Londres : Des dizaines de milliers de manifestants contre l’extrême-droite
Certains grands groupes juifs ont été empêchés de participer ; une manifestation anti-Israël s'est jointe au cortège, de nombreux participants brandissant des drapeaux du régime iranien
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Des dizaines de milliers de personnes ont défilé samedi dans le centre-ville de Londres pour manifester contre l’extrême-droite, à quelques semaines des élections locales et six mois après l’une des plus grandes manifestations nationalistes que le Royaume-Uni ait connues.
Organisé par des centaines d’organisations civiques, dont des syndicats, des militants antiracistes et des organismes représentant la communauté musulmane, l’événement « Together Alliance » de samedi a été présenté comme le plus grand rassemblement de l’Histoire du Royaume-Uni contre l’extrémisme de droite.
Certaines associations juives britanniques de premier plan ont toutefois reproché aux organisateurs de la marche de ne pas avoir inclus la communauté juive dans leur manifestation, bien que plusieurs organisations juives de gauche y aient pris part, marchant ensemble sous une même bannière.
Une marche anti-Israël, organisée par ailleurs par la Palestine Coalition, a rejoint le rassemblement principal à la fin de son propre parcours. De nombreux participants de ce contingent portaient des drapeaux du régime iranien et des pancartes réclamant la fin de la guerre américano-israélienne contre la République islamique.
Alors que les organisateurs ont affirmé qu’un demi-million de personnes s’étaient mobilisées au total, la police a estimé leur nombre à environ 50 000.
Brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des slogans tels que « Non au racisme » et « Vous ne pouvez pas nous diviser », les manifestants ont défilé depuis les environs de Marble Arch jusqu’à Whitehall, près du Parlement britannique, pour un rassemblement prévu avec divers intervenants.
Parmi eux figuraient des personnalités politiques de gauche telles que Zack Polanski, chef du Parti vert de plus en plus populaire, le chanteur Billy Bragg et des membres du groupe de reggae anglais UB40.
« Des journées comme celle-ci ont pour but de faire passer un message… rien ne peut nous arrêter », a déclaré Polanski lors de cet événement, qui semblait avoir attiré des personnes de tous âges venues de tout le Royaume-Uni.
Emily Roth, une étudiante, a déclaré à l’AFP qu’il régnait « un climat toxique à l’échelle mondiale et que le Royaume-Uni ne luttait pas contre ».
« Le gouvernement est obsédé par l’immigration, mais ce n’est pas notre plus gros problème », a ajouté la jeune femme de 23 ans alors qu’elle défilait dans les rues.
La police métropolitaine de Londres, qui avait promis une « présence policière importante » pour garantir que les différentes manifestations se déroulent en toute sécurité et dans le respect de la loi, a indiqué par la suite que les agents avaient procédé à 25 arrestations.
Elle a précisé que 18 d’entre elles avaient eu lieu à la suite d’une manifestation près du rassemblement de Together Alliance en soutien à Palestine Action, un groupe militant interdit en vertu de la loi antiterroriste.
Le mois dernier, la Haute Cour d’Angleterre a jugé que l’interdiction de Palestine Action par le gouvernement était illégale et la police a brièvement cessé d’arrêter les personnes manifestant leur soutien à ce groupe. Cependant, la semaine dernière, la police a annoncé que les arrestations reprendront jusqu’à ce que la cour se prononce sur l’appel interjeté contre cette décision.
Concernant les sept autres arrestations, la police a indiqué que deux personnes avaient été arrêtées pour avoir escaladé les colonnes à l’extérieur de la National Gallery. Elle n’a pas encore fourni de motif pour les cinq autres arrestations.
« Inquiets »
La marche de Together Alliance faisait suite à un rassemblement organisé en septembre dernier par l’activiste britannique de droite dure et anti-islam Tommy Robinson, qui avait attiré jusqu’à 150 000 personnes, dont beaucoup arboraient des drapeaux anglais et britanniques.
Cet événement avait été entaché, en marge, de « violences inacceptables » qui avaient donné lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre, faisant plusieurs blessés graves parmi les agents.
Robinson prévoit d’organiser un nouveau rassemblement mi-mai.
La marche de samedi a également eu lieu moins de six semaines avant que les électeurs ne se rendent aux urnes pour les élections au Parlement écossais, à l’Assemblée décentralisée du Pays de Galles et aux conseils locaux de Londres et dans certaines autres régions d’Angleterre.
Le parti d’extrême-droite Reform UK, dirigé par Nigel Farage, figure de proue de l’anti-immigration et en tête des sondages nationaux depuis plus d’un an, devrait obtenir de bons résultats lors de ces scrutins.
Robert Gadwick, 48 ans, venu de Bath, dans l’ouest de l’Angleterre, pour la marche de samedi, s’est dit « inquiet » face à la montée en puissance de Reform UK.
