Les décès dans une crèche de Jérusalem révèlent les lacunes chez les Haredim et dans le pays
Il existerait des centaines de crèches non agréées pour les enfants de 0 à 3 ans, dans un contexte national marqué par l’absence de normes éducatives et de sécurité
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Quelques heures après la mort tragique de deux nourrissons dans une crèche non agréée et surpeuplée du quartier ultra-orthodoxe de Romema, à Jérusalem, lundi, les principaux responsables politiques haredim se sont empressés de désigner des responsables.
Les membres du parti ashkénaze Yahadout HaTorah et du parti séfarade Shas ont imputé ces décès à la suppression, en juillet, par la procureure générale, des subventions accordées aux pères qui ne font pas leur service militaire, à la suite d’une décision de la Cour suprême de 2024 déclarant illégales les exemptions de conscription pour les hommes haredim.
L’existence de structures non agréées, de personnel non qualifié, ainsi que le non-respect des normes éducatives et de sécurité pour les bébés et les jeunes enfants, constituent toutefois des problèmes qui touchent la communauté haredi – et Israël dans son ensemble – depuis bien avant la dernière rentrée scolaire.
« L’éducation de la petite enfance est un véritable défi pour la société israélienne dans son ensemble, car Israël est un pays très jeune comptant un grand nombre d’enfants. Ce défi est particulièrement aigu au sein de la communauté haredi, qui tend à avoir des familles très nombreuses et très pauvres », explique la Dr Shlomit Shahino Kesler, chercheuse principale au sein du programme « Société ultra-orthodoxe en Israël » de l’Institut israélien de la démocratie (IDI).
« Selon une étude que nous avons menée en 2022, seules 32 % des familles [haredim] envoient leurs enfants dans des crèches agréées et subventionnées, le problème ne date donc pas d’hier. Il remonte à bien plus loin », a-t-elle indiqué au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
En Israël, l’éducation est prise en charge par l’État pour les enfants à partir de 3 ans. Depuis 2018, une nouvelle loi a confié au ministère de l’Éducation la responsabilité de la garde des enfants âgés de 0 à 3 ans.
Le ministère gère un certain nombre de crèches subventionnées, dont le nombre reste chroniquement insuffisant. Il exige en outre que les crèches privées accueillant plus de six enfants obtiennent une licence, contrairement aux petites structures accueillant moins de six enfants, qui ne sont pas réglementées.
Pour l’année scolaire 2025-2026, les frais mensuels d’une crèche privée ont fréquemment atteint les 5 000 shekels.
En 2022, le contrôleur de l’État a publié un rapport sur l’éducation des enfants âgés de 0 à 3 ans, fondé sur des données recueillies en 2020 et 2021. Selon ce document, sur près de 550 000 enfants de moins de 3 ans, seuls environ 150 000, soit 27 %, fréquentaient une crèche publique subventionnée, tandis que 35 % étaient inscrits dans des structures privées et 38 % restaient à la maison.
Le rapport souligne que le manque de places pour les enfants est particulièrement marqué dans les villes et communes défavorisées sur le plan socio-économique, notamment dans les localités ultra-orthodoxes et arabes.
Jérusalem, à titre d’exemple, comptait environ 70 000 enfants de moins de 3 ans en 2021, mais seulement 12 300 places subventionnées. La capitale figure parmi les villes les plus pauvres d’Israël.
Shahino Kesler souligne qu’il est difficile d’estimer le nombre de crèches non agréées ou non supervisées qui fonctionnent dans le secteur haredi et en Israël en général, compte tenu de leur statut non officiel.
Afin d’obtenir une image plus précise de la situation, le contrôleur de l’État a comparé les données relatives aux employeurs et aux salariés enregistrés dans le secteur auprès du Bituah Leumi (Caisse d’assurance nationale) et celles communiquées au ministère de l’Éducation.
Selon le rapport, en 2021, environ
4 000 garderies privées étaient recensées d’après les documents du Bituah Leumi. Pourtant, en mai de la même année, plus de 1 000 d’entre elles n’avaient pas soumis de demande d’agrément initial auprès du ministère de l’Éducation.
Parmi les demandes déposées, seules 1 % provenaient de garderies situées dans des communautés ultra-orthodoxes – contre 6 % dans des communautés arabes. D’après les registres du Bituah Leumi, environ 200 garderies étaient en activité dans les villes haredim, mais seules 20 avaient sollicité une licence.
Le rapport met également en évidence de graves lacunes en matière de formation du personnel, tant dans les établissements agréés que non agréés.
Environ 44 200 éducateurs auraient été employés dans des structures publiques ou agréées, mais 22 000 d’entre eux n’avaient suivi aucune formation officielle. Les données de la Caisse d’assurance nationale suggèrent par ailleurs que 23 000 éducateurs supplémentaires travaillaient dans des centres privés, dont au moins 11 500 sans formation officielle.
« Les données indiquent qu’il existe des crèches privées, en particulier dans les localités et quartiers à faible niveau socio-économique, ainsi que dans les communautés arabes et ultra-orthodoxes, au sujet desquelles le département [compétent du ministère de l’Éducation] ne dispose d’aucune information », indique le rapport.
