Climat : Englman reproche au gouvernement Netanyahu un bilan catastrophique
Le contrôleur de l'État indique que malgré 47 décisions gouvernementales en 16 ans, les progrès pour réduire les émissions et se préparer au dérèglement climatique "stagnent"
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Un rapport du Bureau du contrôleur de l’État publié mardi a fustigé les gouvernements israéliens successifs pour leur incapacité à agir de manière significative sur le dérèglement climatique, affirmant que les paroles ont largement dépassé les actes.
Faisant suite à plus de 100 points soulevés dans un précédent rapport publié par son bureau en 2021, Matanyahu Englman a constaté que la plupart des lacunes mises en évidence à l’époque n’avaient été que partiellement rectifiées, voire pas du tout.
Il a déclaré qu’en dépit de multiples déclarations et résolutions gouvernementales, peu de progrès avaient été réalisés depuis la publication du dernier rapport.
« Au cours des seize dernières années, 47 décisions gouvernementales ont été prises pour relever les défis du dérèglement climatique, mais Israël n’a pas montré d’amélioration significative dans la réalisation de ses objectifs nationaux en matière de climat », a écrit le contrôleur.
En dressant un tableau « alarmant » de « stagnation fonctionnelle », il a déclaré que les principaux éléments manquants étaient l’attention et le leadership du gouvernement, une loi climatique forte, une gestion globale des risques par le gouvernement et la mise en œuvre des décisions.
Il a déclaré que les gouvernements successifs et leurs dirigeants – le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant quinze des seize dernières années – n’avaient pas réussi à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à se préparer aux conséquences du dérèglement climatique, à gérer les aspects économiques et financiers de la crise et à faire preuve des niveaux de gouvernance requis.
« Tout cela contraste fortement avec les risques inhérents posés par le dérèglement climatique, qui menacent notre existence même », a averti Englman.
En tant que pays situé dans une région climatiquement sensible, où le dérèglement climatique est plus rapide que la moyenne mondiale, Israël peut s’attendre à une baisse des rendements agricoles, à des pénuries de nourriture et d’eau, ainsi qu’à des effets négatifs sur les produits de base et l’approvisionnement en énergie, ce qui se traduirait en fin de compte par une augmentation des prix à l’échelle mondiale, a souligné Englman.
Les infrastructures déjà surchargées seraient susceptibles d’être endommagées, notamment les routes, les stations de dessalement, les installations énergétiques et les systèmes d’approvisionnement en eau et d’évacuation des eaux usées, des phénomènes météorologiques extrêmes pouvant entraîner leur effondrement.
Les vagues de chaleur extrêmes et les phénomènes météorologiques violents pourraient entraîner une instabilité géopolitique, des conflits régionaux portant sur des ressources naturelles essentielles telles que l’eau et la nourriture, des guerres et des vagues de réfugiés en provenance des pays voisins où les conditions de vie se détériorent, a-t-il également prévenu.
Un « signal d’alarme » pour le gouvernement et le Premier ministre
« Les conclusions de cet audit de suivi constituent un signal d’alarme supplémentaire pour le gouvernement et le Premier ministre », a indiqué Englman. « L’absence de mesures correctives substantielles concernant la conduite d’Israël en matière de dérèglement climatique sous la direction du gouvernement et de son chef pose un risque qui concerne à la fois la génération actuelle et celles à venir. »
Le rapport dresse le portrait d’un gouvernement qui n’a pas pris conscience des risques liés au dérèglement climatique et qui, dans une large mesure, continue à faire comme si de rien n’était.
Une critique particulière est adressée au ministère des Finances qui, selon le rapport, est au mieux inactif et souvent obstructif.
Malgré les recommandations du rapport du contrôleur de l’État de 2021, il n’existe toujours pas d’organe gouvernemental unique ayant l’autorité nécessaire pour guider tous les ministères et autres organes de l’État vers la réalisation des objectifs du gouvernement, poursuit le rapport. Il n’y avait pas de loi sur le climat, pas de taxe carbone, pas de gestion des risques par le gouvernement, pas de cadre budgétaire holistique pour les politiques climatiques, et des investissements insuffisants pour moderniser le réseau électrique afin de permettre l’expansion de l’utilisation des énergies renouvelables.
