La mère d’un otage tué entend perpétuer la vie avec le sperme de son fils, prélevé à titre posthume
“Le Hamas et Hitler ont voulu nous détruire ; la science peut nous aider à créer une nouvelle vie,” explique Iris Haim, la mère de Yotam, tué par erreur par l'armée ; un tribunal autorise la famille à concevoir un enfant avec son sperme
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Iris Haim, la mère de Yotam Haim, otage israélien tué par erreur par des soldats de Tsahal après avoir échappé à la surveillance du Hamas à Gaza, dit ressentir « de l’espoir et du renouveau » suite à la décision du 10 avril dernier du juge aux affaires familiales de Beer Sheva autorisant la famille à utiliser son sperme pour concevoir un enfant par l’entremise d’une mère porteuse.
« Je suis fière que l’État d’Israël ait fait cet important pas en avant », explique-t-elle au Times of Israel.
C’est la deuxième fois qu’un parent est autorisé à utiliser le sperme de son enfant pour concevoir un petit-enfant dans le cadre d’une gestation pour autrui.
En juillet dernier, le tribunal d’Eilat avait déjà autorisé Sharon Eisenkot à utiliser le sperme prélevé sur son fils, le soldat Maor Eisenkot, tué à Gaza en 2023. Il s’agissait là de la toute première décision de cet ordre depuis le début de la guerre.
Dans les jours qui ont suivi le 7 octobre 2023, lorsque des terroristes dirigés par le Hamas ont envahi le sud d’Israël pour y massacrer plus de 1 200 personnes, principalement des civils, et faire 251 otages, les embryologistes et spécialistes ont signalé une recrudescence du nombre de demandes de prélèvement de sperme post-mortem.
Deux familles seulement ont jusque-là obtenu l’autorisation de procéder à la conception mais au 1er avril dernier, 253 prélèvements post-mortem de sperme avait été pratiqués sur des soldats et membres du personnel des forces de sécurité, dans 82 % des cas à la demande d’un parent, selon la professeure Bella Savitsky, épidémiologiste et spécialiste de la santé publique au Campus d’Enseignement Académique d’Ashkelon, spécialiste de la question.
Elle précise que 21 prélèvements ont en outre été effectués sur des civils, dans près de la moitié des cas à la demande des parents.
Jusqu’au 7-Octobre, le prélèvement de sperme à titre posthume n’était autorisé qu’à la demande des parents avec l’autorisation du tribunal ; depuis, le ministère de la Santé et le ministère de la Justice ont approuvé un règlement temporaire permettant aux parents d’autoriser le prélèvement de sperme sans besoin d’autorisation judiciaire.
« Le 7 octobre 2023 a changé la donne dans notre pays », explique Haim. « Il y a eu tellement de morts, tellement de jeunes auxquels on a pris la vie. »
Cette décision « nous a ouvert de nouvelles portes », ajoute-t-elle. « Créer une nouvelle vie est une façon de gérer des événements qui seraient autrement impossibles à supporter. »
Les parents peuvent donc désormais demander un prélèvement de sperme à titre posthume sans l’autorisation d’un juge mais il n’existe aucune politique nationale sur ce qu’il est ou non possible de faire de ce sperme.
Pour l’heure, les parents qui souhaitent utiliser le sperme de leur fils doivent prouver au tribunal que ce dernier souhaitait expressément avoir des enfants.
Dans le cas de Yotam, Haim souligne : « Nous avons prouvé qu’il voulait des enfants, même une fois mort. »
Selon elle, Yotam disait vouloir des enfants roux parce que, sinon, « les roux pourraient disparaître ».
La loi n’est pas claire
Selon la décision écrite du juge Ariel Maman, la famille Haim a invoqué plusieurs déclarations de Yotam faisant état de son désir d’avoir des enfants, mais aussi de son désir que — même s’il venait à mourir — son sperme soit utilisé pour lui donner une descendance.
Le juge explique que faute d’une législation claire en la matière, il a statué sur la base de précédents et de son propre jugement.
Yotam avait 28 ans lorsque des terroristes du Hamas l’ont enlevé au kibboutz Kfar Azza, le 7 octobre 2023. Le 15 décembre de cette même année, il a été tué par erreur par des soldats israéliens, à Gaza, alors qu’il tentait de s’évader. Les soldats les ont pris, lui et deux autres otages, pour des menaces dans le quartier de Shejaiya, à Gaza.
Les parents de Yotam, Iris et Raviv, ont immédiatement pris la parole pour dire qu’ils n’en voulaient pas à l’armée, allant jusqu’à rencontrer les jeunes soldats impliqués dans l’incident pour les assurer que ce n’était pas de leur faute.
