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Fermeture des usines de dessalement : Israël doit revoir son plan directeur de l’eau

Les experts appellent à rouvrir les puits, à restaurer les zones tampons naturelles et à préserver les ressources, alors que 80 % de l’eau potable provient des installations côtières

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Vue d'ensemble d'une usine de dessalement d'eau près de Rishon LeZion, dans le centre d'Israël, le 2 septembre 2026. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Vue d'ensemble d'une usine de dessalement d'eau près de Rishon LeZion, dans le centre d'Israël, le 2 septembre 2026. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

La mise à l’arrêt sans précédent, samedi, de cinq des six usines de dessalement d’Israël a mis en évidence ce que les experts en politique de l’eau et en sécurité nationale qualifient de vulnérabilité stratégique croissante : la dépendance quasi totale du pays à ces grandes installations pour son approvisionnement en eau potable.

Ces usines, toutes situées le long de la côte méditerranéenne méridionale, ont été contraintes de cesser leurs activités en raison de microalgues emportées vers le nord par les vagues issues du delta du Nil. La baisse de production s’est poursuivie jusqu’à mercredi, tandis que l’Autorité israélienne de l’eau et la compagnie nationale des eaux Mekorot s’efforçaient de mettre en service des sources d’approvisionnement de secours.

Mercredi, deux usines situées dans le centre-sud d’Israël avaient repris leurs activités, et l’Autorité de l’eau espérait en redémarrer une troisième dans la journée. Cela a également permis de rétablir l’approvisionnement en eau des agriculteurs du sud, après la coupure de l’eau survenue dimanche. Les deux usines les plus au sud, situées à Ashkelon et à Ashdod, sont restées fermées.

Les installations de dessalement à grande échelle fournissent déjà environ 80 % de l’eau potable municipale d’Israël, une part qui devrait fortement augmenter dans le cadre des projets gouvernementaux visant à accroître la production au cours des prochaines décennies.

Selon les experts, cet incident a mis en évidence la nécessité de reconstituer des sources d’appoint plutôt que de s’appuyer presque exclusivement sur des infrastructures centralisées et fortement énergivores. Ils ont appelé à la réhabilitation des puits pollués et inactifs, à la restauration des réserves naturelles d’eau, ainsi qu’au lancement de campagnes de sensibilisation et de tarification de l’énergie afin d’inciter les Israéliens, trop peu soucieux de leur consommation d’eau, à économiser.

« Le dessalement est censé compléter les sources naturelles, et non les remplacer », a déclaré le Pr. Dror Avisar de l’université de Tel Aviv.

Un employé de l’usine de dessalement de Sorek, au sud de Tel Aviv, le 1ᵉʳ novembre 2015. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Israël, pays aride caractérisé par une population en forte croissance et une baisse des précipitations, s’est longtemps senti en sécurité quant à sa capacité à répondre à ses besoins en eau grâce à la technologie, de l’irrigation goutte à goutte au recyclage des eaux usées, en passant par le dessalement – autant de domaines dans lesquels le pays est à la pointe au niveau mondial. Toutefois, la coupure massive de cette semaine semble confirmer les avertissements selon lesquels ce même succès technologique a favorisé une dépendance excessive à l’égard d’un ensemble restreint de systèmes vulnérables.

Ce risque n’était pas tout à fait imprévisible. Selon le contrôleur de l’État, entre 2007 et la fin de l’année 2023, quatorze incidents de pollution de l’eau de mer – notamment des contaminations microbiennes, des fuites de carburant et d’hydrocarbures, ainsi qu’une turbidité due à des tempêtes – ont contraint certaines usines à s’arrêter pendant des durées allant de quelques heures à cinq jours.

L’approvisionnement en eau dessalée devrait augmenter à court terme, dans le cadre de l’objectif fixé par le gouvernement d’atteindre 1,1 milliard de mètres cubes par an, grâce à de nouvelles installations près d’Akko, en Galilée occidentale, et dans la vallée d’Emek Hefer, au centre d’Israël.

À plus long terme, le gouvernement a approuvé en juin un plan de l’Autorité de l’eau visant à produire 2,3 milliards de mètres cubes d’eau dessalée par an d’ici 2050, puis 2,75 milliards d’ici 2075.

Clive Lipchin devant une unité pilote de traitement des eaux usées hors réseau, dans le village bédouin d’Umm Batin, près de Beer Sheva, dans le Néguev. (Crédit : Institut Arava)

« Des décennies de dépendance au dessalement ont conduit à un faux sentiment de sécurité », a averti Clive Lipchin, expert en eau à l’Institut Arava pour les études environnementales, situé dans le sud d’Israël.

