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Chava Alberstein évoque son amour du yiddish et son autobiographie lors d’un festival

La chanteuse-compositrice très appréciée partage des anecdotes tirées de son autobiographie, "Canaan Alley", lors d'un festival de poésie délocalisé de Metula à Jérusalem

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Chava Alberstein, au centre, avec Haim Weiss, à droite, et Yair Dalal, à gauche, au Festival de poésie de Metula délocalisé à Jérusalem, le 4 septembre 2025 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Chava Alberstein, au centre, avec Haim Weiss, à droite, et Yair Dalal, à gauche, au Festival de poésie de Metula délocalisé à Jérusalem, le 4 septembre 2025 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

La chanteuse et compositrice Chava Alberstein, l’une des voix les plus importantes de la scène musicale israélienne, a présenté son autobiographie « Canaan Alley », dont elle a également lu des extraits, lors de la dernière soirée du Festival de poésie de Metula, qui s’est tenu jeudi à Jérusalem pour la deuxième fois en raison des dégâts provoqués par la guerre dans la ville la plus septentrionale d’Israël.

Alberstein, âgée de 78 ans, accompagnée de son éditeur, Haim Weiss et du musicien Yair Dallal, est apparue détendue et à l’aise devant la salle comble de l’auditorium Mishkenot Shaananim.

Au fil de la conversation, Dallal a joué plusieurs anciens titres d’Alberstein, parfois accompagnés par la chanteuse elle-même.

« Il est plus facile de chanter pendant deux heures que de parler pendant une heure », a fait remarquer Alberstein à la fin de la soirée.

Une remarque qui a provoqué les rires d’un public enthousiaste, composé principalement de personnes âgées.

« C’est toujours la même Chava », a déclaré Weiss. « C’est Chava la chanteuse, installée sur une caisse », a-t-il ajouté, faisant référence au temps où elle se produisait devant les soldats, au cours des guerres précédentes, « la Chava qui chante, et que les gens écoutent ».

« Canaan Alley », le livre de 226 pages d’Alberstein, tire son nom de la rue de Kiryat Bialik, où sa famille s’est installée après avoir émigré de Pologne alors que la petite Chava avait trois ans, et dans laquelle elle a ensuite grandi.

https://fb.watch/BZbTGUMUPR/

Alberstein et Weiss ont longuement évoqué sa langue maternelle, le yiddish. Ils ont parlé des chansons que sa mère lui enseignait et qu’elle reprenait dans cette langue, ainsi que de la résistance qu’elle a rencontrée en chantant en yiddish, un langage considéré comme associé au stigmate de l’exil par de nombreux Israéliens.

« J’adorais les chansons yiddish », a raconte Alberstein. « Pour moi, il y avait de la vie dans ces paroles. Je voulais respecter l’environnement ui était le mien, où l’on parlait yiddish. »

En grandissant, Alberstein a peu à peu pris conscience de sa voix, apprenant les premières chansons folkloriques israéliennes et comprenant qu’elle devait interpréter ces morceaux, et non les airs yiddish de son enfance.

« Les Israéliens ne connaissaient pas le yiddish », a-t-elle ajouté.

Alberstein s’est souvenue d’une anecdote : à son arrivée dans un kibboutz où elle devait se produire, le coordinateur lui a demandé : « Vous n’allez pas chanter en yiddish, n’est-ce pas ? »

Chanter en yiddish était considéré comme quelque chose de peu prisé, a indiqué Alberstein, qui a toutefois appris à gérer cet état de fait, composant son répertoire avec une majorité de chansons en hébreu, et quelques-unes en yiddish.

« Il m’a fallu du temps pour le comprendre et m’adapter, mais je n’ai jamais abandonné. Le yiddish fait partie de mon identité », a souligné Alberstein.

En 1995, Alberstein et son mari, le cinéaste Nadav Levitan, ont produit un documentaire sur les poètes yiddish du XXe siècle, intitulé « Too Early to Be Quiet, Too Late to Sing » (Trop tôt pour se taire, trop tard pour chanter).

Alberstein a ensuite mis certains de ces poèmes en musique, en collaboration avec le groupe américain The Klezmatics, donnant naissance à l’album « The Well ».

La chanteuse a évoqué ses débuts sur la scène musicale israélienne, au milieu de personnalités comme Matti Caspi, Naomi Shemer et Dan Ben-Amos, ainsi que son sentiment de ne pas réussir à trouver sa place dans le milieu musical de Tel Aviv.

« J’avais l’impression d’être une touriste, venue d’un autre pays », a-t-elle expliqué.

Alberstein s’est également rappelé de sa toute première audition, à l’âge de 14 ans, à l’occasion d’un concours pour adolescents talentueux organisé à Haïfa.

Elle était accompagnée de sa mère. Après avoir écouté sa première chanson, qui n’était pas en yiddish, les trois juges, « des types de l’Agence juive vêtus de chemises bleues », selon Alberstein, lui ont demandé d’interpréter quelque chose de « plus israélien ».

Au cours de sa longue carrière, Alberstein a enregistré plus de 60 albums. Elle a raconté sa première rencontre avec Simon Schmidt, un imposant directeur artistique américain qui travaillait pour Columbia Records et venait d’ouvrir sa première agence en Israël.

Alberstein a confié s’être rendue à la réunion avec son frère, et avoir découvert Schmidt assis derrière un immense bureau, dans un immeuble de locaux professionnels situé près des dunes de Holon.

« J’ai vraiment eu l’impression d’être en Amérique », a-t-elle noté.

Après qu’elle a signé avec Columbia, Schmidt l’a envoyée faire une séance photo avec le photographe de mode Peter Herzog, pour la pochette de son album.

Alberstein n’avait alors aucune idée de qui était Herzog. Quand il lui a demandé de se maquiller, tout ce qu’elle avait dans son sac était un tube d’eye-liner noir.

« J’étais très jeune, et la jeunesse est le meilleur maquillage qui soit ! », a déclaré Alberstein.

Connue depuis toujours pour son engagement en faveur des droits de l’homme et de l’unité arabo-israélienne, Alberstein a brièvement commenté la période difficile que traverse le pays. Elle a indirectement fait allusion au mépris apparent du gouvernement pour ses citoyens, sans toutefois mentionner spécifiquement ni la guerre en cours, ni les 48 otages toujours détenus à Gaza.

Pour conclure la soirée, Alberstein a parlé des cinq nouvelles chansons qu’elle a récemment mises en musique dans son nouvel EP, dont certaines s’inspirent des textes de la poétesse israélienne Amira Hagani.

« Touchez la lumière, touchez la vérité, n’ayez aucune crainte, vous serez comblé », a confié Alberstein.

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