« Nous avons déjà vécu cela avec le Brexit – ce sont toujours les mêmes mensonges, et pourtant certaines personnes choisissent d’y croire », a-t-il déclaré à l’AFP.
« Nous devons dire la vérité… Voter pour Reform, c’est voter pour plus de chaos et d’incertitude, et nous n’en avons certainement pas besoin de plus de chaos. »
Rose Batterfield, une retraitée du centre de l’Angleterre, a fait écho à ce sentiment, affirmant que le « climat politique actuel » l’inquiétait.
« Je ne reconnais plus vraiment le Parti travailliste », a-t-elle déclaré à propos de ce parti de centre gauche au pouvoir, critiqué pour son glissement vers la droite.
« L’idée selon laquelle on peut mettre en œuvre des idées d’extrême-droite pour mettre un terme à l’extrême-droite est absurde. »
Des groupes juifs expriment leurs inquiétudes, d’autres se joignent à la marche
À la veille de la manifestation de samedi, plusieurs groupes juifs de premier plan ont exprimé leurs inquiétudes quant à la nature de l’événement, affirmant que la communauté juive avait été exclue.
Adrian Cohen, vice-président senior du Board of Deputies of British Jews, a déclaré vendredi sur GB News que la communauté juive avait une longue histoire de prise de position contre « l’extrémisme sous toutes ses formes ».
Tout en s’inquiétant des activités de l’extrême-droite, a-t-il ajouté, les Juifs britanniques s’inquiètent également « de l’extrémisme d’extrême-gauche ».
Board of Deputies Senior Vice President Adrian Cohen spoke to @GBNEWS’ @MartinDaubney this afternoon about the failure of the Together Alliance to engage with mainstream Jewish organisations ahead of this Saturday's march against the far-right. pic.twitter.com/BcC9Be0eFl
— Board of Deputies of British Jews (@BoardofDeputies) March 27, 2026
« Souvent, ceux qui se situent à gauche de l’échiquier politique, qui s’organisent pour s’opposer aux activités de l’extrême-droite, n’ont pourtant pas à l’esprit les préoccupations et les intérêts des communautés menacées par le racisme, y compris, dans ce cas, l’antisémitisme », a déclaré Cohen.
Il a ajouté que, depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, puis la guerre qui a suivi, et qui ont déclenché une flambée d’actes antisémites à l’échelle mondiale, la principale préoccupation de la communauté juive britannique est « l’agitation d’extrême-gauche ».
Il a également déclaré que la marche anti-Israël qui devait se joindre simultanément à la grande manifestation de celle de Together Alliance compliquait également la situation pour la communauté juive.
« Plusieurs groupes » allaient y participer, dont « l’objectif est d’être anti-Israël, plutôt que de jeter des ponts et de tendre les bras pour accueillir notre communauté, qui se sent actuellement très vulnérable et isolée, et ce pour de très bonnes raisons », a déclaré Cohen.
Malgré les inquiétudes de certains, d’autres organisations juives de gauche ont choisi de prendre part à la manifestation, notamment Jewish Voice for Liberation, le Jewish Socialists’ Group et Vahavta UK. Le groupe musical juif britannique The Great Yiddish Parade était également présent et a joué de la musique tandis que les groupes juifs défilaient tous ensemble.
Un certain nombre de membres de la communauté juive ont également participé à une contre-manifestation organisée à proximité pour protester contre l’alliance de la marche avec des groupes pro-palestiniens et anti-Israël.
Un événement à proximité rend hommage à Ali Khamenei
Ailleurs à Londres, un important groupe de contre-manifestants s’est rassemblé devant l’Islamic Center of England à Maida Vale alors que des personnes participaient à une cérémonie commémorative en l’honneur d’Ali Khamenei, l’ancien guide suprême, éliminé le premier jour de l’offensive américano-israélienne en Iran, le 28 février.
Cet événement ne semblait avoir aucun lien avec la manifestation de Together Alliance, qui se déroulait à plusieurs kilomètres de là, bien que des manifestants aient également été aperçus brandissant le drapeau du régime iranien.
L’Islamic Center of England est depuis longtemps accusé d’être le porte-parole du régime iranien et avait organisé en 2020 une cérémonie commémorative similaire pour le commandant du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), Qassem Soleimani, après son élimination par les États-Unis.
Selon le Daily Mail, une importante présence policière a été déployée lors de l’événement afin de maintenir les deux groupes à distance.
De nombreux contre-manifestants brandissaient le drapeau du soleil et du lion datant d’avant la Revolution islamique, tandis que d’autres tenaient des photos du prince héritier iranien en exil, Reza Pahlavi.
De l’autre côté de la rue, des pleureurs agitaient le drapeau du régime iranien et brandissaient des images de Khamenei et de son fils, le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, qui n’a pas été vu en public depuis sa nomination.
la Communauté du Times of Israël !







