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May Golan propose de réaffecter des fonds destinés au développement économique arabe

Selon la ministre, 1 Md de NIS serait alloué à la lutte anti-criminalité ; des représentants d'administrations publiques estiment qu'elle détourne des fonds destinés à résoudre les causes profondes des problèmes

La ministre de l'Égalité May Golan, à la Knesset, à Jérusalem, le 26 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
La ministre de l'Égalité May Golan, à la Knesset, à Jérusalem, le 26 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La ministre de l’Égalité, May Golan, a proposé de réaffecter 3,1 milliards de shekels provenant de programmes visant à stimuler le développement économique arabe au ministère de la Sécurité nationale, à la police israélienne, à l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet et à son propre ministère.

Ce projet a été présenté alors que Golan fait l’objet d’une enquête policière pour fraude et détournement de fonds publics, ce qui conduit certains de ses détracteurs à affirmer qu’il s’agit d’un conflit d’intérêts, voire d’un pot-de-vin.

Toutefois, il n’existe aucune preuve d’un lien entre l’enquête et la réaffectation des fonds proposée, que ses partisans jugent nécessaire pour lutter contre la vague de criminalité qui secoue les communautés arabes israéliennes.

Selon sa proposition, ces fonds seraient utilisés pour « lutter contre la criminalité et la violence dans la société arabe », mais ils seraient déduits d’un plan quinquennal destiné à mettre les communautés arabes sur un pied d’égalité avec leurs concitoyens juifs dans des domaines tels que le logement, la police et le développement économique, après des décennies de négligence.

Les dirigeants de la communauté arabe ont exprimé leur vive opposition à ces coupes et accusent Golan, connue pour ses propos anti-Arabes et anti-migrants, de refuser de mettre en œuvre le plan approuvé en août 2023 depuis qu’elle a pris la tête du ministère de l’Égalité l’an dernier. Elle a notamment gelé les fonds, licencié le directeur du ministère chargé de l’exécution du plan quinquennal et suspendu la commission permanente qui supervisait l’allocation du budget de ce plan.

Ce programme novateur, d’un montant de 30 milliards de shekels, a été élaboré en 2021 par le gouvernement éphémère de Naftali Bennett et de Yaïr Lapid, le ministère de l’Égalité en assumant la majeure partie de la responsabilité de sa mise en œuvre.

La ville mixte d’Umm al-Fahm, le 13 février 2025. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

La grande majorité de ces fonds « détournés » serait versée au ministère de la Sécurité nationale et au Shin Bet, la plupart des allocations étant réparties entre 2025 et 2026.

Ces fonds serviraient à créer une unité de police nationale chargée de lutter contre la « criminalité de niveau intermédiaire dans la société arabe », à moderniser les technologies et à intégrer le numérique au sein des forces de l’ordre, ainsi qu’à mettre en place une nouvelle unité nationale de renseignement ciblant le crime organisé dans le secteur arabe.

305 millions de shekels seraient alloués au ministère de l’Égalité de Golan pour mettre en place une équipe chargée d’intégrer les jeunes Arabes dans le monde universitaire, sur le marché du travail et dans la fonction publique nationale.

Ce n’est pas la première fois que cette ministre provocatrice du Likud détourne des fonds du plan quinquennal destiné à la communauté arabe, après avoir déjà réduit de 66 millions de shekels le budget alloué à ce programme en mars.

La députée Meirav Cohen présidant la commission du Statut des femmes de la Knesset, le 25 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La députée Meirav Cohen (Yesh Atid), qui a été à l’avant-garde de ce plan quinquennal au cours de son mandat en tant que ministre de l’Égalité, a accusé Golan de « travailler de manière systématique au démantèlement de ce programme ».

« J’étais très fière de diriger ce programme, et nous avons atteint un taux de mise en œuvre supérieur à 90 % lorsque j’étais ministre de l’Égalité », a déclaré Cohen, qui préside aujourd’hui la commission du Statut des femmes de la Knesset, lors d’une session d’urgence qu’elle a convoquée la semaine dernière pour discuter des coupes budgétaires proposées.

« Ainsi, le taux d’emploi des femmes arabes a augmenté de 18 % », a-t-elle ajouté.

Dans un rare élan d’unité interministérielle, les représentants de tous les ministères présents à l’audience de la commission, notamment ceux des Finances, de l’Éducation, des Sciences, de la Justice, de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, ont exprimé leur opposition à ces coupes budgétaires et ont souligné l’importance de ce plan quinquennal.

Bien que le ministère de l’Égalité coordonne ce plan quinquennal, il ne détient ni ne contrôle l’ensemble de ses fonds, et plus de vingt ministères perdraient des financements importants si ces coupes budgétaires étaient engagées.

Un représentant du ministère de la Justice a fait valoir que la réaffectation budgétaire proposée « non seulement ne serait d’aucune aide, mais produirait des résultats contraires ».