« Yotam est parti libre. Il a laissé le Hamas en captivité », avait déclaré Iris Haim à l’époque. « Même s’il n’est pas arrivé vivant en Israël, il a été libéré, et il a donc battu le Hamas. C’était important pour moi de le dire à ces soldats. »
« Toutes les familles ne peuvent pas prouver que leur fils voulait un enfant »
Haim rappelle que les services de la procureure de l’État ont, en mai 2025, approuvé la demande de la famille Haim.
« La plupart du temps, le procureur général dit ‘non’ », souligne Haim.
La décision du tribunal n’a pris « que » 15 mois, ajoute-t-elle.
« Il n’est pas rare que ces affaires durent de trois à cinq ans. »
Selon elle, la célérité de la Cour pourrait s’expliquer par la capacité de sa famille à prouver les intentions de Yotam.
« Mais c’est un problème, car toutes les familles ne peuvent pas prouver que leur fils voulait un enfant », poursuit-elle.
« Si un soldat de 18 ans meurt, il n’a peut-être pas eu le temps de parler d’avoir des enfants parce qu’il en était encore un », ajoute Haim.
Savitsky explique tenter d’obtenir de Tsahal qu’il soit demandé aux jeunes recrues de se prononcer sur la question au moment de leur incorporation.
« Mais rien n’a changé depuis la publication de mon étude », constate-t-elle.
Selon le porte-parole du ministère de la Défense, le ministère « est favorable à une régulation générale de la question de la continuité et de l’utilisation du sperme d’une personne décédée, applicable à tous les citoyens. »
Les officiers chargés d’annoncer le décès d’un soldat à ses proches évoquent à ce moment-là la possibilité de prélever du sperme sur le défunt, dans le cadre légal, pour autant que ce soit médicalement faisable. Les familles sont contactées le plus rapidement possible afin de pouvoir prélever du sperme mobile (donc vivant). Les spermatozoïdes perdent leur viabilité dans les 24 à 36 heures suivant la mort, ce qui explique que le prélèvement doive être pratiqué le plus rapidement possible.
« Nous avons une fenêtre très étroite pour effectuer le prélèvement », explique Savitsky. « Chaque instant perdu peut détériorer le matériel génétique : c’est une perte de temps précieux. »
Elle parle d’expérience puisque son fils, Jonathan Savitsky, âgé de 21 ans, a été tué le 7-octobre en défendant le poste militaire de Kissufim, non loin de la frontière de Gaza. Il a fallu 48 heures pour identifier son corps, et 10 heures de plus pour obtenir l’autorisation du tribunal, laquelle était à l’époque encore exigée. Lorsque le sperme de Jonathan a été prélevé par les médecins de la banque de sperme du Centre Hospitalier Shamir, 70 heures s’étaient écoulées et le sperme n’était plus viable.
Dans son étude, publiée en juillet 2025, Savitsky explique que plus de 70 % des 600 répondants estiment que l’armée devrait demander aux hommes, avant leur incorporation, s’ils souhaitent bénéficier d’un prélèvement de sperme à titre posthume en cas de mort au combat. Le pourcentage passe à 78 % pour les réservistes.
Elle souligne en outre l’importance de demander aux soldats eux-mêmes ce qu’ils pensent de la procédure.
Son étude révèle par ailleurs que 47 % des hommes se disent opposés à l’utilisation posthume de leur sperme par leurs parents et plus de 30 % à son utilisation par leur partenaire.
« Il est crucial de poser ces questions aux hommes tant qu’ils sont en vie », écrit-elle dans son étude.
Haim estime qu’il est certes important de respecter la volonté du défunt mais qu’il est plus important encore de permettre aux parents d’agir « en faveur de la vie ».
Depuis que sa famille a reçu l’autorisation du tribunal, elle dit avoir « commencé à réfléchir à ce que nous allons faire. »
« Ce n’est pas la même chose que d’élever un chaton », dit cette amoureuse des chats. « Et même ça, ce n’est pas facile. »
Elle ajoute que plusieurs femmes l’ont contactée, se disant prêtes à être la mère porteuse de l’enfant de Yotam, qu’elles se disent disposées à élever. Elle rappelle par ailleurs que de plus en plus de femmes sans partenaire font des enfants seules.
« Mais ce n’est pas un don de sperme anonyme », ajoute-t-elle. « Cet enfant aura un père qui est une vraie personne, des grands-parents, des tantes et des oncles, une famille qui sera là pour lui. »
Haim évoque cet homme avec lequel elle a échangé, et dont le fils, soldat, a été tué il y a de cela 20 ans.
« Il m’a dit que s’il y avait eu cette possibilité à l’époque, il aurait fait la même chose. »
Haim affirme que l’enfant héritera aussi de l’esprit de Yotam.
« Le Hamas et Hitler ont voulu nous détruire », conclut Haim, dont la mère, Bella, est une survivante de la Shoah. « La science peut nous aider à créer une nouvelle vie. En voyant le passé, on a choisi la vie. »
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