Oleksii Reznikov soutient les frappes contre l’Iran et dit que Kiev peut vaincre l’ennemi commun
L’ex-ministre ukrainien de la Défense estime qu’Israël et l’Ukraine peuvent renforcer leur coopération contre l’axe Russie-Iran, et que l’Europe devrait elle aussi soutenir Jérusalem
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Israël et les États-Unis ont pris la bonne décision en lançant une guerre préventive contre l’Iran, a déclaré l’ancien ministre ukrainien de la Défense au Times of Israel, décrivant Kiev et Jérusalem comme engagées dans une lutte contre un ennemi commun, et appelant l’Europe à élargir son soutien à Israël dans son combat contre la République islamique.
Oleksii Reznikov, qui a assuré la défense de l’Ukraine pendant une grande partie de la période éprouvante qui a suivi l’invasion russe de 2022, a déclaré que l’Ukraine avait beaucoup à apporter à Israël pour l’aider à contrer l’Iran, plaidant pour une coopération renforcée en matière de renseignement et de ressources militaires
« Lorsqu’on perçoit une menace, le meilleur scénario est de la neutraliser », a déclaré Reznikov, qui a quitté son poste de ministre de la Défense en septembre 2023 à la suite d’accusations de corruption. Il a nié tout acte répréhensible et n’a jamais été mis en examen.
« L’Ukraine et Israël ont des ennemis communs », a-t-il affirmé, qualifiant la Russie et l’Iran de « véritable axe du mal ».
« Nous faisons face aux mêmes ennemis : l’Iran et la Russie sont dans le même camp, alliés à la Corée du Nord et à d’autres autocraties », a-t-il déclaré.
Reznikov, 59 ans, s’est entretenu avec le Times of Israel à Tel Aviv quelques jours avant le début de l’opération Lion rugissant, puis à nouveau durant la première semaine de la campagne de frappes contre l’Iran.
« L’Iran vous attaque avec les mêmes drones, l’Iran vous attaque avec des armes russes », a-t-il ajouté.
La Russie et l’Iran entretiennent depuis longtemps des relations étroites. En janvier 2025, les deux pays ont signé un accord de partenariat stratégique visant à renforcer leur coopération, notamment dans les domaines militaire et de la défense.
La Russie a déployé des milliers de drones Shahed de conception iranienne contre des villes ukrainiennes et des infrastructures critiques, dont des installations énergétiques. L’Iran, de son côté, recourt à des avions de chasse, des véhicules blindés, des systèmes de défense aérienne et bien d’autres équipements de fabrication russe.
En décembre, l’Iran a signé un accord secret de 500 millions d’euros avec la Russie portant sur l’acquisition de milliers de missiles antiaériens avancés tirés à l’épaule, selon le Financial Times.
Le Washington Post a rapporté vendredi que la Russie prêtait main-forte à l’Iran dans sa guerre contre les États-Unis et Israël en lui communiquant des renseignements sur la localisation des ressources militaires américaines au Moyen-Orient.
Deux responsables proches des services de renseignement américains ont toutefois indiqué à l’Associated Press que Washington n’avait trouvé aucune preuve que la Russie orientait l’Iran dans l’exploitation de ces informations.
« La coopération militaire entre l’Iran et la Russie n’est pas nouvelle », a déclaré dimanche le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à NBC News. « Ce n’est pas un secret. Elle existait par le passé, elle existe aujourd’hui et elle existera demain. »
Alors que cet allié de la Russie est pilonné par les frappes aériennes israéliennes et américaines, certains redoutent que Moscou ne finisse par tirer profit du conflit. L’effondrement de l’approvisionnement énergétique iranien et la flambée des prix du pétrole pourraient faire de la Russie le principal fournisseur de combustibles fossiles de la Chine et d’autres pays.
Par ailleurs, les intercepteurs Patriot dont l’Ukraine a besoin pour repousser les attaques russes sont désormais mobilisés pour défendre les États du Golfe pilonnés par les missiles et drones iraniens.
Kiev s’est également imposée comme un partenaire précieux dans la lutte contre l’Iran, forte de ses années d’expérience face à la Russie, avec notamment des intercepteurs bon marché et efficaces qu’elle a mis au point pour contrer les drones russes de conception iranienne.