« Nos programmes ont été conçus comme des programmes pluriannuels, et les interrompre à mi-parcours les compromettrait. Nous avons des programmes spécifiques dans le secteur arabe… et il serait tout simplement erroné de les interrompre à ce stade. »

Les représentants du ministère de l’Égalité du Golan et du ministère de la Sécurité nationale, dirigé par Itamar Ben Gvir, chef du parti Otzma Yehudit, n’ont pas assisté à la session. Selon les députés de l’opposition, cette absence s’inscrit dans le cadre d’un boycott concerté de la commission par ces deux partis.

Cohen a confirmé au Times of Israel que les deux ministères avaient refusé de participer et s’étaient montrés réticents à coopérer avec la commission.

Golan a refusé de commenter.

Une condamnation unanime

Le directeur des affaires publiques de l’organisation à but non lucratif The Abraham Initiatives, Yanal Jabarin, est venu défendre le plan quinquennal devant la commission de Cohen.

Des membres de la communauté arabe manifestant contre la violence dans leur communauté, devant le bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 9 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a ensuite expliqué au Times of Israel que les coupes proposées « nuiraient directement à la capacité d’améliorer la qualité de vie dans les domaines essentiels des communautés arabes que sont l’éducation, la sécurité personnelle, la santé, l’emploi et les infrastructures ».

Jabarin a également fermement rejeté la tentative de Golan de présenter la réaffectation des fonds comme une mesure visant à lutter contre la vague de criminalité qui sévit actuellement dans les communautés arabes.

Selon lui, « au milieu d’une vague de violence sans précédent, qui trouve son origine dans la négligence persistante du gouvernement, choisir de réduire les dépenses plutôt que d’investir est une mesure irresponsable qui déstabilise la stabilité sociale et nuit à 20 % des citoyens du pays ».

Depuis plusieurs années, les communautés arabes réclament des mesures pour lutter contre la hausse vertigineuse du taux d’homicides dans leur communauté. En date du 25 novembre, 233 personnes avaient été tuées au sein de cette communauté minoritaire en 2025, soit une augmentation de 9 % par rapport au triste record établi en 2024, selon Abraham Initiatives.

La police a échoué à élucider la grande majorité des affaires de meurtre dans le secteur arabe, laissant les crimes violents impunis. De nombreux leaders communautaires et figures de l’opposition accusent la police de négligence, ainsi que Ben Gvir, dont les deux années de mandat ont vu le taux de meurtres dans la communauté arabe atteindre son plus haut niveau historique.

Alors que le sous-financement de la police dans les communautés arabes fait l’objet de critiques fréquentes, les dirigeants arabes se demandent pourquoi cela doit se faire au détriment d’un programme élaboré en étroite consultation avec eux, les municipalités, et conçu pour s’attaquer aux problèmes systémiques à l’origine de la criminalité dans la société arabe, tels que la pauvreté, le manque d’opportunités éducatives et les perspectives socio-économiques limitées, sans aucune contribution de la communauté la plus touchée.

Jabarin a déclaré qu’au cours des derniers mois, Abraham Initiatives avait collaboré avec des responsables de divers ministères et des députés de différents partis afin de mettre un terme à la réduction proposée et de « préserver les acquis » du plan quinquennal.

« À long terme, chaque shekel retiré de ce programme coûtera beaucoup plus cher à l’État. Il existe un moyen efficace, responsable et équitable de gérer le budget, mais ce type de réduction n’en fait pas partie », a-t-il souligné.

La ministre de l’Égalité May Golan, lors d’une audience, au tribunal de Rishon Lezion, le 15 septembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les détracteurs de Golan estiment également que la réaffectation de ces fonds constitue une tentative de « corruption » de la police, alors que l’enquête sur des fraudes présumées au sein de son bureau prend de l’ampleur.

« Cette mesure n’est pas une véritable lutte contre la criminalité », a déclaré au Times of Israel la députée Aida Touma-Sliman, membre du parti Hadash-Taal, à majorité arabe, qui a qualifié les coupes proposées de « vol effronté ».

Au contraire, a-t-elle poursuivi, « Golan tente de soudoyer la police pour qu’elle mette fin à son enquête en transférant des fonds qui étaient destinés à la population arabe ».

La police a perquisitionné le bureau de Golan en septembre et arrêté six de ses collaborateurs, à la suite d’une enquête lancée en janvier qui a révélé des cas de népotisme au ministère de l’Égalité, ainsi que des collectes de fonds douteuses au sein d’une organisation anti-migrants fondée par la ministre.

Golan est soupçonnée de fraude, d’utilisation abusive de fonds publics à des fins privées, de création de postes fictifs au sein du ministère de l’Égalité et de dissimulation de sources de financement. Elle risque également d’être interrogée pour suspicion d’acceptation de pots-de-vin.

La ministre, qui nie toute malversation, a refusé de se soumettre à l’interrogatoire de la police et se serait empressée de faire sortir sa mère au milieu d’un interrogatoire au début du mois.

Charlie Summers a contribué à cet article.

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