Un colloque sur l’archéologie en Cisjordanie fait polémique avec la politique sur le devant de la scène
Un événement organisé à Jérusalem a attiré des centaines de personnes, dont beaucoup d'universitaires ; de nombreux experts du domaine ont refusé de venir et la participation internationale a diminué ; l'événement serait « fortement politisé »
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Des centaines de personnes, parmi lesquelles plusieurs dizaines de chercheurs en archéologie rattachés à des universités israéliennes, ont assisté mercredi à la première journée d’un colloque universitaire très controversé consacré aux antiquités de Cisjordanie.
À l’instar de sa première édition, le deuxième colloque international « Archéologie et conservation des sites en Judée-Samarie » – nom biblique de la Cisjordanie – s’articule autour de la présentation des recherches et des découvertes issues des travaux archéologiques menés dans toute la région, avec des sessions consacrées aux fouilles menées dans la région d’Hébron, dans le désert de Judée, à Tel Shiloh et ailleurs. Les controverses politiques, cependant, se sont également invitées à cette conférence qui a été organisée à l’hôtel Orient, à Jérusalem.
« Les sites que nous étudions font partie du paysage dans lequel nous vivons, enseignons, voyageons, et que nous traversons presque tous les jours. Si cette proximité donne de la profondeur et du sens à la recherche, elle nous impose également une responsabilité », a déclaré Adi Eliyahu Behar, directrice du département de la Terre d’Israël et d’archéologie de l’université d’Ariel, située en Cisjordanie et seule université israélienne à avoir offert son parrainage académique au colloque.
« C’est précisément pour cette raison qu’il est important que nous poursuivions la promotion d’une recherche fondée sur l’intégrité scientifique, l’examen critique des preuves et la recherche constante d’une compréhension du passé aussi fiable et objective que possible », a-t-elle ajouté.
Depuis quelques mois, le champ de l’archéologie, et en particulier les travaux menés par des organismes israéliens en Cisjordanie, font l’objet d’une polémique croissante.
Les membres de la coalition au pouvoir s’efforcent de faire adopter un projet de loi très controversé qui vise à établir un contrôle civil israélien direct sur les sites du patrimoine situés en Cisjordanie, et même à Gaza. Cette initiative législative, largement considérée comme une étape majeure vers l’annexion, a été vivement critiquée par de nombreux archéologues israéliens, ainsi que par l’armée et plusieurs responsables des ministères de la Défense et de la Justice. Au début du mois, les travaux sur ce projet de loi auraient, selon certaines informations, été suspendus par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
La majeure partie des experts israéliens s’accordent à dire que, depuis des décennies, la situation des sites archéologiques de Cisjordanie, dont le nombre est estimé à plusieurs milliers, est particulièrement préoccupante, marquée par la négligence, ainsi que par des actes fréquents de pillage et de vandalisme.
Nombreux sont donc ceux qui ont salué l’initiative qui a été prise par le ministère du Patrimoine, dirigé par le ministre ultranationaliste Amichay Eliyahu, qui a augmenté considérablement le budget de l’officier d’état-major chargé de l’archéologie au sein de l’Administration civile, une branche du Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) du ministère de la Défense, qui est responsable des affaires civiles en Cisjordanie.
Toutefois, le soutien apporté par Eliyahu au projet de loi sur les antiquités de Cisjordanie et de Gaza, ainsi qu’à d’autres initiatives, a été largement critiqué par de nombreux archéologues, qui dénoncent son caractère politique. Ils citent notamment sa récente décision de nommer une nouvelle directrice de l’Autorité des antiquités d’Israël (IAA), l’organisme chargé de l’archéologie sur le territoire sous souveraineté israélienne- une femme que certains jugent inexpérimentée et choisie pour des raisons idéologiques plutôt que professionnelles.
Récemment, l’Administration civile a également émis plusieurs ordonnances d’expropriation de terres palestiniennes à des fins archéologiques, portant sur des centaines d’hectares dans des lieux emblématiques tels que Sébaste et l’Hérodion. Une décision qui a fait la Une des journaux en Israël et à l’étranger.
Eliyahu, dans l’allocution qu’il a prononcée lors de la conférence, a mentionné avec fierté tant le projet de loi que la nomination de la nouvelle directrice de l’IAA.
« Le patrimoine de ce pays est celui du peuple juif, mais aussi celui du monde entier. J’ai eu le privilège de redéfinir les priorités [du ministère] », a-t-il expliqué. « Modifier les priorités a impliqué d’augmenter le budget attribué à l’officier d’état-major, qui est passé de 5 à 7 millions [de shekels] à plusieurs dizaines de millions », a-t-il précisé.
« Il existe aussi une proposition de loi, que nous n’avons pas initiée – mais dont nous soutenons l’idée fondatrice – qui vise à transformer l’Unité d’archéologie [de l’Administration civile] en Autorité des antiquités », a-t-il ajouté.
