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Exclues du plan Trump, les milices anti-Hamas veulent un rôle dans la « Nouvelle Gaza »

Des groupes armés peu populaires cherchent à peser sur l’avenir de l'enclave, tandis qu’un Hamas renaissant les menace et tente de s’imposer face aux technocrates censés lui succéder

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Des Palestiniens recherchent des marchandises dans une décharge à Gaza, le 25 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)
Des Palestiniens recherchent des marchandises dans une décharge à Gaza, le 25 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

La Gaza qui émergera des décombres de ces deux années de guerre ne sera pas, dans la vision de Hussam al-Astal, contrôlée par le groupe terroriste palestinien du Hamas, mais par un réseau de milices soutenues par l’Autorité palestinienne (AP) – parmi lesquelles figure sa propre faction armée.

Chef d’une milice ayant établi une enclave anti-Hamas près de Khan Younès, al-Astal estime que son projet et d’autres initiatives similaires dans les zones de la bande de Gaza encore sous contrôle militaire israélien constituent les prémices de la « Nouvelle Gaza ».

« Dans un premier temps, c’est nous qui allons bâtir la nouvelle Gaza. Nous avons des partenaires dans toute la bande : des médecins, des ingénieurs, des universitaires. Il y a de la place pour tout le monde. Des centaines de personnes vivent déjà en bénéficiant de notre protection. Gaza veut vivre sans le Hamas et sans terrorisme », a-t-il confié au Times of Israel.

Mais malgré ces ambitions, plusieurs signes laissent penser que l’idée de confier la gouvernance de Gaza à des groupes armés opposés au Hamas pourrait ne pas susciter un large soutien, ni parmi les Palestiniens ni au sein de l’administration du président américain Donald Trump, qui joue un rôle central dans la définition de l’avenir de Gaza.

Bien qu’elles semblent bénéficier d’un soutien israélien, ces milices ne figurent pas dans le plan de paix global de la Maison Blanche, qui prévoit la création d’un comité de technocrates pour administrer la bande à l’issue de la guerre, en remplacement du Hamas. Il n’est pas non plus certain qu’elles puissent conserver le contrôle de quelque territoire que ce soit après le retrait israélien. L’AP a refusé de reconnaître tout lien avec ces milices, même si elle a engagé des discussions avec le Hamas sur la composition de ce comité technocratique – laissant entendre que le groupe terroriste pourrait encore jouer un rôle dans l’avenir politique de Gaza.

« Les milices font l’objet d’un rejet quasi unanime dans la société, toutes sensibilités politiques confondues », a expliqué Saif al-Din Odeh, économiste basé à Gaza, au Times of Israel par téléphone. « Elles ont été créées par l’occupant [en référence à Israël] et servent ses intérêts, pas ceux de la nation. La plupart de leurs membres étaient en prison pour des affaires criminelles. Ces milices ne réussiront jamais [à gouverner]. »

Selon les estimations des services de sécurité israéliens, plusieurs dizaines de milliers de Gazaouis – sur environ deux millions d’habitants – vivent aujourd’hui dans des zones sous contrôle israélien et placées sous la protection de milices réparties le long de la bande : dirigées par Ashraf al-Mansi et Rami Khalas à Gaza, par al-Astal à Khan Younès, et par Yasser Abu Shabab à Rafah.

Yasser Abu Shabab (à droite) et les membres de sa milice à Gaza apparaissent dans une vidéo non datée publiée par le groupe. (Crédit : Capture d’écran Facebook, clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Lors d’une visite en Israël le 21 octobre, Jared Kushner, gendre et principal conseiller de Trump, a semblé valider l’idée de canaliser les fonds de reconstruction vers les zones contrôlées par ces milices, introduisant le terme de « Nouvelle Gaza ».

Alors que le Hamas s’apprêtait à réaffirmer son emprise sur les zones de la bande dont l’armée israélienne s’était retirée, Kushner a déclaré que la reconstruction ne concernerait pas les territoires encore aux mains du groupe terroriste, estimés à environ la moitié de la bande.

