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Interview

Lindsey Graham : « À défaut d’un désarmement crédible, laissez Israël s’occuper du Hamas »

Selon le sénateur républicain, les États-Unis devraient se joindre à une future attaque contre le Hezbollah et si l'Iran reconstitue ses programmes nucléaires et balistiques, il faut attaquer dès maintenant

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le sénateur républicain américain Lindsey Graham, de Caroline du Sud, s'adressant aux médias, à Tel Aviv, en Israël, le 21 décembre 2025. (Crédit : Maya Levin/AP)
Le sénateur républicain américain Lindsey Graham, de Caroline du Sud, s'adressant aux médias, à Tel Aviv, en Israël, le 21 décembre 2025. (Crédit : Maya Levin/AP)

Le groupe terroriste palestinien du Hamas doit se voir fixer un délai pour rendre ses armes, après quoi Israël aura le feu vert pour reprendre ses opérations militaires dans toute la bande de Gaza, a déclaré dimanche au Times of Israel le sénateur américain Lindsey Graham.

« Mettez-les sous pression », a déclaré le républicain de Caroline du Sud depuis un hôtel de Tel Aviv.

« À défaut d’un désarmement crédible, laissez Israël s’occuper d’eux. »

La deuxième phase du plan en vingt points du président américain Donald Trump pour Gaza exige le désarmement du Hamas et la démilitarisation de l’enclave. Cependant, les dirigeants du groupe terroriste ont publiquement et à maintes reprises affirmé qu’ils ne renonceraient pas à toutes leurs armes et qu’ils n’ont jamais adhéré à la deuxième phase du plan Trump.

Un élément central de cette vision est la mise en place d’une Force internationale de stabilisation (ISF) pour Gaza, mais obtenir des engagements fermes de la part des pays partenaires en matière de troupes reste un défi permanent pour la Maison Blanche. Le mandat de l’ISF n’a pas encore été défini, mais selon toutes les informations disponibles, il n’inclura pas de combat direct contre le Hamas si ce dernier refuse de déposer les armes.

Selon Graham, cette force multinationale n’a aucune chance de réussir tant que « le Hamas n’aura pas été désarmé ».

Des terroristes du Jihad islamique palestinien et du Hamas transportant un sac mortuaire blanc qui contiendrait la dépouille d’un otage, à Beit Lahiya, au nord de la bande de Gaza, le 3 décembre 2025. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

« Aucune Force internationale de stabilisation ne viendra ici pour combattre. »

Un peu plus tôt dimanche, Graham avait rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar. Sa visite de deux jours intervient une semaine avant le voyage prévu de Netanyahu aux États-Unis pour rencontrer Trump.

« Mon conseil au président [Trump] est que, tant que le Hamas n’aura pas été éliminé militairement et politiquement, les chances de succès sont assez minces », a-t-il ajouté.

Selon Graham, même avec la menace d’une reprise des opérations militaires israéliennes de grande ampleur à Gaza, il y a peu de chances que le Hamas désarme volontairement.

Un homme se tenant devant l’ancienne ambassade américaine, à côté d’une banderole représentant le visage du président américain Donald Trump et d’une maquette de missile, lors d’un rassemblement à Téhéran alors que les Iraniens commémorent le 46ᵉ anniversaire du début de l’attaque iranienne contre l’ambassade américaine, au cours de laquelle 66 Américains ont été pris en otage, le 4 novembre 2025. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

« Ces gens sont des fanatiques religieux », a-t-il souligné.

« Ce sont des nazis religieux. À moins qu’ils ne disparaissent, je ne crois pas qu’ils feront autre chose que ce qu’ils ont promis de faire. Ont-ils renoncé à détruire Israël ? Ont-ils changé leurs objectifs déclarés ? Non. »

La République islamique d’Iran, qui soutient le Hamas, « prépare également quelque chose de louche » et cherche toujours à se doter de l’arme nucléaire, a poursuivi Graham.