Eliyahu a assuré qu’Esti Schreiber, responsable d’une organisation promouvant les valeurs juives et liée au mouvement hassidique Habad, prendrait bientôt ses fonctions en tant que nouvelle directrice de l’IAA.
« Si Dieu le veut, nous accueillerons la nouvelle directrice dès le mois prochain », a-t-il annoncé. « Tout le monde pourra apprécier son talent. »
L’intervention d’Eliyahu s’est déroulée lors de la première partie de la conférence, consacrée à la période perse (586-333 av. J.-C.) en Judée et chez son voisin du sud, Edom. Cette séance était présidée par Aren Maeir, directeur de l’Institut d’archéologie de l’université Bar-Ilan, connu pour ses virulentes critiques du ministre.
Si, en 2025, l’université Bar-Ilan comptait également parmi les parrains académiques de la conférence, cette année, Maeir a fait savoir que l’université s’était opposée à cette participation, jugeant l’événement devenu trop politisé.
« J’ai participé à cette conférence parce qu’un collègue m’a demandé de présider une séance, et que je le respecte », a expliqué Maeir au Times of Israel. « Mais j’ai été quelque peu surpris, et même déçu, de constater qu’au beau milieu de la séance que je présidais, les organisateurs ont suspendu les travaux pour laisser la parole au ministre Eliyahu. »
Quand Eliyahu est monté à la tribune, Maeir a pour sa part quitté la salle, accompagné de quelques autres participants.
Maeir a affirmé être en désaccord avec le ministre « sur tout ce qu’il dit dès qu’il ouvre la bouche ». Il fait partie des plusieurs dizaines d’archéologues qui ont récemment déposé un recours devant la Cour suprême pour tenter de bloquer la nomination de Schreiber.
Plusieurs dizaines de spécialistes issus de toutes les universités israéliennes proposant des programmes d’archéologie, – notamment l’Université hébraïque, l’Université de Tel-Aviv, l’Université Ben-Gurion, l’Université Bar-Ilan et l’Université de Haïfa – devaient prendre la parole lors de la conférence, aux côtés de nombreux archéologues travaillant pour l’état-major, de différentes facultés, de l’IAA et de certains chercheurs internationaux.
Toutefois, en comparaison avec 2025, le programme a seulement prévu deux journées complètes de conférences, contre quatre auparavant, et une présence internationale nettement moins soutenue.
Dans son discours d’ouverture, Alon Shavit, directeur de l’Institut israélien d’archéologie, a reconnu les risques de politisation auxquels ce domaine est exposé. Association à but non lucratif dédiée à la promotion de l’archéologie auprès du public israélien, notamment par le biais de fouilles communautaires, l’institut a figuré parmi les autres parrains universitaires du colloque.
« Tout en adressant mes félicitations à toutes les personnes présentes, je voudrais évoquer avec une certaine délicatesse celles qui ne sont pas parmi nous », a déclaré Shavit. « Un tel colloque aurait dû bénéficier de la présence officielle de tous les instituts archéologiques actifs dans le pays. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait le cas. »
« Notre grand défi consiste à veiller à ce que, dans les années qui viennent, ce colloque donne lieu à un consensus et qu’il reflète l’ensemble de la communauté archéologique du pays », a-t-il ajouté.
« Il est extrêmement regrettable que les organisateurs, alors qu’ils proposent un colloque sur l’archéologie en Cisjordanie – en Judée-Samarie – prétendent ne pas être politisés et ne pas comprendre pourquoi de nombreux archéologues israéliens ne participent pas, pour ensuite fournir eux-mêmes la raison de cette absence [des archéologues] : ils [les organisateurs] permettent que des opinions hautement politisées, partiales, de droite et quasi-fascistes soient exprimées haut et fort pendant toute la durée de l’événement », a pour sa part déploré Maeir.
Devant l’hôtel, une poignée de manifestants ont dénoncé l’événement, brandissant des pancartes « Non à l’archéologie au service du transfert [des Palestiniens] » et « Les antiquités, pas à n’importe quel prix ».
Parmi les nouvelles découvertes présentées mercredi au colloque, un petit symbole gravé, mis au jour dans le Tombeau des Patriarches à Hébron par Haim Skolnik, de l’état-major, et Gershon Bar-Kochba, de l’Orot College.
Les chercheurs ont découvert que ce motif, en forme de tête d’oiseau, apparaissait également sur certaines églises et sur des édifices du XIIe siècle de l’ère commune dans la ville de León, au nord-ouest de l’Espagne, et qu’il était utilisé par la famille qui régnait sur la ville à cette époque.
D’autres présentations ont porté sur des pièces de monnaie hasmonéennes frappées sous le règne du roi Mattathias Antigonus, exhumées dans toute la région et sur plusieurs sites des collines de Manasseh, au nord-est de la Cisjordanie.
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