Netanyahu dit avoir empêché une deuxième Shoah orchestrée par l’Iran. Si seulement…
Lors de Yom HaShoah, le Premier ministre a assuré qu’Israël a "réduit en poussière" le régime iranien maléfique déterminé à nous anéantir, sauf que ce n'est pas le cas
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Dans un discours prononcé lundi soir à l’occasion de Yom HaShoah en Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que lors des deux récents cycles de conflit contre la République islamique, au mois de juin dernier puis en février-mars de cette année, Israël et les États-Unis avaient « réduit en poussière le régime maléfique en Iran ».
« Le régime des ayatollahs cherchait à développer des bombes nucléaires et il cherchait à fabriquer des dizaines de milliers de missiles balistiques meurtriers qui étaient destinés à nous anéantir », a-t-il déclaré au musée du Mémorial de la Shoah de Yad Vashem. « Ils pensaient pouvoir agir en toute impunité. Mais ce n’est plus le cas. Notre nation a tiré les leçons de l’Histoire. »
« Je me suis tenu ici année après année », a poursuivi Netanyahu. « À chaque cérémonie de Yom HaShoah, je prends le même engagement : nous ne laisserons pas l’Iran se doter de l’arme nucléaire. Et, en tant que Premier ministre d’Israël, je l’ai promis : il n’y aura pas de deuxième Shoah. »
« Cette année », a-t-il conclu triomphalement, « cette promesse est devenue réalité ».
Sauf que ce n’est pas le cas.
Déjà, à l’Assemblée générale des Nations unies en 2012 – lors d’une intervention restée célèbre pour le schéma rudimentaire d’une bombe nucléaire qui lui avait valu de nombreuses moqueries – Netanyahu avait néanmoins, à juste titre, averti que la « ligne rouge » visant à mettre un terme à la marche des ayatollahs vers la bombe devait être tracée avant tout sur un aspect vital de leur programme : les efforts livrés par l’Iran pour enrichir de l’uranium.
« Il faut de nombreuses années à un pays comme l’Iran pour enrichir de l’uranium destiné à une bombe », expliquait-il alors. « Cela nécessite des milliers de centrifugeuses opérant en parallèle dans de très grandes installations industrielles. Ces installations, en Iran, sont encore facilement repérables et elles demeurent vulnérables. »
« En revanche », avait-il dit, « le détonateur nucléaire, c’est-à-dire le mécanisme de mise à feu, pourrait être produit beaucoup plus rapidement, en moins d’un an – voire en quelques mois seulement. Ce type de détonateur peut être fabriqué dans un petit atelier de la taille d’une salle de classe ».
« Localiser et cibler cet atelier pourrait s’avérer être très difficile », avait-il averti.
« De la même manière, une ogive ou un dispositif nucléaire pourrait être assemblé dans une installation de taille réduite, voire dissimulée dans un porte-conteneurs. Là encore, il serait très difficile de la repérer. »
Et c’est pourquoi, avait martelé Netanyahu, « la seule façon crédible d’empêcher l’Iran de développer une arme nucléaire est de l’empêcher d’accumuler suffisamment d’uranium enrichi pour une bombe… La question pertinente n’est pas de savoir quand l’Iran obtiendra la bombe. La question pertinente est de savoir à quel stade nous ne pourrons plus empêcher l’Iran de se doter de la bombe. »
L’Iran, malheureusement, n’a pas été arrêté.
Parmi les nombreuses lacunes du Plan d’action global conjoint (JCPOA) de 2016, totalement inadéquat – un plan qui avait été supervisé par le président américain Barack Obama – l’une des plus importantes failles était qu’il n’exigeait pas du régime iranien qu’il démantèle ses installations d’enrichissement et ni qu’il mette fin à toute activité d’enrichissement d’uranium. De fait, il avait permis au régime de poursuivre la recherche et le développement de centrifugeuses encore plus rapides.
Depuis le retrait des États-Unis de l’accord, un retrait décidé en 2018, lors de son premier mandat, par le président américain Donald Trump, le régime a expulsé les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), considérablement étendu et accéléré ses installations et ses processus d’enrichissement, tout en s’efforçant de les soustraire à toute attaque. Il a également accumulé quelque 440 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, soit une quantité suffisante pour fabriquer, selon eux, 11 bombes nucléaires.
En d’autres termes, comme l’avait correctement expliqué Netanyahu en 2012, l’Iran avait achevé la partie difficile, longue et vulnérable du processus de fabrication d’une bombe nucléaire. Restait à enrichir ce stock à 60 % pour atteindre le niveau requis pour la fabrication d’armes, puis à fabriquer ces armes – des processus relativement rapides qui ne nécessitent pas d’installations gigantesques, potentiellement faciles à repérer.