« Des options sont actuellement examinées pour les zones contrôlées par Tsahal, à condition qu’elles puissent être sécurisées afin d’y amorcer la construction de la Nouvelle Gaza », avait déclaré Kushner.

Le terme n’a cependant pas été repris ni approuvé par le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui visitait Israël quelques jours plus tard, lorsqu’il a évoqué l’avenir de Gaza.

Al-Astal affirme quant à lui qu’il parle de la « Nouvelle Gaza » depuis plus d’un mois.

L’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, s’adressant aux médias, aux côtés du vice-président américain, JD Vance, et de Jared Kushner, à Kiryat Gat, le 21 octobre 2025. (Crédit : Francisco Seco/AP Photo)

Il a déclaré que ses forces pourraient conserver le contrôle des zones qu’elles occupent, même après le retrait de l’armée israélienne au-delà de la ligne de cessez-le-feu fixée dans l’accord Trump, dite « Ligne jaune ».

« Nous avons la capacité de contrôler les zones situées le long de la ligne jaune, et nos effectifs ne cessent d’augmenter », a-t-il affirmé.

Contrairement à ce qu’affirme al-Astal, Tsahal n’autorise pour l’heure aucun civil à franchir la Ligne jaune.

Le Hamas exige la reddition des milices

Si Tsahal venait à se retirer davantage de Gaza conformément aux étapes suivantes du plan Trump, les groupes armés se retrouveraient probablement confrontés à un Hamas en pleine résurgence, qui a publié ces dernières semaines des communiqués promettant de traquer les milices et exhortant leurs membres à se rendre sous peine d’exécution.

La milice d’Ashraf al-Mansi dans le nord de la bande de Gaza, le 4 octobre 2025. (Crédit : Capture d’écran : Facebook, clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Le groupe terroriste a déjà fait preuve d’une brutalité implacable pour éliminer ses opposants présumés après le retrait des troupes israéliennes d’autres zones de Gaza, procédant à au moins deux exécutions publiques et diffusant des vidéos montrant des Gazaouis accusés de vol d’aide humanitaire ou de collaboration avec Israël se faire tirer dans les jambes ou tabasser en public à coups de parpaings.

Al-Astal n’a pas précisé la forme que prendrait le gouvernement que lui et d’autres chefs de milices souhaitent instaurer, mais il a insisté sur le fait qu’ils ne gouverneraient pas par la force, contrairement au Hamas. « Nous contrôlerons la population pour garantir sa sécurité », a-t-il déclaré, ajoutant que des élections seraient organisées, sans indiquer quand ni à quelle étape de la reconstruction de Gaza.

Les dirigeants locaux affirment cependant que ces milices ne disposent ni du soutien populaire ni des moyens nécessaires pour gouverner.

Le maire de Gaza-City, Yahya Sarraj, a déclaré au Times of Israel qu’aucun Gazaoui ne soutenait un régime des milices. Il a rappelé le précédent des années 1970, lorsqu’Israël avait tenté de promouvoir en Cisjordanie des alternatives palestiniennes à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). « Cette voie a déjà été empruntée à plusieurs reprises, à commencer par les ligues villageoises en Cisjordanie, et elle a toujours échoué », a-t-il souligné.

Au bout de quelques années, Israël avait lui-même interdit les ligues et mis fin au projet.

Le président américain Donald Trump (à gauche) salue le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’un sommet sur Gaza dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, le 13 octobre 2025. (Crédit : Evan Vucci/AFP)

Sarraj et l’économiste Odeh font partie d’un groupe de personnalités locales de Gaza ayant récemment adressé plusieurs lettres à Trump pour exprimer leur souhait de mettre fin à la guerre et d’établir la paix avec Israël.

Odeh a souligné que Gaza avait besoin d’un horizon politique plus vaste que la simple reconstruction. « Ce qu’il faut, c’est une solution politique globale fondée sur le principe de deux États », a-t-il confié au Times of Israel.

