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Netanyahu accuse des responsables de la Défense de ne pas l’avoir réveillé avant le 7-Octobre

Le Premier ministre affirme que des responsables de la sécurité malavisés ont choisi de ne pas l'alerter, craignant qu’il n’ordonne une mobilisation et des frappes contre toute menace à la frontière

Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (2ᵉ à partir de la droite), le chef d'état-major de l'armée israélienne (à gauche), Herzl Halevi, le ministre de la Défense, Yoav Gallant, et Ronen Bar, directeur du Shin Bet (au centre) assistant à un briefing sur la sécurité lors d'une opération de l'armée israélienne, à Jénine, le 3 juillet 2023. (Crédit : Amos Ben Gershom/Bureau de la presse gouvernementale)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (2ᵉ à partir de la droite), le chef d'état-major de l'armée israélienne (à gauche), Herzl Halevi, le ministre de la Défense, Yoav Gallant, et Ronen Bar, directeur du Shin Bet (au centre) assistant à un briefing sur la sécurité lors d'une opération de l'armée israélienne, à Jénine, le 3 juillet 2023. (Crédit : Amos Ben Gershom/Bureau de la presse gouvernementale)

Mardi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que de hauts responsables de l’armée israélienne et du ministère de la Défense avaient délibérément choisi de ne pas le réveiller quelques heures avant le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, car « ils savaient qu’en tant que Premier ministre d’Israël, j’aurais immédiatement donné l’ordre de mettre l’ensemble de l’armée en état d’alerte et j’aurais ainsi empêché l’invasion ».

Ces propos, qui ont été tenus lors d’une émission en direct sur Instagram et qui ont été diffusés sur la chaîne N12, font écho à ceux qu’il avait tenus lundi dans un podcast et dimanche soir sur la Quatorzième chaîne. Ils marquent un revirement par rapport à ce que disait antérieurement Netanyahu – il s’était longtemps contenté d’affirmer que les événements se seraient déroulés différemment s’il avait été réveillé avant le début de l’attaque. Désormais, le Premier ministre semble avoir décidé de mettre spécifiquement en cause les responsables de la défense qui, selon lui, l’auraient délibérément tenu dans l’ignorance.

Tant dans l’extrait de podcast qui a été publié lundi par Netanyahu que dans l’interview qui a été diffusée dimanche sur la Quatorzième chaîne, le Premier ministre a déclaré que les responsables de la sécurité avaient détecté de multiples signes d’une attaque imminente, mais qu’ils étaient néanmoins restés convaincus que le Hamas avait été dissuadé. Il a affirmé qu’ils savaient que s’ils l’avaient réveillé, lui-même aurait mobilisé Tsahal et l’ensemble de l’armée de l’air et veillé à ce que toute personne s’approchant de la barrière depuis le côté de Gaza « soit tuée immédiatement ». Les responsables de la sécurité estimaient qu’une telle intervention aurait provoqué une attaque du Hamas ou un échange de tirs, a affirmé Netanyahu, sans apporter de preuve.

Les responsables de la sécurité israélienne de l’époque ont déclaré que, d’après les informations dont ils disposaient cette nuit-là, ils n’avaient pas estimé que le Hamas s’apprêtait à attaquer. Le bureau de Netanyahu a reconnu l’an dernier que le responsable du renseignement du Premier ministre avait reçu une note de Tsahal détaillant des activités suspectes du Hamas trois heures avant l’invasion et l’assaut, mais qu’il ne l’avait pas transmise à Netanyahu car elle n’était pas présentée comme urgente.

Les allégations de Netanyahu sont intervenues alors que son épouse, Sara Netanyahou, colportait une théorie du complot visant le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan. Lors d’une interview diffusée lundi sur la Quatorzième chaîne, elle a insinué, sans preuve, que le député de gauche, ancien chef d’état-major adjoint de Tsahal, avait été prévenu à l’avance de l’assaut. Golan a déclaré qu’il la poursuivrait pour diffamation si elle ne présentait pas ses excuses. Elle a refusé et a menacé d’intenter une contre-poursuite.

