Guerre commerciale et tradition : des Juifs canadiens fêtent Pessah sans Manischewitz
L'interdiction de cet alcool américain, par mesure de rétorsion aux droits de douane, "ouvre des opportunités" au Canada pour les vins israéliens, selon un cadre du secteur viticole
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TORONTO (JTA) — À deux jours de Pessah, Max Kirschner est en pleine réflexion, au rayon des vins casher d’un magasin d’alcool du nord de Toronto.
Il a six bouteilles à acheter pour ses deux Seders et un grand choix devant lui : les vins d’Israël, d’Italie, du Chili, d’Argentine ou de Nouvelle-Zélande abondent dans les rayons. Les sauvignon blancs sud-africains se trouvent juste en-dessous des Bordeaux français.
Pourtant, il manque quelque chose : des produits originaires des États-Unis.
Tous les vins et spiritueux fabriqués aux États-Unis ont en effet été retirés des rayons dans toute la province de l’Ontario par mesure de rétorsion aux droits de douane exorbitants imposés par le président américain Donald Trump.
D’autres provinces ont fait de même.
Et pour la deuxième année consécutive, les Juifs n’ont pas la possibilité de se procurer certains produits casher pour Pessah, à commencer par le Manischewitz, ce qui explique que les Juifs canadiens cherchent d’autres vins rouges doux et casher, quitte à se les faire envoyer d’ailleurs dans le pays.
En ce lundi après-midi, Kirschner ne semble pas perturbé outre mesure.
« Je suis diplômé de Manischewitz », plaisante-t-il. « Il y a de cela vingt, vingt-cinq ans, on n’avait le choix qu’entre le Manischewitz et le Carmel. Alors qu’aujourd’hui, on a un grand choix. »
Niché dans un coin au deuxième étage du magasin d’alcool, le rayon casher n’en est pas moins bien achalandé, dans ce quartier majoritairement juif de Ledbury Park. Un employé, qui conseille par téléphone des vins pour faire le haroset, aide les clients à trouver leur bonheur au milieu de tous ces vins casher venus du monde entier.
Mike, qui préfère garder l’anonymat pour ne pas avoir de problèmes sur son lieu de travail en raison de son soutien à Israël, explique que dans sa famille de Juifs marocains, il n’y a jamais eu de Manischewitz pour le Seder. Ce qui ne l’empêche aucunement de voir le côté positif de la situation, en ce qui concerne les amateurs de Manischewitz.
« Désormais, les gens vont se mettre aux vins israéliens », ajoute-t-il.
Certains clients disent acheter Israélien pour soutenir Israël. Et selon Josh Greenstein, vice-président exécutif de l’Association israélienne des producteurs de vin, l’interdiction de vendre des alcools américains dans certaines provinces, comme l’Ontario, « ouvre des opportunités » au Canada pour les vins israéliens.
Le surplus de demande a été « pour l’essentiel absorbé par les vins canadiens », mais Greenstein précise qu’il y a « un regain d’intérêt pour les alternatives importées, à commencer par les vins israéliens — notamment sur le marché casher et parmi les consommateurs un peu connaisseurs. »
Les effets de long terme vont évidemment dépendre des futures dynamiques commerciales et du comportement des consommateurs, ce qui lui fait dire : « Les vins israéliens sont bien positionnés pour gagner des parts de marché et nous faisons tout, avec nos partenaires, pour y contribuer. »
À Toronto, il est des Juifs qui ne se sont même pas donné la peine de se rendre au magasin d’alcool.
Pour Sylvia Babins, le Manischewitz est un ingrédient indispensable de sa recette de haroset — elle en a donc commandé dans un magasin d’alcools à l’autre bout du pays, à Calgary, dans l’Alberta, qui vend encore des vins américains.
Babins dit en avoir commandé neuf bouteilles — six pour elle et trois pour sa sœur — au prix de 11 $ la bouteille plus 50 $ de frais de port.
« Je suis certaine que je pourrais trouver un vin rouge doux et casher [dans un magasin d’alcool de Toronto], mais chaque année, je fais mon haroset pour la famille avec du Manischewitz », explique Babins. « J’en ai vraiment besoin. »
Dans un groupe Facebook juif de Toronto dont Babins est membre, d’autres personnes disent avoir fait deux heures de route jusqu’à Buffalo, dans l’État de New York. Mais entre l’essence et les droits de douane, cela lui aurait coûté plus cher que les frais de port, explique-t-elle. Par ailleurs, ajoute-t-elle, son argent n’est pas allé à un commerce américain.
« Je préfère soutenir le Canada », affirme-t-elle.
Ce lundi-là, il y avait clairement de la demande pour le goût sucré du Manischewitz au magasin. Un employé montre l’endroit, dans les rayons, en bas à gauche, où se trouvaient les bouteilles de Carmel Palwin, un vin israélien doux avec une étiquette jaune qui a un goût proche de celui du Manischewitz (même s’il n’est pas fait avec des raisins Concord).
Il n’y en avait plus.
la Communauté du Times of Israël !