Tous ces éléments soulignent l’importance cruciale qu’avait eu le recours à la force du mois de juin dernier. Le régime était sur le point de se doter de la bombe, ce stock – conservé de manière quasi inviolable selon l’AIEA dans ses principales installations d’Ispahan, Natanz et Fordo – constituant la voie la plus rapide vers un arsenal nucléaire. En frappant ces sites, les bombardiers furtifs américains B-2 Spirit, qui avaient porté le coup final de cette guerre, avaient permis aux États-Unis et à Israël de retarder et de compliquer la quête nucléaire du régime.
Des objectifs fondamentaux restent à atteindre
Malgré les déclarations grandiloquentes qui ont été faites par Netanyahu cette semaine, annonçant un succès définitif, le recours conjoint à la force engagé le 28 février risque, au contraire, d’exacerber le danger plutôt que de le réduire. Tout dépendra de la forme que prendra la conclusion du conflit.
C’est la combinaison de ce régime et de cette arme qui constitue un danger existentiel pour Israël en plus d’un péril durable pour l’ensemble du Moyen-Orient et au-delà.
Mais l’objectif affiché par Trump et Netanyahu, qui était de créer les conditions permettant au peuple iranien de renverser le régime une fois les bombardements américains et israéliens terminés, n’a pas été atteint à ce jour.
Avner Vilan, ancien responsable de la sécurité israélienne et expert du programme nucléaire iranien, m’a confié mercredi son inquiétude face à « un optimisme dangereux » quant à la probabilité que la campagne entraîne l’effondrement du régime, ainsi que sa préoccupation face à l’absence de planification stratégique pour des développements aussi prévisibles que la décision rapide qui a été prise par l’Iran de fermer le détroit d’Ormuz et d’exploiter cette situation pour renforcer son contrôle.
De même, ce stock de 440 kilogrammes, qui permettrait au régime de se doter le plus rapidement possible de la bombe, n’a ni été récupéré ni été retiré d’Iran.
Ces deux objectifs fondamentaux et indispensables – qui ont heureusement été adoptés par un président américain plus favorable à Israël que certains de ses partisans, que la plupart de ses successeurs potentiels et qu’une grande partie de l’Amérique – pourraient encore être atteints.
Mais tant que ce n’est pas le cas, personne ne devra crier victoire – et encore moins le Premier ministre d’Israël, cible principale de l’Iran.
Trump, insaisissable et imprévisible, cherche publiquement à conclure un accord, tout en insistant jusqu’à présent pour que ses termes incluent le retrait de ces conteneurs souterrains contenant de l’uranium enrichi à 60 %. « Nous allons récupérer cette poussière », a-t-il encore affirmé mardi.
C’est effectivement essentiel, et cela doit concerner l’intégralité des 440 kilogrammes, sans laisser au régime la possibilité de prétendre que quelques dizaines de kilos ici ou là ne peuvent être récupérés, car, comme l’a fait remarquer Vilan, quelques dizaines de kilos suffisent pour fabriquer une bombe.
Vilan a néanmoins observé lors de notre conversation que le retrait de ce stock – même obtenu par la négociation plutôt que par une opération des forces spéciales, risquée et peu probable – qu’un tel retrait entraînerait vraisemblablement la levée des sanctions économiques contre le régime, lui offrant une véritable bouée de sauvetage et renforçant sa capacité à survivre.
Les manifestations de janvier en Iran, et la répression meurtrière qui s’en est suivie, à l’origine de la dynamique ayant conduit à cette guerre, découlaient de la crise économique du pays, a-t-il noté. « Cette crise affectait la vie quotidienne. »
Le régime étant incapable de fournir quelque chose d’aussi élémentaire que de l’eau potable, la frustration croissante aurait potentiellement pu provoquer des fissures au sein du régime, même parmi ses partisans idéologiques, a estimé Vilan. Or, en entrant en guerre à ce moment précis, les États-Unis et Israël ont « créé une cohésion », le régime étant désormais en mesure d’affirmer que « toutes les souffrances sont le résultat d’attaques et de menaces extérieures ».
« Si nous avions attendu », a avancé Vilan, « peut-être que le régime se serait effondré ».
Qui plus est, alors que les États-Unis et Israël ont frappé une usine d’eau lourde et d’autres éléments du programme nucléaire ces dernières semaines, notamment les vestiges d’installations d’enrichissement, c’est surtout la guerre de juin 2025 qui a massivement affaibli ces sites majeurs.
