Contredisant Téhéran, Trump annonce la signature d’un accord dimanche
Des responsables israéliens mettent en garde contre des conditions qui mettraient en danger la sécurité du pays ; selon le président américain, l'accord permettra de rouvrir le détroit d'Ormuz et de récupérer l'uranium hautement enrichi une fois le "calme " revenu
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Samedi, le président américain Donald Trump a annoncé qu’un accord de paix avec l’Iran, qui mettrait fin à un conflit de plusieurs mois, serait signé dimanche, et que la voie maritime stratégique du détroit d’Ormuz serait alors immédiatement « ouverte à tous ». L’Iran a toutefois démenti que la signature ait lieu si rapidement.
Cette annonce a profondément inquiété Israël, les responsables avertissant que les termes de l’accord menaçaient les intérêts de sécurité du pays et ne traitaient aucune des questions clés du conflit. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui n’a joué aucun rôle direct dans les négociations, devrait convoquer son cabinet de sécurité dimanche soir pour discuter de l’accord en question.
Selon le site d’information Axios, les médiateurs pakistanais et qataris devraient se joindre aux responsables américains et iraniens pour une réunion virtuelle visant à signer le protocole d’accord. Cet accord prolongera le cessez-le-feu de 60 jours, rouvrira le détroit d’Ormuz et lancera des négociations sur le programme nucléaire iranien.
« L’accord devrait être signé demain, et immédiatement après sa signature, le détroit d’Ormuz sera OUVERT À TOUS », a déclaré Trump dans un message publié sur Truth Social.
Il a ajouté que l’Iran ne se doterait pas d’armes nucléaires, affirmant que le régime n’en voulait plus, et il a indiqué que les stocks d’uranium de l’Iran ne seraient pas récupérés pour le moment.
« Le moment venu, quand tout sera calme, nous irons récupérer la ‘poussière nucléaire’, qui est enfouie profondément sous les imposantes montagnes de granit enfoncées dans le sol », a-t-il écrit, faisant référence aux centaines de kilogrammes d’uranium hautement enrichi que possède l’Iran.
Barack Hussein Obama’s Deal with Iran, the JCPOA, was an easy, beautiful, smooth road to a Nuclear Weapon, which Iran would have had six years ago, and would have used long before now. My Agreement with Iran is the exact opposite, A WALL TO NO NUCLEAR WEAPON! In fact, they no… pic.twitter.com/rKkla3pACZ
— Commentary Donald J. Trump Truth Social Posts On X (@TrumpTruthOnX) June 13, 2026
« Nous sommes impatients de travailler avec l’Iran, et l’ensemble du Moyen-Orient, pour longtemps. Espérons que ce processus se déroulera rapidement, facilement et sans heurts. Si ce n’est pas le cas, nous avons l’alternative ultime que nous espérons ne plus jamais avoir à utiliser ! », a-t-il poursuivi.
L’Iran n’a pas immédiatement confirmé cette déclaration, qui a contredit une déclaration qui a été faite par le ministère des Affaires étrangères, qui a fait savoir que l’accord ne serait pas signé dimanche.
« Nous devrons attendre pour connaître la date exacte de la signature du protocole d’accord, même si ce ne sera pas demain », a déclaré Esmaïl Baghaei, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, selon les médias d’État.
Il a ajouté : « On ne peut exclure que cela se produise dans les jours à venir. Cependant, en raison des hésitations de l’autre partie » – en référence aux États-Unis – « nous devons faire preuve de prudence avant de faire des commentaires sur ce processus. »
Mardi, Trump doit rencontrer les dirigeants de l’Égypte, du Qatar et des Émirats arabes unis lors du sommet du G7 en France, ont indiqué de hauts responsables de l’administration américaine. L’objectif est de discuter des efforts visant à mettre fin à la guerre contre la République islamique d’Iran, ainsi que des plans de déminage du détroit d’Ormuz. Netanyahu ne devrait pas assister au sommet.
Samedi matin, le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a déclaré qu’un texte final de l’accord avait été trouvé et qu’une signature électronique était prévue dimanche, suivie de discussions techniques la semaine prochaine.