À la recherche d’une entente entre les comités

Un avenir dans lequel les milices de Gaza se verraient confier un rôle, même transitoire, est absent du plan en vingt points de Trump visant à mettre fin à la guerre et à instaurer une paix durable.

Le plan prévoit plutôt « la gouvernance transitoire et temporaire d’un comité palestinien technocratique et apolitique… composé de Palestiniens qualifiés et d’experts internationaux, placé sous la supervision et le contrôle d’un nouvel organe international de transition » dirigé par le président américain.

Cette structure provisoire est conçue comme une étape temporaire, le temps que l’AP entreprenne les réformes nécessaires avant de pouvoir reprendre la gestion de la bande de Gaza. Le plan interdit explicitement au Hamas de jouer le moindre rôle dans la gouvernance future du territoire.

« La meilleure solution consiste à administrer temporairement la bande de Gaza par l’intermédiaire d’un comité technocratique soigneusement sélectionné, jusqu’à ce que les conditions soient réunies pour organiser des élections et désigner une direction nationale représentative de la société palestinienne », a estimé Sarraj.

Une vision allant dans ce sens a été discutée ces derniers jours au Caire.

Depuis une semaine, les représentants du Hamas ont rencontré plusieurs factions palestiniennes, dont le Fatah, pilier de l’Autorité palestinienne et parti de son président Mahmoud Abbas.

Le chef des renseignements palestiniens, Majed Faraj, et le vice-président de l’AP, Hussein al-Sheikh, proches alliés d’Abbas, sont arrivés en Égypte pour rencontrer une délégation du Hamas dirigée par Khalil al-Hayya.

Des négociateurs du Hamas, dont Khalil al-Hayya (deuxième à partir de la gauche), apparaissent sur une photo témoignant du succès des négociations menées sous médiation entre Israël et le Hamas concernant un accord de cessez-le-feu et la libération des otages à Gaza, à Charm el-Cheikh, aux premières heures du 9 octobre 2025. (Crédit : Telegram / utilisé conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

À l’issue de ces rencontres, le Hamas et plusieurs petits groupes qui avaient reconnu son autorité après sa prise de pouvoir il y a près de vingt ans ont annoncé la création d’un comité technocratique chargé d’administrer la bande de Gaza.

Peu après, le Fatah a publié un communiqué rejetant cette déclaration, réaffirmant que Gaza devait être gouvernée dans le cadre plus large de l’OLP et de l’AP. À ce stade, aucun consensus palestinien – et encore moins un accord entre les États-Unis, Israël et les pays arabes – ne semble exister sur un plan commun pour l’avenir de Gaza.

L’AP a administré la bande jusqu’en 2007, avant d’en être chassée par le Hamas lors d’un coup d’État sanglant. Jusqu’au plan de Trump, Israël s’était ouvertement opposé à ce que l’AP joue un rôle quelconque dans la gouvernance de Gaza.

Al-Astal, qui a servi dans les forces de sécurité de l’AP à Gaza avant la prise de pouvoir du Hamas, s’est présenté au Times of Israel comme un représentant de l’AP.

Il reste toutefois évasif sur le rôle qu’il imagine pour elle dans l’avenir de Gaza.

« Aujourd’hui, nous disons : Gaza sans organisations – ni Hamas, ni Fatah, ni Jihad islamique. Nous sommes prêts à travailler avec tous ceux qui veulent participer à la Nouvelle Gaza », a-t-il affirmé.

Selon al-Astal, Khalas, le chef de la milice de Gaza, était lui aussi un responsable de l’AP dans le passé. Le 6 octobre, il indiquait sur la page Facebook de Jusur News, un média arabophone qui a publié plusieurs contenus critiques à l’égard du Hamas pendant la guerre, que son groupe fournissait des services humanitaires dans le quartier de Shejaiya, à Gaza-City, et coordonnait ses activités avec l’AP.

