Les Palestiniens dénoncent un projet de loi israélien sur les antiquités en Cisjordanie
Un ministre de l’AP dit que le texte étendrait le contrôle israélien « au cœur même des territoires palestiniens » ; Tsahal, des juristes et des groupes israéliens tirent également la sonnette d'alarme
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Un projet de loi israélien controversé visant à étendre le contrôle civil aux sites antiques de Cisjordanie a suscité les critiques des Palestiniens et d’associations israéliennes de défense des droits de l’homme, qui ont affirmé que le texte équivalait à une annexion du territoire palestinien et qu’il entraînerait une expansion des implantations juives.
Ce projet de loi, qui vise à créer une « Autorité du patrimoine de Judée, de Samarie et de Gaza » relevant du ministère du Patrimoine, a franchi en mai la première des trois étapes de vote à la Knesset, mais on ignore si le vote final aura lieu avant la dissolution du parlement en vue des élections d’octobre. Face à la controverse qui a été suscitée par ce texte, le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait suspendu le processus législatif au début du mois.
Le projet de loi placerait la gestion des sites datant des périodes romaine, byzantine et de l’époque des Croisades, situés dans les territoires palestiniens, sous l’autorité du ministère israélien du Patrimoine, et il autoriserait les « expropriations et acquisitions foncières » correspondantes en Cisjordanie, qu’Israël désigne par son nom biblique de Judée-Samarie.
Cela reviendrait, de fait, à retirer à l’Autorité palestinienne (AP), soutenue par l’Occident, la supervision de certains sites antiques. En vertu des accords d’Oslo conclus dans les années 1990, celle-ci exerce une autonomie limitée dans certaines parties de la Cisjordanie.
Le ministre du Tourisme de l’AP, Hani Al-Hayek, a déclaré que « le contrôle de ces antiquités vise à étendre le contrôle et à développer les implantations dans ces zones, au cœur même des territoires palestiniens ».
Israël affirme que ce projet de loi vise à protéger les sites antiques. Cependant, Tsahal s’est publiquement opposé à cette proposition, tandis qu’un conseiller juridique d’une commission de la Knesset a averti que, s’il était adopté, le texte violerait les engagements internationaux d’Israël et renforcerait les accusations « d’annexion rampante ».
La Paix Maintenant, qui milite pour la paix et surveille l’expansion des implantations, a déclaré que ce projet de loi « constitue une mesure d’annexion à tous les égards », affirmant qu’il conduira à une confiscation massive de terres palestiniennes.
L’utilisation de l’archéologie pour étendre les implantations n’est pas nouvelle, mais l’ampleur des mesures prises par le gouvernement israélien est sans précédent, a indiqué La Paix Maintenant.
Le village palestinien de Sébaste, dans le nord de la Cisjordanie, en est un exemple : ses habitants, dont beaucoup sont enracinés sur ces terres depuis des siècles, dépendent fortement du tourisme lié au site archéologique voisin.
Selon les archéologues, le site antique de Sébaste abrite des ruines datant du royaume d’Israël du 9ᵉ siècle avant notre ère, ainsi que des vestiges romains, byzantins, croisés et ottomans. Il figure sur la liste indicative des sites candidats au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Fin 2025, Israël a annoncé un projet visant à prendre le contrôle d’environ 180 hectares sur le site, avec pour objectif déclaré de développer la zone. Ce projet affecterait quelque 5 000 oliviers situés dans les oliveraies du village, selon des responsables locaux.
« Ils englobent des zones comprenant des ressources en eau, des routes et des vestiges antiques, nous laissant, nous les habitants, sans aucune ressource. Cela s’inscrit dans le cadre de l’expansion des implantations », a déclaré Nizar Kayed, maire adjoint de Sébaste.
L’activité économique souffrait déjà depuis fin 2023, le tourisme ayant chuté en raison de la guerre dans la région, a expliqué Nahed Sakha, dont le restaurant à Sébaste se trouve sur un terrain appelé à être confisqué.
« Le plan israélien semble consister à isoler le site archéologique de la population », a ajouté Sakha.
Le député Zvi Sukkot, membre du parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit, qui a joué un rôle clé dans l’avancée du nouveau projet de loi, a affirmé que l’extension du contrôle israélien sur ces sites visait à préserver des vestiges antiques remontant à l’époque biblique.
« Rien ici ne modifie le statut juridique de la Judée-Samarie », a-t-il déclaré à Reuters.
« Beaucoup de gens sont gênés par notre volonté de prouver les liens entre le peuple d’Israël et cette terre », a-t-il ajouté. « Tous les récits de la Bible, toute notre histoire : le peuple [d’Israël] est né en Judée-Samarie. »
Malgré ces soutiens, le nouveau projet de loi a également suscité des inquiétudes au sein des institutions israéliennes.
Dans une lettre ouverte adressée à Netanyahu et à Sukkot, l’Académie israélienne des sciences et des humanités a appelé à son abandon.
« Cela entraînera sans aucun doute une détérioration immédiate des relations internationales d’Israël dans le domaine de l’archéologie, avec des répercussions également sur d’autres domaines scientifiques et de recherche », a déclaré l’Académie.
Alors que la grande majorité des archéologues israéliens s’accordent à dire que les antiquités de Cisjordanie ont été fortement affectées par le pillage, le vandalisme et la négligence, le projet de loi a suscité une vive opposition dès sa présentation.
De nombreux archéologues estiment que le nouveau système ne contribuerait pas à la préservation des vestiges, compte tenu de la complexité de la région, mais qu’il exposerait au contraire davantage les universitaires israéliens à des boycotts et à des réductions de financements internationaux.
D’autres ont souligné que, selon les interprétations courantes du droit international, Israël n’est pas autorisé à mener des fouilles universitaires dans les zones contestées, mais uniquement des fouilles de sauvetage.
Et nombreux sont également ceux qui ont accusé la coalition d’utiliser le domaine des antiquités pour faire avancer une politique d’annexion, sans toutefois la qualifier explicitement comme telle.
la Communauté du Times of Israël !