Netanyahu présentera à Trump ses plans pour une éventuelle nouvelle attaque contre l’Iran lors de sa prochaine visite à Washington, a rapporté NBC News samedi, citant plusieurs sources anonymes.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la Knesset, le 13 octobre 2025. (Crédit : Chip Somodevilla/Pool via AP)

Selon le reportage, Israël a de plus en plus de raisons de croire que la République islamique d’Iran est en train de reconstruire, voire d’étendre, sa production de missiles balistiques à la suite de la guerre de douze jours qui a opposé les deux pays en juin.

Israël s’inquiète également de la reprise par l’Iran de son programme d’enrichissement nucléaire, qui avait été fortement endommagé par les frappes israéliennes et américaines, a ajouté NBC News.

Si l’Iran tente effectivement d’enrichir à nouveau de l’uranium et de développer son programme de missiles balistiques, a déclaré Graham, « il serait dans l’intérêt national de les frapper dès maintenant ».

Naïm Qassem, chef du Hezbollah, s’adressant aux personnes en deuil à travers un écran lors d’une allocution télévisée pendant une cérémonie marquant le premier anniversaire de l’élimination par Israël de Hassan Nasrallah et d’autres dirigeants du groupe terroriste chiite libanais, dans la ville de Deir Qanoun al-Nahr près de Tyr, dans le sud du Liban, le 27 septembre 2025. (Crédit : Mahmoud Zayyat/AFP)

« Une très bonne mémoire »

Graham a également insisté pour que le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah se voie imposer un délai pour désarmer, sous peine de subir une attaque israélienne.

Un cessez-le-feu soutenu par les États-Unis en novembre 2024 – dont les termes ont été largement considérés comme une reconnaissance par le Hezbollah qu’il avait gravement sous-estimé la situation en choisissant la guerre avec Israël au lendemain du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 – exigeait le désarmement du groupe terroriste chiite libanais aligné sur l’Iran, à commencer par les zones adjacentes à Israël.

Samedi, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré que le Liban était sur le point d’achever le désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani.

Cependant, Israël a remis en question l’efficacité de l’armée libanaise, et le groupe terroriste chiite libanais lui-même a rejeté à plusieurs reprises les appels à rendre les armes.

Des personnes en deuil entourant les cercueils des terroristes du Hezbollah tués pendant la guerre avec Israël recouverts du drapeau national, lors de leur cortège funèbre, dans le village de Majdal Selm, au sud du Liban, le 6 décembre 2024. (Crédit : Mahmoud Zayyat/AFP)

Graham exhorte les États-Unis à se joindre à toute attaque potentielle contre le Hezbollah : « Je voudrais voler aux côtés d’Israël. Je voudrais que les États-Unis participent aux opérations militaires, dans les airs, contre le Hezbollah, si c’est ce qu’il faut pour les éliminer. »

« Je veux que nous y apportions notre contribution », a poursuivi Graham.

« Laissez-moi vous expliquer pourquoi : beaucoup de jeunes marines courageux sont morts aux mains de ces salauds, et nous avons très bonne mémoire. »

En octobre 1983, quelque 241 militaires américains, dont 220 marines, ont trouvé la mort dans un attentat à la bombe perpétré par le Hezbollah contre une caserne des marines américains au Liban. Moins d’un an plus tard, le groupe terroriste chiite libanais bombardait l’ambassade américaine à Beyrouth, tuant 23 personnes.

Les conséquences de l’attentat à la bombe contre la caserne des Marines américains, à Beyrouth, au Liban, le 23 octobre 1983. (Crédit : Jim Bourdier/AP)

Un accord historique de normalisation avec l’Arabie saoudite, que Graham préconise depuis longtemps, ne sera conclu que « si vous traitez avec les mandataires iraniens », a-t-il affirmé.

Concernant la Syrie, l’autre voisin septentrional d’Israël, Graham a insisté sur le fait que le président du pays, Ahmed al-Sharaa, était « probablement notre meilleur atout ».

