance, sera celle qui le réparera », a-t-il affirmé. « Nous bâtirons la meilleure version d’Israël, celle qui sanctifie la vie de ses habitants, qui construit sur la vérité, la responsabilité et la responsabilité mutuelle… Nous ramènerons la vie. Nous ramènerons l’espoir. Nous nous sommes relevés. Le peuple d’Israël s’est relevé. »
Dans l’assistance, des t-shirts « Bring Them Home » (Ramenez-les à la maison), des pins à ruban jaune et des plaques d’identité appelant à la libération des otages, dans une ambiance de recueillement collectif et de réflexion sur ces deux années de guerre. Certains brandissaient des affiches et des drapeaux à l’effigie de leurs proches disparus. Personne n’a retenu ses larmes.
Au centre de la scène, une voiture brûlée, l’une des nombreuses détruites par les terroristes du Hamas le long de la frontière de Gaza, entourée d’anémones rouges, symbole du souvenir et fleur nationale d’Israël. Non loin, un abri anti-bombes criblé de balles, rappel frappant de la brutalité de cette journée. Quarante-huit chaises jaunes avaient été suspendues à côté de la scène, chacune représentant un otage toujours retenu à Gaza, image obsédante d’une guerre qui n’est pas encore terminée.
La cérémonie s’est ouverte par une minute de silence en hommage aux victimes du 7 octobre et de la guerre, suivie d’un duo émouvant interprété par Yuval Raphael, représentante d’Israël à l’Eurovision 2025 et survivante du festival Supernova, et Daniel Weiss, survivant du kibboutz Beeri, dont les parents ont été assassinés par des terroristes du Hamas.
La pop star Eden Hason a ensuite interprété « What Do You Want From Me », une ballade de Hanan Ben Ari sur le sens de la souffrance humaine aux yeux de Dieu, alors que, sur l’écran derrière lui, défilaient, illuminés, les noms des victimes du 7 octobre.
Toute la nuit, des témoignages préenregistrés de survivants et de familles endeuillées ont été diffusés sur des écrans géants. Dans l’un d’eux, plusieurs pères dont les enfants ont perdu la vie le 7 octobre ont lu les paroles de la chanson « Daddy’s Boy », du chanteur Mooki, un texte contenant des phrases comme « Papa est toujours là pour te serrer dans ses bras et te protéger » ou encore « Mon enfant, suis simplement ton propre chemin », déclenchant les larmes de l’assistance.
Les organisateurs de l’événement ont également souligné les conséquences de la guerre sur la santé mentale. Hani Liderman-Pibenev, veuve du sergent-chef Igor Pibenev, un policier qui a abattu plus d’une dizaine de terroristes du Hamas le 7 octobre avant de se suicider en mai 2025, a évoqué le moment où elle et ses filles ont découvert le corps de leur mari et père à la maison, ainsi que la colère et le chagrin qui ont suivi.
Mazi Eilon, veuve de Tal Eilon, coordinateur de la sécurité du kibboutz Kfar Aza qui a perdu la vie alors qu’il défendait sa communauté, a raconté son histoire alors que les derniers appels radio de son mari, dans lesquels il exhortait son équipe à riposter contre les terroristes infiltrés, étaient diffusés à toute l’assistance.
Au fil de la soirée, tout le parc a résonné d’appels à la libération des 48 otages restants, parmi lesquels 47 enlevés le 7 octobre et la dépouille d’un soldat tué en 2014.
« Notre chemin n’est pas terminé. Quarante-huit otages ne sont pas encore rentrés, des familles attendent encore, retiennent leur souffle et prient pour que ce moment arrive », a déclaré Omer Shem Tov, otage libéré, à la foule.
Shem Tov a ensuite fait part de sa gratitude envers ceux qui ont sacrifié leur vie, le 7 octobre, en ripostant ou en sauvant d’autres personnes le 7 octobre. Il a notamment cité Ori Danino, qui avait fui le festival Supernova mais avait choisi de revenir pour sauver d’autres personnes — dont Shem Tov, Maya et Itay Regev — avant d’être pris en otage et assassiné pendant sa captivité.
« Quarante-huit âmes innocentes sont retenues captives par le Hamas depuis deux longues années », a clamé en anglais la chanteuse israélienne Eden Golan, s’adressant ainsi au public international qui regardait cet événement retransmis en direct.
« S’il vous plaît, restez avec nous. Faites entendre vos voix, aidez-nous à dire au monde entier : ils doivent rentrer », a-t-elle exhorté, avant d’interpréter avec une grande émotion « I’m Coming Home ».
Et, couvrant les dernières notes de sa chanson, la foule s’est mise à scander « Tout le monde, maintenant ».
Un appel lancé alors que des négociations sur un cessez-le-feu et un échange d’otages, sous la médiation des États-Unis, de l’Égypte et du Qatar, étaient en cours à Charm el-Cheikh, en Égypte. Le cabinet du Premier ministre a fait savoir au Times of Israel que des progrès avaient été réalisés dans les pourparlers.
Certains intervenants, parmi lesquels Galit Dan, dont la fille Noya Dan, 13 ans, et la mère Carmela Dan ont été tuées au kibboutz Nir Oz, ont parlé de la force qu’ils ont puisée dans la reconstruction.
« Nous ne voulons pas nous venger, nous voulons guérir », a-t-elle confié sous les acclamations de la foule. « Nous voulons vaincre la peur, nous voulons retrouver l’espoir. Surmonter la haine et renouer avec notre humanité. Surmonter la rage et renouer avec la compassion. Réveiller encore une fois ces valeurs que mes grands-parents sont venus chercher ici. »
« Notre génération enlèvera ses uniformes, retirera de ses épaules les cendres des maisons incendiées, et effacera les échecs que nous ont légués nos prédécesseurs », a ajouté Shimri. « Nous nous assurerons qu’une commission d’enquête nationale soit mise en place, pour que ‘plus jamais ça’ signifie réellement ‘plus jamais ça’. »
Le gouvernement n’a ouvert aucune enquête sur les échecs et défaillances liés à l’offensive du Hamas. Il s’oppose en outre à la création d’une commission d’enquête nationale – qui, affirme-t-il, serait politiquement partiale à son égard -, même si les sondages démontrent régulièrement qu’une grande majorité de la population soutient la mise en place d’une telle commission.
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