Au lieu de cela, environ 4 milliards de shekels sont dépensés chaque année pour subventionner les combustibles fossiles, un soutien qui ne cesse d’augmenter.
Les chiffres pour 2022 et 2023 devraient encore augmenter, grâce à l’annulation par le gouvernement de la taxe sur le charbon et à la réduction de la taxe sur l’essence. Combinées, ces mesures faisaient perdre au Trésor 3,5 milliards de shekels par an.
Les 32 milliards de shekels que les subventions aux combustibles fossiles ont fait perdre aux recettes de l’État entre 2015 et 2022 représentent 10,6 fois le montant approuvé au cours de ces années pour les investissements liés au dérèglement climatique et 33 fois le montant effectivement dépensé (988 millions de shekels).
Selon Englman, « ces écarts reflètent de manière frappante les priorités des gouvernements au cours de ces années – de multiples déclarations sur la fixation d’objectifs climatiques sans l’allocation des ressources nécessaires pour les atteindre, ainsi que des politiques de financement continues qui sapent ces objectifs ».
En retard sur les objectifs
Israël est à la traîne par rapport à ses propres objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Selon le rapport, le gouvernement s’attend désormais à réduire ses émissions de 12 % d’ici à 2030, au lieu des 27 % promis aux Nations unies en août 2021.
Il prévoyait de produire 19 % de l’électricité à partir de sources renouvelables d’ici à 2030, au lieu des 30 % initialement prévus, et de réduire les émissions dues à l’électricité de 21 % au lieu des 30 % prévus – un objectif qui aurait tout de même placé le pays en dernière position parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Dans d’autres secteurs, une réduction de 19 % des émissions provenant des déchets est désormais prévue pour 2030 par rapport à 2015 (l’objectif était de 47 %), tandis que l’objectif initial de réduire les émissions industrielles de 30 % d’ici 2030 a été ramené à 17 %.
Il n’y a toujours pas d’objectif pour les énergies renouvelables en 2050, malgré une recommandation du rapport 2021 du contrôleur de l’État, et les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre des secteurs de l’agriculture et de la construction n’ont pas été fixés.
Un manque de leadership
Le ministère des Finances est très critiqué pour ce que le rapport considère comme son point de vue obsolète, à savoir que le dérèglement climatique est une question environnementale plutôt qu’une question d’économie nationale.
Le ministère n’a procédé à aucune évaluation des coûts pour l’économie israélienne de l’adaptation au dérèglement climatique ou de la réalisation des objectifs de réduction des émissions d’ici 2050.
Motivé par la crainte d’être poursuivi en justice en cas de non-réalisation des objectifs climatiques, il s’est refusé à ancrer tout objectif dans une loi sur le climat, préférant recourir à des décisions gouvernementales qui considèrent les objectifs comme de simples buts à atteindre, poursuit le rapport.
Une loi « déclarative » sur le climat, qui est en cours d’élaboration, « servira principalement à présenter Israël au monde comme ayant une loi sur le climat, rien de plus », poursuit le rapport, qui ajoute que le projet actuel ne comporte aucun mécanisme garantissant une budgétisation à long-terme. « En effet, la formulation de la nouvelle proposition de loi sur le climat [approuvée par la commission des Lois de la Knesset en septembre 2023] permet une flexibilité presque illimitée pour le gouvernement d’une manière qui pourrait saper l’engagement d’Israël à atteindre ses objectifs. »
Pas de taxe carbone
Après treize ans de discussions, le gouvernement a adopté une résolution sur la tarification du carbone en 2021, mais ne l’a pas encore mise en œuvre.
Dans son rapport de 2021, le contrôleur de l’État avait recommandé de réexaminer la question. Il estimait que la taxe – destinée à encourager l’abandon des combustibles fossiles – était trop faible et que le champ d’application des combustibles taxés était trop limité. Aucune révision n’a été effectuée.