« Compte tenu des conditions socio-économiques dans ces zones, on peut craindre que la qualité des soins soit insuffisante et ne réponde pas aux exigences de la loi et de ses règlements. Cela signifie que les enfants qui ont le plus besoin d’une éducation préscolaire de haute qualité n’en bénéficient pas. »
Le contrôleur de l’État a également dénoncé le manque d’inspecteurs chargés de superviser les crèches agréées, soulignant que, alors que la loi prévoit au moins un inspecteur pour 100 établissements, seuls 25 inspecteurs étaient alors employés par le ministère. Selon une déclaration du ministère de l’Éducation publiée lundi, celui-ci emploie actuellement 59 inspecteurs « standards » et six inspecteurs chargés de la sécurité, en plus de quelques consultants, pour environ 5 000 établissements agréés.
Le professeur Dan Ben-David, président de l’Institut Shoresh pour la recherche socio-économique et professeur d’économie à l’université de Tel Aviv (TAU), a souligné que le taux d’emploi élevé des femmes ultra-orthodoxes devait être considéré dans le contexte du faible taux d’emploi des hommes au sein de cette communauté.
« Si le taux d’emploi des femmes ultra-orthodoxes est relativement proche de celui des femmes juives non orthodoxes, elles travaillent beaucoup moins d’heures par semaine, ce qui signifie qu’elles gagnent moins par semaine », a expliqué Ben-David dans un message écrit adressé au Times of Israel.
« Par ailleurs, leur niveau d’éducation est inférieur à celui des femmes juives non haredim, ce qui contribue encore davantage à réduire leur salaire par rapport à celui des femmes juives non haredim. »
« Le facteur déterminant, bien sûr, est que les taux d’emploi des hommes haredim sont catastrophiques, et que ceux qui travaillent sont moins éduqués et travaillent moins d’heures que les hommes juifs non haredim », a-t-il ajouté.
« À cela s’ajoute une moyenne de plus de six enfants par famille haredi, contre seulement deux dans les familles juives non haredim. Ce n’est pas une coïncidence si des personnes qui travaillent moins, sont moins éduquées et qui ont trois fois plus d’enfants, vivent dans la pauvreté. À quel moment vont-ils commencer à assumer la responsabilité de leurs choix et cesser de blâmer tout le monde pour leur situation ? »
« À quel moment vont-ils commencer à assumer la responsabilité de leurs choix et cesser de blâmer tout le monde pour leur situation ? »
Pour Ran Cohen Harounoff, PDG de Early Starters International (ESI) – une organisation active dans le domaine de l’éducation de la petite enfance auprès d’enfants et de communautés vulnérables en Israël et dans plusieurs autres pays – la tragédie survenue lundi souligne l’urgence de repenser en profondeur la manière dont Israël aborde l’éducation des enfants âgés de 0 à 3 ans.
« Le principal problème est qu’en Israël, comme dans de nombreux autres pays, l’éducation de la petite enfance est négligée, en particulier entre la naissance et l’âge de 3 ans », a-t-il déclaré au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
« Lorsque l’État a décidé de confier au ministère de l’Éducation la responsabilité des crèches accueillant plus de six enfants, cela a constitué un changement, mais insuffisant. La majorité des enfants se trouvent dans des structures non supervisées accueillant moins de six enfants, et même parmi les plus grandes, beaucoup n’ont pas demandé de licence, en particulier dans les communautés les plus pauvres. »
Israël souffre également d’un manque criant de personnel qualifié.
« Il n’y a pas assez de professionnels de la garde d’enfants prêts à travailler dans le domaine de la petite enfance, et la plupart de ceux qui le font n’ont ni formation ni expérience », a ajouté Cohen Harounoff.
Il a expliqué que, quelques années auparavant, ESI avait mené un projet de recherche sur les crèches à Jérusalem, notamment dans les communautés haredim et arabes, révélant l’existence de structures installées dans des appartements inadaptés, voire dans des garages.
« J’ai vu un endroit qui facturait 7 shekels par jour et par enfant », se souvient-il.
Cohen Harounoff affirme que les autorités israéliennes, les parents et les médias doivent pleinement prendre conscience de l’importance de l’éducation préscolaire et y consacrer les ressources nécessaires.
« Toutes les recherches montrent que la petite enfance est la période la plus importante pour influencer le développement personnel d’un enfant », a-t-il souligné. « Je crains qu’après ce qui s’est passé, l’émotion ne donne lieu à des réponses de façade, telles que la mise en place d’une commission, avant que l’affaire ne soit oubliée quelques semaines plus tard. »
« Je crains qu’après ce qui s’est passé, l’émotion ne donne lieu à des réponses de façade, telles que la mise en place d’une commission, avant que l’affaire ne soit oubliée quelques semaines plus tard. »
De fait, mardi, le ministère de l’Éducation a annoncé la création d’un groupe de travail interministériel, en coopération avec la police, les autorités locales, le bureau de la procureure générale et d’autres organismes, afin d’élaborer un plan systémique visant à identifier, sanctionner et fermer les structures privées qui enfreignent la loi, tout en renforçant les mécanismes de contrôle et de supervision.
« Le gouvernement devrait décider qu’un changement radical est nécessaire, avec davantage de fonds pour les infrastructures et la supervision des crèches, ainsi que des salaires nettement plus élevés pour les enseignants », a déclaré Cohen Harounoff. « Un enseignant en crèche devrait gagner au moins autant qu’un enseignant du secondaire. »
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