Danny Danon dénonce l’absence de « fondement réel » pour justifier l’inscription d’Israël sur la liste noire pour violences sexuelles
L’envoyé d’Israël aux Nations unies a évoqué une initiative scandaleuse ; le site d'information Ynet avait annoncé, dans la matinée de jeudi, que l'État juif gelait ses relations avec le secrétaire général de l'instance, Antonio Guterres
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L’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, a confié jeudi au Times of Israel qu’il s’attendait à ce que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, inscrive officiellement Israël sur la liste des auteurs de violences sexuelles dans les zones de conflit aujourd’hui ou demain, et il a affirmé que Jérusalem n’avait jamais reçu de cas spécifiques auxquels apporter une réponse avant cette prise de décision.
« Nous leur avons dit : s’il y a des plaintes spécifiques, envoyez-nous les dossiers afin que nous puissions apporter des réponses précises. Mais nous n’avons reçu aucun cas précis. C’est pourquoi cette décision est politique », a dit Danon lors d’un entretien téléphonique.
Guterres avait averti Israël, l’année dernière, que le pays risquait d’être inclus sur la liste noire et il avait énuméré les mesures qu’Israël devait prendre pour éviter ce cas de figure, sommant notamment l’État juif de diffuser des directives contre les violences sexuelles, de mettre en place des systèmes de bonne conduite et de sanctions, d’enquêter sur les plaintes crédibles et d’octroyer aux Nations unies un libre accès pour la surveillance et l’aide humanitaire.
Les allégations de l’ONU, à l’époque, avaient reposé sur de nombreux témoignages de détenus palestiniens de sexe masculin qui avaient fait état de viols – avec notamment une agression qui avait été signalée sur un prisonnier qui avait été transféré à Sde Teiman — le centre de détention provisoire qui avait été ouvert mis en place après le 7 octobre pour les hommes armés du Hamas qui avaient été capturés et pour les terroristes présumés.
Danon a dit qu’Israël avait fait tout son possible pour se conformer à ces demandes. Il a noté avoir personnellement rencontré à plusieurs reprises la représentante de Guterres sur les violences sexuelles en situation de conflit, Pramila Patten, ainsi que son équipe et il a précisé qu’Israël avait organisé des rencontres entre des hauts responsables de l’administration pénitentiaire, de l’armée et du ministère de la Justice et sa délégation. Il a toutefois ajouté que Patten avait annulé ces rendez-vous en raison de complications techniques, puis en raison de la situation sécuritaire en Israël, même si Israël n’avait jamais bloqué ces visites.
« Ils ne nous ont jamais vraiment donné les raisons qui justifient [cette décision], car ils n’ont aucun fondement réel sur lequel s’appuyer. Cela aurait pu être des reportages dans les médias ou des choses de ce genre… ils ne nous ont jamais précisé de cas spécifiques », a déclaré l’envoyé.
L’affaire de Sde Teiman avait porté sur des images tournées par des caméras de vidéosurveillance qui avaient montré, semble-t-il, des soldats de l’armée israélienne en train de maltraiter un détenu palestinien au centre de détention de Sde Teiman.
Plusieurs soldats avaient été arrêtés après la diffusion de la séquence qui avait paru montrer des maltraitances à l’égard du prisonnier – et après que de nombreux reportages, basés sur les témoignages de responsables israéliens et de détenus palestiniens, ont détaillé des cas graves d’abus, voire de torture, au centre de détention.
Un rapport publié au mois de janvier par le Bureau du défenseur public d’Israël avait corroboré ces allégations, concluant que les Palestiniens incarcérés dans les prisons israéliennes pour atteinte à la sécurité nationale subissaient des violences graves et systématiques de la part des gardiens de prison, des privations de nourriture et une négligence médicale, ainsi que des conditions sanitaires qui avaient provoqué et exacerbé des épidémies dans les prisons.
Les charges retenues contre les suspects avaient finalement été abandonnées après qu’il a été révélé que l’ancienne procureure-générale militaire avait été à l’origine de la fuite des images.
Lors de son entretien avec le Times of Israel, Danon a affirmé qu’Israël avait communiqué à l’ONU l’intégralité de ses cadres juridiques et de contrôle – y compris en matière de réglementation ou de mécanismes de plainte. Il a noté avoir rappelé la pratique, dans le pays, qui consiste à engager des poursuites lorsque cela est justifié, et il a prévenu que l’inscription sur la liste noire avait des implications « scandaleuses ».
« Une fois que vous figurez sur cette liste, vous donnez essentiellement l’impression qu’Israël recourt systématiquement aux violences sexuelles dans le cadre du conflit. C’est l’accusation la plus grave… il est scandaleux, après le 7 octobre, de nous placer sur la même liste que les terroristes du [Hamas] ».
Danon s’est exprimé alors que le site d’information Ynet a rapporté, jeudi, que Jérusalem avait décidé de geler sa coopération avec le bureau du secrétaire général des Nations unies, António Guterres.
Sur le réseau social X, Danon avait déjà vivement critiqué l’ajout présumé d’Israël sur la liste, le qualifiant de « décision politique » et de « déconnectée des faits et de la réalité ».
En juillet 2025, un rapport de l’ONU publié par le bureau de Guterres incluait le groupe terroriste palestinien du Hamas sur sa liste des « parties soupçonnées de manière crédible d’avoir commis ou d’être responsables de viols ou d’autres formes de violence sexuelle dans des situations de conflit armé ».
Cette mesure avait fait suite à une conclusion de la représentante spéciale, Pramila Patten, selon laquelle le Hamas s’était livré à des violences sexuelles systématiques lors du pogrom du 7 octobre 2023 et à l’encontre d’otages détenus à Gaza.
Selon Ynet, Israël estime que la décision d’inclure le Hamas a suscité des pressions sur Turtle Bay pour qu’Israël y figure également. Le dernier rapport annuel sur les violences sexuelles dans les zones de conflit n’a pas encore été rendu public.
« Quiconque est capable d’inclure Israël sur la même liste que les terroristes et les violeurs du Hamas n’a aucune légitimité morale pour solliciter une coopération », avait déclaré Danon, selon Ynet.
Il avait ajouté qu’Israël « attendrait qu’un secrétaire général professionnel et impartial prenne ses fonctions ».
Le mandat de Guterres doit prendre fin à la fin de l’année.
Jeremy Sharon a contribué à cet article.
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