Des membres des Brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas, recherchent les corps d’otages à Hamad City, Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le mardi 28 octobre 2025. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

Depuis des mois, l’AP refuse de commenter officiellement la présence des milices à Gaza ou les allégations selon lesquelles elle entretiendrait des liens avec ces groupes.

Selon un sondage réalisé en mai par le Centre palestinien pour la recherche politique et les sondages, l’un des rares instituts menant encore des enquêtes d’opinion auprès des Gazaouis, 46 % des personnes interrogées dans la bande de Gaza se disaient favorables à un retour de l’AP au pouvoir, contre seulement 37 % en Cisjordanie.

L’enquête révélait également que 28 % des Gazaouis pensaient que le Hamas finirait par reprendre le contrôle de la bande après la guerre, les autres répondants se partageant à parts presque égales entre ceux qui prévoyaient un contrôle israélien, de l’AP ou d’un organisme international.

Odeh estime qu’une majorité de Gazaouis souhaite voir le Hamas se retirer définitivement du pouvoir. « Il existe un consensus dans la société selon lequel le Hamas ne devrait jouer aucun rôle, que son règne ne devrait pas se reproduire. Les gens ne l’acceptent pas », a-t-il déclaré.

« Ce dont ils ont besoin maintenant, c’est de reconstruire leur vie avec des professionnels qui placent les habitants au premier plan et leur garantissent une existence digne. »

Gouverner Gaza de l’intérieur

La forte implication du Hamas dans les négociations du Caire renforce toutefois la probabilité qu’il continue d’exercer une influence, même en coulisses, sur le futur comité technocratique censé diriger Gaza.

Al-Hayya a déclaré à Al Jazeera en début de semaine que le Hamas céderait toutes ses responsabilités gouvernementales à un comité technocratique, tout en précisant que le groupe avait déjà transmis à l’Égypte, quelques mois plus tôt, une liste d’environ quarante professionnels qu’il soutenait pour en faire partie.

Il a par ailleurs rejeté toute idée de désarmement, sauf dans le cadre d’un État palestinien indépendant.

Selon le plan Trump, le Hamas doit être désarmé. Une force internationale déployée à Gaza serait chargée de former et de soutenir une police palestinienne chargée d’y maintenir l’ordre.

Des Palestiniens marchent parmi les décombres à Gaza-City, le 23 octobre 2025. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)

Odeh a estimé que la meilleure solution serait une gestion assurée par les Gazaouis eux-mêmes, ou du moins par des Palestiniens capables de comprendre les besoins locaux et d’instaurer la confiance et la coopération avec la population, notamment dans les domaines de la sécurité civile et des secours d’urgence.

« Il est nécessaire qu’une force internationale entre à Gaza pour donner à la population l’assurance que la guerre ne reprendra pas. Mais pour la police civile, il serait difficile pour une force internationale de s’en charger, car elle ne connaît pas les habitants », a-t-il déclaré. « C’est pourquoi la police, le parquet et les services de secours devraient être placés sous supervision internationale, mais le personnel doit provenir de Gaza même. »

L’Égypte a annoncé il y a plusieurs mois qu’elle formait plusieurs milliers de policiers palestiniens destinés à entrer à Gaza « après la guerre ».

Odeh, qui a auparavant travaillé au sein de l’Autorité monétaire palestinienne, a estimé que, à mesure que le Hamas sera évincé, les futures autorités chargées de gouverner la bande de Gaza devraient s’abstenir d’épurer la fonction publique de ceux ayant servi dans les institutions sous le régime du Hamas au cours des dix-sept dernières années, à l’exception des hauts responsables du mouvement.

« Beaucoup de ceux qui exercent encore [sous le régime du Hamas] dans la police, le bureau du procureur et les services d’urgence possèdent les connaissances et l’expérience nécessaires », a-t-il affirmé. « Ils n’ont aucune affiliation politique. Il ne devrait pas y avoir de licenciement massif du personnel déjà en place. »

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