Jérusalem : Un homme arrêté après l’agression d’une nonne française sur le mont Sion
Le suspect a été placé en garde à vue ; face au tollé général, la police affirme traiter les agressions contre le clergé avec la "plus grande sévérité"
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Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La police a annoncé mercredi avoir arrêté un homme soupçonné d’avoir agressé une nonne française à Jérusalem la veille, affirmant appliquer une politique de tolérance zéro envers les attaques contre des personnalités religieuses.
« Le suspect, un homme de 36 ans, a été identifié puis arrêté par la police », ont indiqué les forces de l’ordre dans un communiqué, ajoutant qu’elles considéraient avec « la plus grande sévérité » tout acte de violence « motivé par des raisons potentiellement racistes et dirigé contre des membres du clergé ».
Le suspect a été arrêté mardi, le jour même de l’agression.
Il « a été placé en garde à vue pour être interrogé […] tous les mobiles possibles étant examinés », indique un communiqué de la police, qui a refusé de communiquer à l’AFP la nationalité du suspect.
Le Consulat général de France à Jérusalem a « fermement » condamné cette agression, demandant à ce que son auteur « soit traduit en justice pour cet acte et que justice soit rendue ».
L’agression s’est produite mardi après-midi, près du Tombeau de David, sur le mont Sion, adjacent à la Vieille Ville de Jérusalem.
Following a report of an assault against a nun in Jerusalem, officers responded immediately, launching an investigation that led to the arrest of a suspect. A request to extend his detention is expected.
The Israel Police treats any attack on members of the clergy and religious… pic.twitter.com/1e0W8bobpo
— Israel Police (@israelpolice) April 29, 2026
Le père Olivier Poquillon, directeur de l’École française de recherche biblique et archéologique de Jérusalem (EBAF), a déclaré à l’AFP que la religieuse, âgée de 48 ans, était chercheuse au sein de l’institution et ne souhaitait pas s’exprimer publiquement.
« Hier, vers 17 h 45 [14 h 45 GMT] … elle a senti quelqu’un s’approcher derrière elle et la projeter de toutes ses forces contre une pierre », a expliqué le père Poquillon, décrivant l’agression de mardi.
« Alors que la sœur était à terre, l’homme a commencé à lui donner de nombreux coups de pied » a-t-il ajouté.
« Un touriste israélien s’est interposé […] Par chance, le pire a été évité et la sœur n’a été que légèrement blessée, mais elle est très choquée », a-t-il précisé.
L’agression s’est produite devant le Cénacle, un édifice situé sur le mont Sion à Jérusalem, considéré comme sacré tant par les chrétiens que par les Juifs, ces derniers le considérant comme le lieu de sépulture du roi David.
Sur une vidéo, diffusée par la police, on peut voir des ecchymoses sur le côté droit du visage de la religieuse.
תיעוד – תקיפה הנזירה באזור קבר דוד בירושלים pic.twitter.com/sQzwUAQ1Yc
— jerusalem online (@Jlmonline) April 30, 2026
Sur la vidéo de l’arrestation diffusée par la police, on entend un agent signaler en hébreu au suspect qu’il est soupçonné « d’agression ayant entraîné des blessures et motivée par un mobile nationaliste ».
La police a également fait état de cette arrestation dans un message en anglais publié sur le réseau social X.
« Suite à un signalement d’agression contre une religieuse à Jérusalem, les agents sont immédiatement intervenus, ouvrant une enquête qui a conduit à l’arrestation d’un suspect », a écrit la police.
« Dans une ville sacrée tant pour les Juifs que pour les chrétiens et les musulmans, nous restons déterminés à protéger toutes les communautés et à veiller à ce que les auteurs de violences soient traduits en justice. »
La police a indiqué vouloir demander au tribunal une prolongation de la garde à vue du suspect.
« Nous suivrons avec attention la procédure judiciaire au civil comme au pénal », a précisé le père Poquillon.
Contactée par l’AFP, la police a refusé de divulguer la nationalité du suspect, mais a indiqué qu’il avait été arrêté « pour suspicion d’agression, tous les motifs potentiels faisant l’objet d’une enquête ».
Mardi, le père Poquillon avait dénoncé cette « agression gratuite » dans un communiqué publié sur X, qui a été relayé par le consulat de France à Jérusalem accompagné d’une déclaration « condamnant fermement » cette agression physique.
La France a déclaré qu’elle « condamnait fermement » l’attaque et a appelé à ce que l’auteur « soit traduit en justice pour cet acte et que justice soit faite ».
Une source diplomatique européenne à Jérusalem a également noté que l’attaque « s’est produite dans un contexte où les actes anti-chrétiens sont devenus monnaie courante, avec des insultes et des crachats de la part d’extrémistes [juifs] visant régulièrement le clergé en tenue religieuse ».
« Mais là, on atteint un autre niveau. »
Le ministère israélien des Affaires étrangères a également condamné « cette attaque abjecte » dans un communiqué publié le X, et a déclaré que Jérusalem restait déterminée « à préserver la liberté de religion et la liberté de culte pour toutes les confessions ».
La faculté des sciences humaines de l’Université hébraïque de Jérusalem, qui a indiqué que l’EBAF était une organisation partenaire, a exprimé son « profond choc et sa condamnation » face à cette attaque, et a déploré son caractère de plus en plus courant.
« Il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais d’un élément d’une tendance inquiétante à l’hostilité croissante envers la communauté chrétienne et ses symboles », indique le communiqué de l’Université hébraïque de Jérusalem.
« En tant que spécialistes de l’histoire et de la culture, nous considérons cette violence comme une atteinte directe aux valeurs fondamentales de Jérusalem – une ville dont la force réside dans son pluralisme religieux et son engagement en faveur d’un dialogue sûr et ouvert. »
Les tensions se sont exacerbées ces dernières semaines entre les communautés chrétiennes d’Israël et le gouvernement : la police a brièvement empêché les hauts dignitaires catholiques d’entrer dans l’église du Saint-Sépulcre avant Pâques en raison des restrictions sur les rassemblements pendant la guerre en Iran, et des soldats de l’armée israélienne ont suscité une condamnation généralisée pour avoir détruit une statue de Jésus dans le sud du Liban.
Les membres du clergé catholique ont finalement pu accéder à l’église pour une cérémonie de Pâques, et deux soldats impliqués dans le vandalisme de la statue ont été relevés de leurs fonctions de combat et placés en détention.
L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, un chrétien évangélique, avait critiqué l’an dernier le gouvernement israélien pour avoir traité les organisations chrétiennes comme des « adversaires ».
Ces tensions récentes font suite à des années d’affrontements entre Juifs orthodoxes et chrétiens dans la Vieille Ville de Jérusalem.
Une vague d’attaques par crachats, souvent perpétrées par des étudiants en yeshiva qui adhèrent à une interprétation radicale du commandement biblique de « haïr » les adorateurs d’idoles, a suscité des réprimandes rabbiniques par le passé, mais de tels incidents continuent de se produire.
Selon une étude annuelle publiée fin mars par un groupe israélien, il y a eu une « tendance continue et croissante à l’intimidation et à l’agression » à l’encontre du clergé chrétien et des biens de l’Église en 2025.
Les 155 incidents recensés l’an dernier « reflètent une tendance persistante et inquiétante dans laquelle la violence ouverte et les humiliations quotidiennes s’accumulent pour créer un climat général d’exclusion », indique le rapport du Rossing Center for Education and Dialogue, intitulé « Attaques contre les chrétiens en Israël et à Jérusalem-Est ».
L’AFP a contribué à cet article.
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