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Les victimes non juives du terrorisme ne pourront être inhumées dans les cimetières juifs

Des associations dénoncent le vote de la Knesset et soulignent l’ironie d’écarter de l’inhumation juive ceux qui meurent pour l’État, tout en exemptant les haredim du service

Alina Plahti, assassinée lors du festival de musique Supernova le 7 octobre 2023, n’étant pas reconnue comme juive selon la halakha a été enterrée dans une section distincte du cimetière de sa ville natale, Beit Shean. (Crédit : Autorisation)
Alina Plahti, assassinée lors du festival de musique Supernova le 7 octobre 2023, n’étant pas reconnue comme juive selon la halakha a été enterrée dans une section distincte du cimetière de sa ville natale, Beit Shean. (Crédit : Autorisation)

Un projet de loi visant à permettre l’inhumation dans des cimetières juifs des victimes d’attentats non reconnues comme juives selon la halakha (loi religieuse juive) a été rejeté mercredi en lecture préliminaire à la Knesset. Plusieurs organisations de la société civile ont vivement critiqué ce vote, estimant qu’il témoigne du fait qu’Israël n’a pas encore tiré les leçons du pogrom du 7 octobre 2023.

Quelques jours à peine après le massacre perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été assassinées, le rabbin Seth Farber, directeur de l’organisation de défense des droits religieux ITIM, avait adressé une lettre aux grands rabbins d’Israël.

Alors que le pays était plongé dans le chaos et l’incertitude, avec de nombreux disparus et des centaines de corps à identifier, Farber redoutait que les victimes du terrorisme non reconnues comme juives selon la halakha ne puissent bénéficier d’un enterrement digne.

« J’ai écrit aux grands rabbins que, tout comme l’armée enterre des personnes selon le rite juif même si leur judaïsme est incertain ou leur conversion inachevée, nous devrions appliquer ces mêmes règles aux victimes d’attentats terroristes », a-t-il expliqué au Times of Israel par téléphone.

Traditionnellement, la halakha exige que les Juifs soient enterrés dans un cimetière juif, à l’écart des non-Juifs.

En Israël, seules les personnes reconnues comme juives selon les critères du Grand Rabbinat (enfants de mères juives dont le judaïsme a été prouvé ou convertis par des tribunaux rabbiniques reconnus) sont officiellement considérées comme juives et ont le droit d’être inhumées dans des cimetières juifs.

Une clôture dans la zone du nouveau cimetière de Beit Shean où sont enterrés les non-Juifs et les personnes décédées par suicide. (Crédit : Rabbin Yosef Yitzhak Lesri)

Or, la Loi du retour autorise certaines personnes qui ne répondent pas à ces critères à immigrer dans le pays, comme les enfants d’un père juif, les petits-enfants d’au moins un grand-parent juif, ainsi que les conjoints et enfants d’immigrants juifs.

Par conséquent, plus d’un demi-million d’Israéliens ne sont pas considérés comme juifs selon l’État et sont enregistrés au ministère de l’Intérieur comme des personnes « sans religion ». La quasi-totalité d’entre eux sont des olim ou leurs descendants, qui participent pleinement à la vie du pays, notamment en effectuant leur service militaire.

« Il y a 640 jours, j’ai reçu pour seule réponse : ‘Nous savons comment gérer ça, ne vous inquiétez pas’ », se souvient Farber. « Or, comme on l’a vu, la solution laisse à désirer. »

Le 30 octobre 2023, Alina Plahti, 23 ans, tuée lors du festival Nova, a été enterrée dans une parcelle séparée du nouveau cimetière de Beit Shean, contrairement au souhait de sa famille. Celle-ci affirmait qu’Alina était passionnée par le judaïsme et engagée dans un processus de conversion.

Le rabbin Seth Farber, chef de l’organisation Itim, photo non datée (Crédit : Itim)

Consciente de l’opposition de plusieurs députés au projet de loi avant le vote à la Knesset, mardi, la mère de Plahti, Olga, a déclaré à la chaîne N12 que sa fille « était suffisamment juive aux yeux des terroristes, mais pas aux yeux des membres de la Knesset ».

Dans un autre cas, les quatre membres de la famille Kapshitter, Dina, Evgeny, Aline (8 ans) et Ethan (5 ans), de Dimona, tous assassinés le 7 octobre, ont été enterrés hors de l’enceinte du cimetière juif, car Evgeny n’était pas Juif. Pour ne pas séparer la famille, les parents de Dina ont demandé à ce que leur fille et leurs petits-enfants soient enterrés à ses côtés.

ITIM a œuvré auprès des membres de la coalition et de l’opposition pour faire adopter un projet de loi autorisant l’inhumation dans des cimetières juifs des victimes d’attentats enregistrées comme « sans religion », à condition que la famille en fasse la demande.