Sara Netanyahu aurait été accompagnée lors de son interview sur la Quatorzième chaîne par Topaz Luk, conseiller principal du Premier ministre. Le Likud, le parti de Netanyahu, aurait exigé et obtenu l’intégralité des images brutes avant la diffusion de l’interview montée.

Des Gazaouis franchissant la barrière de sécurité entre Israël et Gaza lors de l’invasion et du pogrom menés par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. (Credit : Mohammed Fayq Abu Mostafa/Reuters)

Plus tard dans la journée de mardi, Netanyahu a publié une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il a affirmé que ni lui ni son épouse n’accusaient les hauts responsables de la sécurité de « trahison » au sujet du 7-Octobre, mais seulement « d’échec ». Il les a de nouveau dénoncés pour ne pas l’avoir réveillé ni avoir lancé d’attaque préventive contre le Hamas cette nuit-là, alors que « tous les signes étaient là ».

Les allégations de Netanyahu

Mardi, lors de son direct sur Instagram, Netanyahu a déclaré que s’il avait été alerté par les responsables de la sécurité dans les heures précédant les attaques du Hamas, il aurait « réveillé toutes les communautés, tous les coordinateurs de sécurité, et ordonné à l’armée de l’air de se tenir prête à frapper et à tuer quiconque s’approcherait de la barrière ».

« Je ne vous dis pas que certains n’auraient pas franchi [la barrière] », a-t-il précisé, ajoutant qu’il aurait également pu annuler le festival de musique Nova, où plusieurs centaines de personnes ont été fauchées. « Il est tellement évident que tout cela aurait pu être fait. »

Netanyahu a tenu des propos similaires dans l’extrait de podcast diffusé lundi, affirmant que de hauts responsables de la défense avaient délibérément omis de le réveiller avant l’attaque.

Il a déclaré qu’il y avait d’innombrables signes indiquant que le Hamas s’apprêtait à attaquer, et que ceux-ci avaient été repérés par Herzl Halevi, alors chef d’état-major de Tsahal, Ronen Bar, alors chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, et Aharon Haliva, alors chef des renseignements de Tsahal. La chose la plus naturelle aurait été qu’ils le réveillent, a-t-il ajouté.

Pour expliquer pourquoi ils avaient choisi de ne pas le faire, Netanyahu a d’abord pointé du doigt Bar, l’accusant d’avoir cherché à maintenir un état de préparation discret et modéré, tout en évitant une action militaire de grande envergure par crainte de provoquer une escalade avec le Hamas. Le trio de responsables de la sécurité cités pensait que le Hamas était dissuadé et qu’il n’attaquerait pas, a-t-il déclaré. Netanyahu a affirmé que les chefs de la sécurité le considéraient comme un « majnun » – un fou en arabe – et ne l’avaient pas réveillé parce qu’ils savaient qu’il mobiliserait Tsahal et ordonnerait à l’armée de l’air de frapper quiconque s’approcherait de la frontière de Gaza.

« Et ils ont dit que cela provoquerait une attaque ou un échange de tirs avec le Hamas et qu’il fallait l’empêcher. S’ils m’avaient réveillé, tout aurait été différent. Voilà l’histoire du 7-Octobre. »

Dimanche, il avait également déclaré à la Quatorzième chaîne que les responsables de la sécurité israéliens, ne tenant pas compte des indices qui laissaient présager une attaque imminente du Hamas, avaient choisi de ne pas le réveiller dans les heures précédant l’attaque, car ils craignaient qu’il n’ordonne une alerte générale et ne provoque justement une attaque du Hamas.

« Cette nuit-là [du 6 au 7 octobre], il y a eu une analyse [de la part des chefs militaires et des responsables de la sécurité israéliens] selon laquelle : ‘Nous, les généraux, les chefs des services de sécurité, nous sommes des personnes responsables. Et ces politiciens, y compris le Premier ministre, sont des profanes. Ils ont été élus ? Et alors ? Nous savons comment agir de manière responsable. Et agir de manière responsable exige d’éviter toute erreur d’appréciation. Et comment une telle erreur pourrait-elle se produire ? Si, Dieu nous en préserve, nous réveillions le Premier ministre, il dirait : Réveillez immédiatement l’ensemble de Tsahal. Mobilisez l’armée de l’air. Personne ne doit être autorisé à franchir cette barrière ; certains la franchiront peut-être, mais peu importe. Cette [alerte du Premier ministre] pourrait pousser le Hamas à nous attaquer.’ »

Netanyahu a ajouté : « Si vous pensez que j’exagère, attendez de voir », insistant sur le fait qu’il serait disculpé lorsque les protocoles de cette nuit-là seraient publiés.