Le département des budgets du ministère des Finances a calculé que la non-application de la taxe ferait perdre à l’État plus de 2,5 milliards de shekels en 2023, et plus de 7,5 milliards de shekels pour les années 2023 à 2028 (cumulées).
La non-application de la taxe pourrait également nuire aux exportateurs israéliens vers l’Union européenne, selon le rapport. Le mécanisme d’ajustement aux frontières de l’UE impose une taxe carbone sur les importations en provenance de pays ne disposant pas d’un mécanisme de tarification du carbone.
Peu de progrès en matière de préparation
Israël n’a toujours pas de plan national d’adaptation au dérèglement climatique, a constaté le contrôleur de l’État.
Plus de huit ministères et autres organismes publics sur dix ont déclaré qu’ils n’avaient pas de plan approuvé et budgétisé pour le dérèglement climatique, malgré une résolution gouvernementale de 2018 imposant un tel plan. Seul un sur dix disposait d’un plan entièrement financé.
L’administration du ministère de l’Environnement chargée de l’adaptation au dérèglement climatique, qui n’avait pas de personnel à temps plein en 2021, compte désormais une personne, et un deuxième poste a été approuvé en août mais n’a pas encore été pourvu, souligne le rapport. Notant des taux de dotation beaucoup plus élevés dans d’autres pays dotés d’unités similaires, le contrôleur de l’État a estimé que cela n’était pas suffisant pour la tâche à accomplir.
L’administration manquait de fonds et de moyens, a-t-il poursuivi. Elle n’avait pas le pouvoir d’obliger les ministères à préparer des plans d’adaptation ou à rendre compte des progrès accomplis.
Le ministère des Transports n’avait pas de plan de préparation au dérèglement climatique. Aucun budget n’a été alloué et aucune recherche n’a été menée dans ce domaine.
Le ministère de la Santé a élaboré un plan, mais n’a réalisé qu’un quart des étapes énumérées, faute de budget et de priorité.
Le ministère de la Défense, en revanche, a bien avancé dans l’élaboration d’un plan de préparation, selon le rapport, mais celui-ci n’a pas encore été approuvé par le chef d’état-major de l’armée, ni intégré dans le plan pluriannuel de Tsahal.
Augmentation des émissions
Alors que d’autres pays développés réduisent leurs émissions, celles d’Israël ont augmenté de 1 % entre 2015 et 2022, principalement en raison d’une hausse des émissions dans les secteurs des transports, de l’industrie et de la construction, selon le rapport.
Dans le secteur des transports, on s’attend à une augmentation de 6 % des émissions, soit près du double de la limite de 3,3 % fixée par une résolution du gouvernement. Le kilométrage des véhicules privés devrait diminuer de 15 % d’ici à 2030, au lieu des 20 % prévus.
Israël est également très en retard sur l’introduction des véhicules électriques (VE), selon le rapport. Son objectif pour 2030 était que les VE représentent 25 % de l’ensemble des véhicules à la fin de la décennie, mais en 2022, ce chiffre n’était que d’un peu plus de 1 %.
En avril 2023, le ministère de l’Énergie avait financé 1 460 stations privées de recharge de VE sur un objectif de 2 500, dont seulement 79 étaient capables de charger rapidement ou ultra rapidement.
Toujours le charbon
Selon le rapport, le coût réel (externe) des émissions de la centrale électrique Orot Rabin du centre d’Israël, qui continue à utiliser du charbon, a atteint 3,39 milliards de shekels en 2022.
Les coûts externes sont ceux pour lesquels le producteur ne paie pas, tels que les coûts de la pollution pour la santé publique et l’environnement.
Les plans visant à cesser d’utiliser le charbon dans la centrale avaient plus d’un an de retard et, dans un contexte de pénurie mondiale de charbon, l’utilisation accrue de charbon à haute teneur en soufre a entraîné des émissions et une pollution encore plus importantes qu’auparavant, a constaté le contrôleur de l’État.
Avec la hausse des prix du charbon, les consommateurs israéliens ont vu leurs factures d’électricité augmenter de 19 % entre mai 2022 et janvier 2023.
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