« On pourrait appeler ça les ‘accords Zoom’ », a ironisé Barak Ravid, journaliste pour Axios et la chaîne N12, dans un reportage qui a été diffusé samedi soir sur la chaîne de télévision israélienne.
Selon N12, la Maison Blanche souhaitait une cérémonie publique à Genève et le Pakistan à Islamabad, mais les Iraniens n’auraient voulu ni de l’une ni de l’autre.
Axios a cité les propos tenus par des responsables américains qui ont confirmé que la signature se ferait en ligne, pour des raisons logistiques.
Le protocole d’accord lui-même ne devrait résoudre directement aucun des objectifs de la guerre : empêcher l’Iran de se doter d’armes nucléaires, restreindre son programme de missiles balistiques, mettre fin à son soutien aux groupes terroristes et à son terrorisme à l’échelle mondiale, et créer les conditions propices à la chute du régime.
Les responsables israéliens craignent que l’accord ne mette en danger l’État juif ; aucun des principaux objectifs de la guerre n’est atteint ; la menace militaire américaine s’est pratiquement érodée
Malgré les profondes objections d’Israël aux termes qui se dessinent, Trump a déclaré à Netanyahu lors d’un appel téléphonique jeudi : « C’est l’accord. C’est un excellent accord, et il est temps de mettre fin à cette guerre », a rapporté N12.
Selon la chaîne, Netanyahu n’a pas cherché à discuter lors de cet appel, ayant vraisemblablement accepté que Trump était déterminé à aller de l’avant.
« Bibi n’a pas dit grand-chose pendant l’appel. De toute évidence, il a compris qu’un accord allait être conclu et qu’il ne pouvait pas l’empêcher », aurait déclaré un responsable américain.
Des hauts responsables israéliens cités par la chaîne N12 ont déclaré que l’accord en cours de négociation indiquait que Washington avait accepté les « conditions principales » de Téhéran, ajoutant que « les Iraniens n’acceptent pas cela pour rien ».
Selon le reportage, les responsables et experts israéliens qui travaillent depuis des décennies sur le dossier iranien estiment que les termes du protocole d’accord « mettent en danger les intérêts de sécurité d’Israël ».
Ce qui va se passer dans l’immédiat, « c’est l’ouverture du détroit d’Ormuz, la résurrection du régime et une gifle pour le peuple iranien », ont déclaré les responsables.
Selon eux, l’Iran « paie à crédit » avec ce cadre, car Téhéran n’accepte de discuter de son programme nucléaire qu’une fois la guerre officiellement terminée et un certain nombre d’autres conditions remplies, notamment la libération des fonds iraniens gelés.
« Il s’agit du même cadre que celui de l’accord visant à mettre fin à la guerre à Gaza », a déclaré un responsable à la chaîne de télévision.
« Demandez-vous ce qu’il est advenu de l’engagement de désarmer le Hamas depuis lors ? Quel sera le principal moyen de pression des Américains si, après 60 jours de cessez-le-feu, les Iraniens ne prennent pas les mesures qui leur sont demandées ? » La menace militaire crédible a été pratiquement réduite à néant. »
« L’extraction d’uranium s’est transformée en dilution d’uranium et le système de missiles n’est absolument pas inclus dans l’accord », ont déploré ces responsables, soulignant que les principaux problèmes qu’Israël espérait régler pendant la guerre restaient en suspens.
« Aucun des objectifs fixés par Israël n’est pris directement en compte dans l’accord. Non seulement l’Iran n’est pas tenu de cesser de soutenir ses proxys, mais il renoue des liens avec le Hezbollah grâce à cet accord », ont-ils ajouté.
Israël et les États-Unis se sont opposés à ce que le conflit contre la République islamique d’Iran, qui oppose le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah à Israël, soit lié à l’accord en cours de négociation, tandis que Téhéran a insisté sur le fait que la fin de la guerre passait par la fin des attaques israéliennes au Liban.