Il a poursuivi : « Vous m’avez demandé ce qui se serait passé s’ils m’avaient réveillé ? Cette [invasion du 7-Octobre] n’aurait pas eu lieu. »

Montage photos (de gauche à droite) : Sara Netanyahu lors d’une interview à la Quatorzième chaine diffusée le 31 août 2026 ; Yaïr Golan, le 14 octobre 2023. (Crédits : Capture d’écran/Quatorzième chaine ; Capture d’écran/Kan)

« Je ne vous dis pas qu’il ne se serait rien passé. Le Hamas s’était préparé », a-t-il poursuivi, imputant en partie l’échec à la « conception » d’avant-guerre des services de sécurité, selon laquelle le Hamas était dissuadé. Il a cherché à se distancier de cette conception, bien qu’il ait publiquement déclaré la même chose à plusieurs reprises au cours des mois précédant l’attaque.

« Il n’y a jamais eu de sous-estimation [de ma part]… Quant à la volonté [du Hamas] de nous détruire, [la sous-estimer] relève d’un tel décalage par rapport à la réalité », a déclaré Netanyahu.

Un échec, pas une trahison

Après que le correspondant politique de la chaîne N12 a déclaré mardi soir que les différentes déclarations du Premier ministre et de son épouse semblaient s’inscrire dans un effort concerté de la famille Netanyahou visant à redéfinir le récit entourant les échecs du 7-Octobre, à l’approche des prochaines élections, Netanyahu a publié une vidéo rejetant cette idée.

Interrogé sur les allégations selon lesquelles il attiserait des théories du complot avec son épouse et laisserait entendre que de hauts responsables avaient connaissance à l’avance du plan du Hamas visant à mener une invasion et un massacre, il a rejeté ces accusations en les qualifiant de « pure absurdité », ajoutant : « On m’a demandé à plusieurs reprises si je pensais qu’il y avait eu trahison, et j’ai répondu : ‘Non, je ne pense pas qu’il y ait eu trahison. Je pense qu’il y a eu un échec, un immense échec.’ »

Tout s’est déroulé dans la nuit et le matin précédant l’attaque, alors que tous les signes étaient là, et ils [les chefs des services de sécurité] ont décidé, par crainte d’une erreur d’appréciation et pour ne pas irriter le Hamas, de ne pas me réveiller et de ne pas attaquer avant l’heure prévue. C’est un échec, mais ce n’est pas une trahison. Cela s’est produit, à mon grand regret, au prix d’un terrible tribut. Mais ce n’est pas une trahison, et ma femme n’a pas non plus parlé de trahison. Ce ne sont que des absurdités. »

Récits contradictoires

En février de cette année, Netanyahu avait publié un document de 55 pages contenant une sélection de citations tirées des réunions du Conseil des ministres au cours des années précédant le 7-Octobre. Ce document dressait un tableau laissant croire que le Premier ministre avait ostensiblement prôné des politiques agressives contre le Hamas, tandis que ses rivaux politiques et ses responsables de la sécurité avaient plaidé en faveur d’accords à long terme avec le groupe terroriste et avaient empêché l’élimination de ses dirigeants.

Ce document omettait toutefois les comptes rendus d’une réunion du 1ᵉʳ octobre 2023, au cours de laquelle Netanyahu avait, semble-t-il, donné pour instruction à ses principaux conseillers et responsables de la sécurité de maintenir le statu quo, qui consistait à accorder des incitations économiques au groupe terroriste pour qu’il respecte le calme.