« C’est un signal d’alarme pour le gouvernement et la population : ces technologies sont certes remarquables, mais elles n’ont pas résolu le problème de la pénurie d’eau. »

« Il faut se demander si Israël en fait assez pour s’assurer de disposer d’un plan de secours et de préserver, de conserver et de reconstituer les réserves naturelles. La réponse est non », a déclaré Katz.

Hivers secs, puits pollués

Une journée chaude sur une plage asséchée du lac de Tibériade, dans le nord d’Israël, le 26 novembre 2025. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

À la suite d’un hiver exceptionnellement sec il y a deux ans, le niveau du lac de Tibériade, source d’eau potable d’urgence pour Israël, est resté en dessous de la « deuxième ligne rouge » pendant la majeure partie de cette année. La ligne rouge inférieure est fixée à -213 mètres sous le niveau de la mer. Pomper au-delà de ce seuil risque d’endommager l’écosystème. Un plan inédit visant à maintenir le niveau du lac grâce à de l’eau dessalée reste limité et expérimental.

« D’après ce que j’ai compris, nos eaux souterraines sont très réglementées », a déclaré Lipchin.

Mais, a-t-il ajouté, l’aquifère côtier, qui s’étend de la chaîne du Carmel au nord jusqu’à la frontière avec Gaza au sud, est affecté par une intrusion d’eau de mer.

L’aquifère de montagne, le plus grand réservoir naturel d’eau souterraine du pays, qui s’étend le long des contreforts occidentaux de la chaîne montagneuse centrale, est de meilleure qualité, a-t-il précisé.

« Mais nous le partageons avec les Palestiniens, où l’on observe un pompage excessif et où la réglementation n’est pas la même que de notre côté. Si [l’aquifère] est compromis et que la production d’eau dessalée diminue, nous nous retrouverons véritablement en situation de crise », a expliqué Lipchin.

Pour des organisations telles que l’Institut Arava et EcoPeace, qui considèrent la coopération environnementale comme un outil de consolidation de la paix régionale en plus de la durabilité écologique, la mise en place de systèmes de gestion conjoints avec les Palestiniens va de soi.

Dans le même temps, elles soulignent également les dangers liés aux eaux usées de Gaza qui se déversent dans la mer Méditerranée, dérivent vers le nord jusqu’aux côtes israéliennes et s’infiltrent dans l’aquifère côtier, menaçant ainsi les membranes filtrantes sensibles des stations de dessalement.

« Malgré la complexité de la situation, une coopération totale est nécessaire de la part du gouvernement israélien, du Conseil de Paix [dirigé par les États-Unis] et des autorités palestiniennes chargées de l’eau pour réparer d’urgence les installations de traitement des eaux usées à Gaza, dans le but de protéger la sécurité hydrique d’Israël, entre autres », a déclaré Gidon Bromberg, directeur pour Israël chez EcoPeace.

Gidon Bromberg, directeur pour Israël d’EcoPeace Middle East, près d’Azzoun, au nord de la Cisjordanie, le 24 novembre 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Shira Efron est conseillère spéciale pour Israël au sein du groupe de réflexion RAND Corporation, où elle travaille actuellement sur les questions liées à Gaza. Ancienne chercheuse senior à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) d’Israël, elle est spécialisée dans les liens entre sécurité nationale et dérèglement climatique.

« Nous sommes plusieurs à avoir averti que la question de l’assainissement à Gaza nécessitait une intervention urgente, en accordant clairement la priorité aux installations de traitement des eaux usées et des déchets, parce que c’est la bonne chose à faire, mais aussi parce que c’est dans l’intérêt d’Israël. Mais la politique fait obstacle et rien n’a été fait », a-t-elle déploré.

Efron a souligné que les guerres contre la République islamique d’Iran avaient mis en évidence la vulnérabilité des infrastructures critiques d’Israël face aux attaques, notamment les stations de dessalement et le réseau de gaz fossile dont elles dépendent. Elle a ajouté que le dérèglement climatique constituait un risque supplémentaire, car le dessalement n’est même plus possible lorsque la température de l’eau dépasse un certain seuil.

Un nouveau plan directeur

Pr. Shira Efron, conseillère spéciale pour Israël au sein du groupe de réflexion RAND Corporation. (Crédit : Diane Baldwin, RAND Corporation)

Les données de l’Autorité de l’eau montrent qu’au début de l’année 2026, environ 41 % des 1 702 forages du pays étaient inactifs pour des raisons allant de la pollution et de la baisse des nappes phréatiques au vieillissement des infrastructures. Deux cent quatre-vingts de ces puits ont été définitivement fermés.

Fin 2024, l’Autorité de l’eau a publié un projet de plan national d’infrastructures d’eau et d’assainissement afin de recueillir les commentaires des citoyens. Ce plan est actuellement en cours de révision avant d’être soumis à l’approbation de l’Autorité et du gouvernement, a déclaré un porte-parole.