L’Iran, bien conscient qu’une attaque pouvait être imminente, n’aurait toutefois pas transféré ses stocks hors de ses installations souterraines avant la guerre de juin dernier. La présence d’uranium enrichi a été vérifiée pour la dernière fois à la mi-mai 2025, a rappelé Vilan, « et il y aurait eu une véritable panique » s’il en avait manqué. Rien n’indique que le régime soit à court de centrifugeuses, certaines étant vraisemblablement mises de côté, voire déjà installées dans de petites installations capables de poursuivre l’enrichissement. Et aujourd’hui, plus conscient que jamais de sa vulnérabilité face à une attaque en tant qu’État non nucléaire, il est encore davantage motivé à se doter de la bombe.
Des discours inexacts et irresponsables
Trump ne cesse d’affirmer que ces six semaines de guerre ont abouti à un changement de régime, et que les dirigeants prétendument « nouveaux » sont « moins radicaux » et « plus raisonnables ». Mais c’est tout simplement faux.
Quant à Netanyahu, et à ses fanfaronnades selon lesquelles il aurait empêché la deuxième Shoah contre laquelle il a si justement mis en garde pendant tant d’années, ses propos sont encore plus irresponsables.
Il est facile de se moquer des assurances du Premier ministre, ne serait-ce que parce que son discours de Yom HaShoah a dû être pré-enregistré. La situation sécuritaire ne permettait pas d’organiser la cérémonie habituelle en direct devant plusieurs centaines de personnes. Le cessez-le-feu reste fragile, l’Iran est toujours capable de tirer des missiles et le Hezbollah pilonne le nord. Les événements de Yom HaAtsmaout la semaine prochaine se dérouleront dans des conditions similaires.
Il est tout aussi facile de rire de son déni de la réalité. Saisi à sa demande, l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, a estimé que Netanyahu ne pouvait pas comparaître en toute sécurité à son procès pour corruption, l’Iran pouvant chercher à le viser au tribunal de Tel Aviv.
Mais ce ne sont là que les critiques les plus superficielles d’un phénomène bien plus dangereux. En réalité, une deuxième Shoah n’a pas été définitivement écartée, et Netanyahu, longtemps le plus acharné opposant au programme nucléaire iranien, devrait le savoir mieux que quiconque.
Sa volonté de revendiquer un succès, impardonnable pour le Premier ministre de l’État d’Israël, est facile à comprendre sur le plan politique. Israël est sur le point d’entrer dans une campagne électorale que Netanyahu perdra si l’électorat continue de considérer la République islamique d’Iran, le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah et le groupe terroriste palestinien du Hamas comme des menaces réelles.
Ainsi, Netanyahu, l’homme politique, qui a refusé de démissionner après avoir échoué à empêcher l’invasion et le pogrom perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023, le jour le plus meurtrier pour les Juifs depuis la Shoah et dans l’histoire de l’État d’Israël, doit faire de la victoire un pilier central de sa campagne de réélection.
Mais si le 7-Octobre a pu se produire, c’est parce qu’Israël, sous Netanyahu, était en proie à une dangereuse complaisance. Il affirmait avec assurance que le Hamas était dissuadé, peu enclin à une escalade et satisfait des fonds qu’il encourageait le Qatar à transférer à Gaza. Alors que le pays était profondément divisé par les efforts, toujours en cours, de sa coalition visant à délégitimer puis à affaiblir l’indépendance du pouvoir judiciaire, les dirigeants politiques et militaires ont tout simplement ignoré les preuves accablantes que le Hamas se préparait à envahir le pays. Le tableau complet de cet échec désastreux, encore largement incompris, n’a toujours pas été établi, Netanyahu ayant fermement refusé la mise en place de la commission d’enquête nationale nécessaire.
Deux ans et demi plus tard, Netanyahu, l’homme politique, assure à la nation que Téhéran ne constitue plus une menace grave, lui et Trump ayant, dit-il, réglé le problème. Or, comme en 2023, il existe aujourd’hui un risque pour l’État d’Israël et pour son peuple que Netanyahu, l’homme politique, se laisse emporter par ses propres fanfaronnades et en vienne à croire à sa propre rhétorique.
« Si nous n’avions pas agi, les noms de Natanz, Fordo, Ispahan et Parchin auraient pu rester à jamais associés à l’infamie, tout comme Auschwitz, Treblinka, Majdanek et Sobibor », a-t-il solennellement déclaré à Yad Vashem.
Mais ce danger n’a, en réalité, pas été écarté.
Et Netanyahu, non pas le chef de parti clivant en quête de réélection, mais le Premier ministre israélien, qui sait parfaitement qu’il n’y a pas eu de changement de régime en Iran et qui sait exactement de quoi ce régime est capable, a l’obligation nationale de reconnaître, d’expliquer et d’affronter cette réalité, aussi politiquement inconfortable soit-elle.
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la Communauté du Times of Israël !