Malgré l’opposition des responsables israéliens, un responsable américain a insisté vendredi auprès des journalistes sur le fait que l’accord répondait à cinq objectifs américains : il rouvre le détroit d’Ormuz et lève le blocus américain des ports iraniens ; il « conduit ostensiblement au démantèlement du programme nucléaire iranien » en prolongeant de 60 jours le cessez-le-feu entre les parties, période durant laquelle des discussions techniques concernant le programme nucléaire iranien seront menées ; il « permet aux États-Unis d’obtenir » les stocks d’uranium enrichi de l’Iran ; il « garantit une paix à long terme dans la région » ; et il impose « un régime d’inspection » pour s’assurer que l’Iran respectera son engagement de ne pas chercher à se doter d’armes nucléaires.
Netanyahu, qui avait milité pour le retrait final des États-Unis de l’accord sur le nucléaire de 2015, également connu sous l’acronyme JCPOA un pacte qui avait été conclu sous la présidence de Barack H. Obama – n’a pas réagi à l’échec manifeste du protocole d’accord à répondre à toutes les exigences d’Israël. Il s’est, au contraire, concentré exclusivement sur la question nucléaire.
« Tant que je serai le Premier ministre d’Israël, l’Iran ne disposera pas d’armes nucléaires », a-t-il promis dans un communiqué qui a été publié vendredi par son bureau.
« Le président Trump et moi-même sommes tout à fait d’accord sur cette question. »
La République islamique, qui cherche ouvertement à détruire Israël, affirme que son programme nucléaire est uniquement destiné à des fins civiles. Elle a pourtant enrichi son uranium à un niveau de pureté de 60 %, soit un niveau supérieur à celui requis pour un usage civil, et très proche de celui nécessaire à la fabrication d’armes nucléaires. Elle a également empêché les inspecteurs internationaux de contrôler ses installations nucléaires et elle a renforcé ses capacités en matière de missiles balistiques.
Son uranium hautement enrichi serait enfoui sous les décombres de sites qui avaient été bombardés par les États-Unis lors de la guerre de douze jours en juin 2025.
Le 28 février, Israël et les États-Unis ont lancé leur campagne contre l’Iran dans le but de déstabiliser le régime et de détruire ses capacités nucléaires et balistiques. L’Iran a riposté en lançant des missiles et des drones dans toute la région, et ses proxys en Irak, au Yémen et au Liban ont également mené des attaques.
L’Iran a bloqué le détroit d’Ormuz, une voie de communication vitale par laquelle transite environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole, tout en imposant des droits de passage aux navires souhaitant le franchir et en attaquant ceux qui tentaient de le traverser.
En réponse, les États-Unis ont bloqué les navires et les ports iraniens afin d’empêcher Téhéran d’exporter son pétrole. L’arrêt de la circulation dans le détroit a ébranlé les économies mondiales.
Les Iraniens auraient également exprimé leur opposition à l’accord en cours de négociation
Parallèlement, en Iran, des dizaines de personnes ont manifesté samedi devant un bureau du ministère des Affaires étrangères, à Mashhad, dans le nord-est du pays, en scandant des slogans contre le haut diplomate Abbas Araghchi, qui entend signer l’accord.
Dans une vidéo diffusée par l’agence de presse Fars, on peut voir des femmes vêtues de tchadors noirs scandant « Mort à l’infâme Araghchi, l’infiltré » devant le bâtiment, tout en agitant des drapeaux rouges et noirs.
Un habitant de Mashhad a déclaré à Reuters, à Dubaï, que certains manifestants scandaient : « Mort au compromis », en référence apparente à Araghchi.
« Compromis, démissionne, démissionne. »
Les manifestants ont fait valoir que l’accord ne servait pas les intérêts de l’Iran et priverait Téhéran de son influence sur le détroit d’Ormuz. Ils ont également accusé les négociateurs iraniens d’avoir fait trop de concessions pour conclure l’accord.
D’autres vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et qui n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante montrent des personnes devant le ministère des Affaires étrangères à Téhéran qui scandent « Araghchi, démissionne » et « Ghalibaf, démissionne », en référence au président du Parlement et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.
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