Le projet de 2025 proposait la remise en état de 400 puits afin de répondre à la demande, ainsi que 200 puits supplémentaires d’ici 2050 pour disposer d’une réserve de 80 % en cas d’arrêt d’urgence des usines de dessalement. Coût de l’opération : près de 4 milliards de shekels.

À titre de comparaison, la compagnie des eaux Mekorot, qui exploite plus de 500 puits, a déclaré n’avoir réhabilité que huit puits en 2024 et six en 2025.

Forage à la recherche d’eau. (Crédit : Mekorot)

« Le plan directeur tient compte de la croissance démographique, mais continue d’estimer de manière erronée la capacité future en eau par habitant », a déclaré Orly Babitsky, responsable de la résilience climatique au sein de l’organisation israélienne de défense de l’environnement Adam Teva VDin.

Ce plan ne tient pas compte du réchauffement climatique ni de l’implantation de fermes de serveurs qui consomment d’importantes quantités d’eau pour leur refroidissement, a ajouté Babitsky.

Elle a ajouté qu’avec une activité de construction aussi intense dans tout Israël, les zones de sol nu ou de sable où l’eau de pluie pourrait s’infiltrer pour recharger les nappes phréatiques se faisaient de plus en plus rares.

Certaines collectivités locales ont réservé des terrains à cet effet, mais l’Autorité de l’eau n’a pas procédé à leur remboursement – le service public a d’ailleurs été condamné à verser des dommages-intérêts à la ville de Rishon Lezion, située au centre d’Israël -, ou l’a fait sans tenir compte des coûts supplémentaires engagés.

Des grues de chantier se profilant à l’horizon de Jérusalem, le 19 août 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Manque de sensibilisation, absence d’incitations à économiser

Selon Katz, chargé l’an dernier par le ministère de l’Énergie et de l’Eau de présenter un rapport sur la conservation de l’eau, les Israéliens consomment plus d’eau par habitant que de nombreux pays arides, mais paient moins cher que les pays qui ne bénéficient pas d’une sécurité en matière d’eau, tels que la Norvège et le Danemark. Des enquêtes montrent que les Israéliens ne croient plus que le pays souffre d’une pénurie d’eau et que les effets des campagnes temporaires de sensibilisation publique sont de courte durée.

Katz a déclaré que les gouvernements n’ont pas investi dans la conservation de l’eau, car aucun d’entre eux ne souhaite augmenter les prix de l’eau. Une telle mesure nécessiterait par ailleurs une législation.

Les tarifs de l’eau pour les ménages israéliens reposent sur un système à plusieurs paliers : les consommateurs paient un tarif relativement bas pour la consommation de base, qui garantit l’accès à l’eau indispensable, tandis que la consommation au-delà de ce seuil est facturée à un tarif environ deux fois plus élevé.

David Katz, expert en eau à l’université de Haïfa. (Crédit : Autorisation)

« Augmenter encore davantage le deuxième palier permettrait de lever des fonds pour des projets de conservation de l’eau et d’envisager davantage d’économies – mais c’est politiquement impossible, surtout en cette année électorale », a expliqué Katz.

« Nous devons faire fonctionner les usines de dessalement à plein régime et utiliser l’eau produite pour reconstituer les aquifères et d’autres réserves », a-t-il ajouté.

« Nous pourrions mettre en place des programmes de rachat auprès des agriculteurs [dans le cadre desquels l’État offre des incitations financières aux agriculteurs pour qu’ils réduisent leur consommation d’eau], amener les conseils municipaux à élaborer des plans d’économie d’eau et exiger des grandes entreprises qu’elles en fassent de même. »

Un porte-parole de Mekorot a indiqué que la compagnie activait simultanément tous les forages de l’aquifère, exploitait des infrastructures plus anciennes et pompait le double du volume habituel depuis le lac de Tibériade afin de réguler l’approvisionnement.

Parallèlement, un porte-parole de l’Autorité de l’eau a déclaré que celle-ci « met en œuvre les décisions gouvernementales concernant le dessalement, le développement et bien d’autres aspects », et qu’elle fonctionne conformément aux plans et politiques approuvés par le Conseil de l’Autorité de l’eau.

Toutefois, certains experts se demandent si les mesures prises sont suffisantes, notamment la Pr. Ofira Ayalon, de la Faculté des sciences de l’environnement de l’université de Haïfa, qui dirige également le pôle de recherche Énergie et Environnement de l’Institut Samuel Neaman du Technion.

« Nous négligeons les alternatives [au dessalement] », a déclaré Ayalon.

« L’Autorité de l’eau va lancer une nouvelle campagne, mais c’est trop peu et trop tard. »

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