Eisenkot n’a pas pu joindre Netanyahu pendant 2 heures après la destruction d’un F-16 en 2018
Principal rival du Premier ministre au prochain scrutin, l'ex-chef d’état-major affirme aussi que le cabinet du chef de l'État a été alerté d’une activité inhabituelle à Gaza à 3 h 30 le 7-Octobre
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Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a rappelé mercredi qu’il n’avait pas pu joindre le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant environ deux heures en 2018, alors qu’en tant que chef d’état-major de l’armée israélienne, il avait décidé de lancer une attaque de grande envergure contre les défenses aériennes syriennes après qu’un F-16 israélien a été abattu par des tirs syriens.
Les propos d’Eisenkot ont fait suite à la polémique suscitée par Netanyahu, qui a affirmé que les chefs militaires avaient provoqué une catastrophe en choisissant de ne pas le réveiller au milieu de la nuit pour l’alerter d’une activité suspecte du Hamas aux premières heures du 7 octobre 2023, juste avant que le groupe terroriste ne mène une invasion dévastatrice dans le sud d’Israël.
« J’ai considéré [cette destruction du F-16] comme un incident très grave. J’étais chef d’état-major et, en collaboration avec le chef de l’agence de renseignement militaire et le commandant de l’armée de l’air, j’ai décidé de mener une frappe de très grande ampleur et de détruire les batteries de défense aérienne syriennes », a expliqué Eisenkot lors d’un entretien accordé à Ynet à l’occasion d’une conférence organisée par le site d’information.
« J’ai cherché à informer le Premier ministre et à le consulter, mais je n’ai pas réussi à le joindre pendant une heure ou deux. J’ai donc pris la décision de mener des frappes de grande envergure pour détruire les batteries antiaériennes syriennes et des cibles iraniennes », a-t-il déclaré.
À l’époque, Israël menait déjà des frappes régulières en Syrie afin de contrecarrer l’enracinement iranien dans le pays.
« Le secrétaire militaire a déclaré qu’il ne parvenait pas à joindre [Netanyahu] et il m’a dit : ‘Faites ce que vous jugez bon’ », a raconté Eisenkot, ajoutant que le Premier ministre avait approuvé ses décisions à son arrivée au centre de commandement de l’armée de l’air plusieurs heures plus tard.
« Bien qu’il fût prévu de poursuivre les frappes, il a mis fin aux attaques avant une frappe majeure », a ajouté Eisenkot, principal rival de Netanyahu lors des prochaines élections législatives.
Dans cette même interview, Eisenkot a également contredit directement la version de Netanyahu concernant les heures qui ont précédé le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, affirmant que le cabinet du Premier ministre avait commencé à recevoir des renseignements faisant état d’une activité inhabituelle à Gaza à 3 h 30 du matin, plusieurs heures avant les attaques menées par le groupe terroriste palestinien.
« Sans équivoque. Je dis cela en m’appuyant sur des informations de première main », a déclaré l’ancien chef d’état-major de Tsahal.
« Son cabinet reçoit les détails des renseignements au fur et à mesure qu’ils s’accumulent, une fois qu’ils ont été présentés au chef d’état-major et au directeur [de l’agence de sécurité intérieure] du Shin Bet. »
« Il devrait se demander comment il a pu créer un environnement dans lequel on ne lui a pas communiqué des informations importantes, et il ne peut s’en prendre qu’à lui-même s’il n’a pas été tenu au courant », a ajouté Eisenkot.
Des propos qui ont fait suite aux allégations qui ont été formulées cette semaine par Netanyahu, qui a laissé entendre que de hauts responsables de la Défense avaient délibérément choisi de ne pas le réveiller avant l’attaque, craignant qu’il ne « donne l’ordre de mettre l’ensemble de l’armée en état d’alerte » et ne déclenche ainsi une escalade avec le Hamas.
Eisenkot a accusé les proches de Netanyahu de « cultiver les théories du complot pour expliquer comment le plus grand échec depuis la création de l’État a pu survenir », affirmant que cette catastrophe relevait d’une « négligence grave commise sous sa responsabilité ».
Le chef du parti Beyahad et ancien Premier ministre Naftali Bennett a également critiqué les déclarations de Netanyahu, l’accusant de propager une « accusation de meurtre rituel » à des fins électorales.
« Voici comment fonctionne le trope de meurtre rituel de Netanyahu. On répand une théorie du complot mensongère et ignoble sur la trahison, on divise la population et on sape gravement la confiance du public dans les forces de sécurité, on envoie ses partisans se faire l’écho de ces propos, puis on présente ses excuses au milieu de la nuit, une fois que le mal est déjà fait. »
« Dans le cadre de cette accusation de meurtre rituel de Netanyahu, répandre des mensonges et faire passer les forces de sécurité pour l’ennemi afin de se décharger de toute responsabilité directe concernant les événements du 7-Octobre est considéré comme une action licite et légitime. »
Parallèlement, le ministre de la Défense, Israel Katz, a refusé d’affirmer qu’il n’y avait pas eu de trahison le 7-Octobre, lorsqu’il a été interrogé à ce sujet lors d’une interview à la conférence du Yedioth Ahronoth.
« Je peux m’exprimer sur ce que je sais, et d’après les documents que j’ai consultés et qui ont été préparés par Tsahal, l’échec a été suffisamment grave », a déclaré Katz, selon le site d’information Ynet.
« Il y a eu ici un échec extrêmement grave des services de renseignement. Le Hamas a mis en place une manœuvre de diversion. Il a submergé la division de Gaza, en suivant le plan ‘Les murs de Jéricho‘ qui n’avait pas été signalé à l’échelon politique. Cet échec explique ce qui s’est passé là-bas : pourquoi le Hamas a réussi son plan visant à submerger la division de Gaza », a ajouté Katz.
Les propos de Katz ont semblé contredire un article publié par Ynet plus tôt cette année, selon lequel Netanyahu aurait reçu à plusieurs reprises, au cours de ces dernières années, des renseignements concernant le plan « Les Murs de Jéricho » du Hamas, alors qu’il avait publiquement nié avoir vu ou entendu parler d’un tel plan avant le 7-Octobre.
Dans le cadre de ses enquêtes sur ses défaillances à l’approche du massacre, Tsahal a établi l’an dernier que le Hamas avait décidé, en avril 2022, de lancer une telle attaque. En septembre 2022, le groupe terroriste était prêt à 85 %, et en mai 2023, il avait décidé de lancer l’assaut le 7 octobre 2023.
Bien que le Directorat des Renseignements militaires ait reçu en 2022 des informations décrivant une invasion terrestre à grande échelle des communautés frontalières israéliennes et des postes de Tsahal, celles-ci avaient été écartées, considérées comme des aspirations du Hamas plutôt que comme des projets réalisables.
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