« Le Premier ministre a exprimé sa grande reconnaissance à l’ensemble des services de sécurité pour leurs actions visant à maintenir le calme sur tous les fronts », était-il écrit dans le résumé divulgué du compte-rendu de cette réunion, rapporté par la chaîne N12, « en mettant l’accent sur les périodes de fête, et il souligne que nous devons agir avec modération afin d’apaiser les tensions sur les fronts et d’éviter toute escalade. »

Au cours de cette réunion, selon la chaîne, les responsables de la sécurité avaient recommandé à Israël de s’orienter vers l’élimination des dirigeants du Hamas. Cependant, Netanyahu avait subordonné de telles opérations au déclenchement d’un conflit et, même dans ce cas, il avait donné pour consigne aux responsables de la défense de se concentrer sur les dirigeants de la Cisjordanie.

Dans ses mémoires de 2022, intitulées Bibi, Netanyahu avait écrit que le Hamas était suffisamment contenu et qu’il ne souhaitait pas mener une guerre totale à Gaza alors qu’il était davantage préoccupé par l’Iran, comme l’avait noté le magazine Time.

« Voulais-je vraiment immobiliser Tsahal à Gaza pendant des années alors que nous devions faire face à l’Iran et à un éventuel front syrien ? », avait-il écrit.

Matthias Schmale, directeur de l’UNRWA à Gaza (à gauche), serrant la main de l’envoyé qatari, Mohammed al-Emadi, lors d’une conférence de presse, à l’hôpital al-Shifa de Gaza-City, le 19 février 2018. (Crédit : Khalil Hamra/AP)

« La réponse était catégoriquement non. J’avais d’autres chats à fouetter. »

Pendant des années, Netanyahu avait maintenu et défendu publiquement une politique qui autorisait le Qatar à verser des centaines de millions de dollars à Gaza, affirmant que cet apport financier était nécessaire pour éviter une catastrophe humanitaire dans l’enclave contrôlée par le Hamas. Des documents révélés par le Times of Israel au mois de mars 2024 avaient montré qu’Israël sollicitait et appréciait l’aide qatarienne destinée à Gaza au cours des années qui ont précédé le 7-Octobre.

Selon un article du New York Times de décembre 2023, lors de pourparlers à Doha quelques semaines avant l’invasion du Hamas, le chef de l’agence de renseignement du Mossad de l’époque, David Barnea, avait exhorté le Qatar à poursuivre ce financement, car « le gouvernement Netanyahu venait de décider de maintenir cette politique ». Et en septembre 2023, Israël avait demandé au Qatar d’augmenter l’aide financière qu’il accordait à Gaza, comme l’a rapporté le quotidien Yedioth Aharonoth en janvier 2026. Netanyahu a démenti ces allégations.

Les versements s’étaient poursuivis, alors que Netanyahu avait été averti au moins deux fois avant l’assaut du Hamas que le chef de la branche armée du groupe terroriste, Mohammed Deif, détournait les fonds vers le Hamas, avaient rapporté les médias israéliens en mars 2025. Netanyahu a démenti ces informations.

En mars 2025, le cabinet de Netanyahu avait reconnu que le responsable du renseignement du Premier ministre avait reçu, trois heures avant l’invasion et le pogrom du 7-Octobre, une note de Tsahal détaillant des activités suspectes du Hamas, et qu’il ne l’avait pas transmise. Le cabinet du Premier ministre a fait valoir que cela était justifié, compte tenu du caractère non urgent du document, selon lui.

Dans une déclaration sous serment adressée à la Haute Cour en avril 2025, Bar, alors chef du Shin Bet, avait écrit qu’à 3 h 03 du matin le 7-Octobre, toutes les agences de sécurité avaient reçu une alerte concernant « des préparatifs inhabituels et la possibilité d’intentions offensives de la part du Hamas ». Bar avait ajouté qu’à 5 h 15 du matin, « parallèlement à diverses directives, j’ai ordonné que le secrétaire militaire du Premier ministre soit informé ».

Bar avait poursuivi : « Je le dis avec douleur : personne n’avait anticipé une attaque de cette ampleur, et certainement pas ce matin-là. La mise au courant du Premier ministre faisait partie d’une série de directives que j’ai données à l’issue de cette réunion, et elle a été transmise immédiatement, dans le cadre de la chaîne de commandement continue, depuis le moment où j’ai été alerté pendant la nuit jusqu’à la fin de cette discussion. »

Depuis trois ans, Netanyahu s’oppose à la création d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances ayant conduit à l’invasion et au massacre perpétrés par le Hamas.

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