Farber a souligné au Times of Israel que cette démarche était respectueuse de la halakha, car elle s’inspirait des pratiques déjà mises en place par le Grand Rabbinat de Tsahal pour les soldats tombés au combat.

La famille Kapshitter, Evgeny, Dina, Aline, 8 ans, et Ethan, 5 ans. (Autorisation)

« Vers 2011, l’armée a commencé à enterrer les soldats non reconnus comme juifs dans une parcelle séparée, à l’intérieur du cimetière militaire. En 2017, ils ont été inhumés dans la même section, mais avec une séparation de deux mètres entre les tombes.et enfin en 2020, elle a proposé une nouvelle solution », a expliqué Farber.

« Les tombes sont creusées 20 centimètres plus profondément et dotées d’un revêtement intérieur, qui fonctionne comme une séparation », a-t-il ajouté.

Mercredi, à l’ouverture de la session de la Knesset consacrée au vote préliminaire du projet de loi, le député Chili Tropper (Kakhol Lavan) a souligné que l’objectif de la nouvelle législation était d’étendre cette solution aux victimes du terrorisme.

« Ce projet de loi s’appuie, entre autres, sur les décisions de nombreux rabbins, qui ont déterminé qu’un non-Juif tué dans une attaque hostile peut être enterré aux côtés d’un Juif, comme le fait déjà le rabbinat militaire », a déclaré Tropper.

Abie Moses, président de l’Organisation nationale des victimes de la terreur (NOVT). (Crédit : David Bachar)

L’argument a toutefois été rejeté par le ministre de Jérusalem et du Patrimoine juif, Meir Porush (Yahadout HaTorah), qui a estimé que cette politique « pourrait certes bénéficier à des familles sans religion, mais risquerait en même temps de heurter les sentiments de milliers de familles juives qui tiennent à enterrer leurs proches selon la loi juive. »

Le ministre des Affaires religieuses, Michael Malchieli, a déclaré que la question devrait être tranchée exclusivement par le Grand Rabbinat.

« C’est une question purement halakhique, qui ne relève pas de la Knesset. Si vous voulez vraiment résoudre ce problème, adressez-vous au Grand Rabbinat. Quelle que soit sa décision, je la respecterai. »

Le projet de loi a été rejeté par 45 voix contre et 31 pour.

« Je suis furieux », a déclaré Abie Moses, président de la NOVT, au Times of Israel par téléphone.

« Il est inconcevable qu’une jeune fille venue de Russie, ou d’ailleurs, arrivée à l’âge de trois, cinq ou six ans, ayant vécu en Israël jusqu’à ses 18 ans, ayant servi dans Tsahal et combattu pour nous, et grâce à qui moi, ma famille et ces députés assis à la Knesset avons le luxe de dormir à poings fermés la nuit, ne puisse être enterrée dans un cimetière juif », a confié Moses au Times of Israel.

« Ils devraient avoir honte », a-t-il dit, ajoutant que si Tsahal avait trouvé une solution pour les soldats, le même respect devait être accordé aux civils.

Moses a également souligné que l’opposition au projet de loi de la part des partis ultra-orthodoxes était particulièrement inacceptable, étant donné que la plupart de leurs membres ne servent pas dans l’armée.

Le député Chili Tropper lit une lettre de Yarden Bibas au Premier ministre Benjamin Netanyahu, tandis que Netanyahu et d’autres députés écoutent, lors d’un débat sur les appels à une enquête d’État sur les échecs entourant l’invasion et le massacre du Hamas le 7 octobre 2023, le 3 mars 2025. (Chaim Goldberg/Flash 90)

« Elle servait dans l’armée, elle vous protégeait », dit Moïse, poursuit Moses en évoquant le cas d’Alina Plahti. « Où étiez-vous ? »

Farber s’est fait l’écho de ce sentiment, suggérant qu’il y avait « une certaine ironie à ce que les Haredim, qui ne servent même pas dans l’armée, compromettent la solidarité nationale, à un moment où elle est plus nécessaire que jamais ».

« Voilà un autre exemple qui prouve que nous n’avons toujours pas tiré les leçons que le 7 octobre aurait dû nous enseigner », a-t-il déclaré. « Nous devons trouver un moyen d’accorder à celles et ceux qui ont été assassinés dans de telles circonstances le respect plein et entier qu’ils méritent. »

Selon la loi israélienne, un projet de loi rejeté ne peut être réinscrit à l’ordre du jour de la Knesset avant six mois. Farber a toutefois assuré qu’il ne renonçait pas à ce combat.

« Nous verrons d’ici là comment évolue la configuration politique, et avec qui il sera possible, ou non, de collaborer », a-t-il ajouté.

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