La ville de Sydney annule le forum controversé baptisé « Mondialiser l’Intifada »
Cet événement, condamné par des responsables politiques et des dirigeants juifs, devait remettre en cause les démarches juridiques visant à interdire l'utilisation publique de cette expression
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Lundi, la maire de Sydney a annoncé l’annulation d’un forum controversé prônant le slogan « Mondialiser l’Intifada ».
Cet événement, qui devait se tenir mardi alors qu’une Commission royale enquête actuellement sur le problème croissant de l’antisémitisme dans le pays, avait suscité de vives critiques de la part des dirigeants politiques et de la communauté juive. Il était prévu alors que l’État de Nouvelle-Galles du Sud envisage d’interdire l’utilisation publique de cette expression.
Lundi soir, la maire Clover Moore a publié un message sur les réseaux sociaux indiquant qu’elle avait demandé au directeur général de la municipalité d’annuler l’événement, craignant qu’il ne « contribue à l’hostilité et à la peur ».
« Je soutiens depuis longtemps les principes du droit de réunion pacifique, de la manifestation et de la liberté d’expression », a-t-elle écrit sur Facebook.
« Cependant, ces droits doivent toujours être mis en balance avec la responsabilité d’assurer la sécurité publique et le respect de tous les membres de notre communauté diversifiée. »
Moore a reproché aux médias locaux appartenant au magnat de la presse Rupert Murdoch d’avoir exacerbé les tensions autour de cet événement.
Sydney Mayor Clover Moore has decided to cancel an event supporting the phrase “Globalise the Intifada” that was set to take place on Tuesday, while sensationally blaming the media for spreading "division".https://t.co/DOwJjQSdJd
— Sky News Australia (@SkyNewsAust) May 4, 2026
Les médias ont « exploité le traumatisme, présenté des questions complexes en noir et blanc et, de mauvaise foi, exigé que nos communautés prennent parti », a-t-elle déclaré.
« Je suis extrêmement préoccupée par le fait que, dans ce cas précis, certains médias alimentent un discours de division qui a exacerbé les tensions bien plus que ne l’aurait fait n’importe quel petit événement communautaire. »
L’événement devait se tenir à l’East Sydney Community and Arts Centre, après avoir été déplacé d’un centre communautaire appartenant au conseil d’État, en raison de la levée de boucliers publique.
Les membres du conseil de Nouvelle-Galles du Sud avaient auparavant rejeté les appels à l’annulation de l’événement, affirmant qu’ils soutenaient la liberté de réunion, à condition qu’aucune loi ne soit enfreinte.
Le Jewish Board of Deputies de Nouvelle-Galles du Sud a salué cette décision.
« Nous avons mené un dialogue intensif avec le conseil pour expliquer en quoi cet événement mettrait en danger la sécurité publique et porterait gravement atteinte à la cohésion sociale », a déclaré l’organisation sur Facebook.
« Nous sommes heureux que cet événement toxique ne se tienne plus dans un lieu appartenant au conseil et réitérons notre appel à ce que cette expression soit interdite le plus rapidement possible. »
L’expression « Mondialiser l’Intifada » est devenue un sujet brûlant du débat public, en particulier après la tuerie antisémite terroriste du 14 décembre, qui a fait quinze morts lors d’une célébration de Hanoukka à Bondi Beach.
Des organisations juives ont averti que cette formulation comporte des connotations violentes.
L’Executive Council of Australian Jewry (ECAJ) a notamment souligné que le terme « intifada » était associé à des campagnes sanglantes et violentes impliquant des attaques contre des civils.
Les organisateurs de l’événement, le groupe militant anti-Israël « Stop the War on Palestine », ont fait valoir que le terme « intifada » – qui signifie « soulèvement » en arabe – représente un appel légitime à la résistance politique et à la liberté d’expression.
Un tract annonçant le forum indiquait que les efforts visant à interdire cette expression avaient pour but de « diffamer et de réprimer le mouvement palestinien ».
Après l’attentat antisémite de Bondi Beach, les législateurs australiens ont proposé des lois plus strictes contre les discours de haine, notamment une interdiction de l’expression en Nouvelle-Galles du Sud.
En mars, l’État du Queensland a officiellement interdit l’utilisation de cette expression, et le Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud, Chris Minns, a cherché à faire de même, la qualifiant de « rhétorique haineuse et violente ».
Cependant, cette initiative a été compliquée le mois dernier lorsque la Cour d’appel de Nouvelle-Galles du Sud a invalidé un ensemble de lois anti-manifestation proposées par le gouvernement, estimant que la protection des personnes contre des discours « choquants ou incendiaires » ne constituait pas une raison juridique suffisante pour restreindre les droits constitutionnels.
« Réprimer certains types de débats publics peut être un moyen d’atteindre une fin légitime, mais cela ne peut constituer une fin légitime en soi », ont écrit les juges dans leur arrêt.
Des analystes estiment que cette décision pourrait entraver les futures tentatives d’interdiction de slogans politiques, à moins qu’il n’y ait un appel clair à l’incitation à la haine, au harcèlement ou à la violence.
L’Allemagne et l’Autriche ont toutes deux adopté des lois imposant des restrictions à l’utilisation de cette expression, ainsi qu’à d’autres slogans incitant à la violence ou à la disparition d’Israël, tels que « De la rivière à la mer, la Palestine sera libre ».
La semaine dernière, le Premier ministre britannique Keir Starmer a appelé la police à poursuivre les personnes qui scandent cette phrase après que deux hommes juifs ont été poignardés à Londres lors d’une attaque terroriste.
L’événement de Sydney devait avoir lieu alors que des membres de la communauté juive australienne témoignent lors d’une audience publique enquêtant sur les facteurs ayant conduit à la tuerie antisémite de Bondi Beach, au cours de laquelle un père et son fils ont tué quinze personnes lors d’un allumage de bougies de Hanoukka sur la plage la plus célèbre d’Australie en décembre.
Selon certaines informations, des milliers de Juifs ont déposé des demandes pour témoigner des effets de l’antisémitisme sur leur vie depuis le déclenchement de la guerre, suite au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
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