Ahmed al-Sharaa, président par intérim de la Syrie, saluant la foule lors des célébrations marquant le premier anniversaire du renversement de l’ancien président Bachar al-Assad, à Damas, en Syrie, le 8 décembre 2025. (Crédit : Omar Sanadiki/AP Photo)

L’armée israélienne est déployée depuis près d’un an dans neuf postes situés dans le sud de la Syrie, depuis la chute du régime du dictateur syrien Bachar el-Assad, principalement dans une zone tampon patrouillée par l’ONU à la frontière entre les deux pays.

Au début du mois, Trump a mis en garde Israël contre toute tentative de déstabilisation de la Syrie et de son nouveau gouvernement, quelques jours après que des soldats de Tsahal ont affronté des terroristes armés dans le sud du pays. Il s’est également déclaré « très satisfait » des résultats obtenus par le pays sous la direction de Sharaa.

La coalition rebelle menée par le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ex-branche d’Al-Qaïda en Syrie, a lancé une offensive éclair fin novembre 2024 et s’est emparée de Damas, mettant fin brutalement à plus de cinquante ans de règne de la famille Assad et à plus de dix ans de guerre civile.

Sharaa a fait des progrès à l’étranger, notamment en rétablissant la position internationale de la Syrie et en obtenant un allègement des sanctions. Toutefois, Israël reste méfiant et n’a pas encore conclu d’accord de sécurité avec l’ancien chef djihadiste.

« Surveillez-le de près », a averti Graham.

Le président américain Donald Trump serrant la main du président syrien Ahmed al-Sharaa, à la Maison Blanche, à Washington, le 10 novembre 2025. (Crédit : Service de presse de la présidence syrienne via AP)

« Je pense qu’il a probablement des capacités limitées, c’est certain. Mais je suis prêt à travailler avec lui. Je ne veux pas demander à Israël d’ignorer les problèmes de sécurité qui viennent de Syrie. Faire confiance, mais vérifier, est probablement la bonne approche dans ce cas. »

La guerre civile républicaine est « réelle »

Graham a déclaré que le conflit qui couve entre les principales figures conservatrices est « réel », mais qu’il ne craint pas que le parti républicain se retourne contre Israël.

« Je ne suis pas inquiet, car je sais où se situent la plupart des républicains », a-t-il affirmé.

Des figures clés du mouvement « Make America Great Again » (MAGA) se sont affrontées sur scène lors d’une conférence organisée par l’organisation conservatrice Turning Point USA à Phoenix, la semaine dernière, fustigeant leurs adversaires pour s’être rapprochés des fascistes ou les accusant d’avoir sali la mémoire de Charlie Kirk, militant conservateur assassiné.

Selon Graham, « 75 à 80 % des républicains soutiennent fermement Israël ».

Les États-Unis et Israël « ont des ennemis communs et des valeurs communes, la démocratie, et [Israël est] entouré de gens qui nous tueraient s’ils le pouvaient », a-t-il ajouté, affirmant que « tout ce que nous faisons pour aider Israël est un excellent investissement ».

« Si nous devions remplacer ce que Tsahal, [l’agence de renseignement du] Mossad et [l’agence de sécurité intérieure du] Shin Bet ont fait pour nous aider, ce serait impossible », a poursuivi Graham.

Illustration : Des soldats israéliens et américains déchargeant un avion-cargo de l’US Air Force lors de l’exercice militaire conjoint Juniper Falcon, sur une base militaire israélienne, en février 2019. (Crédit : Armée américaine)

« Il est dans l’intérêt des États-Unis d’avoir un Israël fort et dynamique. Tout autre scénario nous mettrait en danger. Je pense que cela ne changera pas de sitôt. »

Il a précisé qu’il exhortait Israël à conclure un accord de défense avec les États-Unis, similaire à celui en cours de discussion entre Washington et Ryad.

Le partenariat sécuritaire entre les États-Unis et Israël « est implicite », a averti Graham.

« Il n’existe pas officiellement. Si l’on a toujours voulu établir un partenariat de défense, ce qui serait bénéfique pour les États-Unis selon moi, c’est le moment de le faire. »

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