La semaine dernière, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a proposé aux alliés américains au Moyen-Orient un accord par lequel ils échangeraient certains de leurs missiles de défense aérienne contre ces intercepteurs, afin de mieux se prémunir contre les attaques de drones iraniens, les États-Unis ayant sollicité son aide face aux drones Shahed.
Il a confirmé dimanche que des experts ukrainiens en drones se rendraient prochainement au Moyen-Orient, où ils « évalueraient la situation et apporteraient leur aide ».
L’Ukraine, estime Reznikov, a également beaucoup à apporter à Israël et est prête à « partager son expérience et à développer conjointement des technologies » pour contrer la menace russo-iranienne.
« Nous avons aujourd’hui une solide expérience dans la lutte contre un État terroriste, et vous êtes experts dans la lutte contre les organisations terroristes », a-t-il souligné.
Malgré des relations quelque peu fraîches entre Jérusalem et Kiev ces dernières années, Reznikov a exprimé son espoir de voir les liens avec Israël se renforcer, fondé notamment sur une coopération stratégique mutuellement bénéfique.
« Nous devons commencer par un échange d’informations – c’est le minimum », a-t-il déclaré. « Vos renseignements, nos renseignements. Vos forces armées et les nôtres, votre état-major et le nôtre, vos services de renseignement et les nôtres. »
Certains éléments de ce dialogue existent déjà, a-t-il précisé, « mais je pense que nous pouvons l’approfondir, le rendre plus ouvert, car il est dans notre intérêt commun d’en savoir davantage ».
Il a souligné que « la Russie est une très bonne élève » et qu’elle saura transmettre les leçons tirées du champ de bataille à l’Iran et aux autres ennemis d’Israël.
« Bonne direction »
Reznikov évoque avec fierté ses racines juives. Sa grand-mère paternelle s’appelait Sarah, il a de la famille à Bat Yam, et lorsqu’il parle de la capitale israélienne, il emploie le nom en hébreu « Yeroushalayim ».
Bien qu’il ne soit plus en fonction et qu’il œuvre désormais principalement dans le milieu universitaire, les propos de Reznikov reflètent dans les grandes lignes la position officielle de l’Ukraine et son attitude à l’égard d’Israël.
En 2022, Reznikov avait déclaré que, compte tenu de son héritage juif, il était « déçu » qu’Israël ne soutienne pas plus fermement l’Ukraine.
« Je ne suis pas en colère contre Israël. Je n’ai pas de ressentiment. Mais j’ai du mal à comprendre [son attitude]. Je trouve cela injuste. C’est honteux », avait-il déclaré à l’époque.
Bien qu’elle ait fourni une aide humanitaire à l’Ukraine, Jérusalem avait adopté une posture relativement mesurée face à l’invasion russe de 2022 en raison de la présence militaire importante de la Russie en Syrie, au nord d’Israël. Elle s’est efforcée de trouver un équilibre entre ses intérêts sécuritaires nationaux et sa politique étrangère tout en maintenant ses relations avec Moscou et Kiev.
Depuis la chute du régime de Bashar el-Assad, allié de la Russie, en Syrie il y a un peu plus d’un an, on a toutefois assisté à un léger réchauffement des relations entre Kiev et Jérusalem.
Malgré sa déception initiale face à la position d’Israël sur la guerre, Reznikov a estimé qu’il y avait désormais « une bonne dynamique dans le développement de nos relations bilatérales ».
En juillet, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar s’est rendu à Kiev, où il a annoncé la mise en place d’un dialogue stratégique sur la menace iranienne. La visite a été marquée par de nombreuses manifestations de cordialité entre Saar et les responsables ukrainiens, dont Zelensky, ainsi que par des discussions sur la coopération militaire.
En décembre, Saar a reçu à Jérusalem le vice-Premier ministre ukrainien Taras Kachka, le plus haut responsable ukrainien à se rendre en Israël depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Kachka dirigeait une délégation chargée de tenir la première réunion de la Commission économique intergouvernementale depuis 2021. Il avait, à l’époque, confié au Times of Israel qu’il était satisfait des relations bilatérales récentes.
« C’est un signe encourageant de la très bonne coopération entre nos gouvernements », avait déclaré Kachka. « Nous souhaitons un soutien accru et sommes prêts, de notre côté, à soutenir davantage Israël. »
Malgré ces signaux positifs, Reznikov déplore la froideur des relations personnelles entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Zelensky. Les deux hommes ne se sont plus parlé depuis janvier 2025.
« Je ne pense pas que leur relation soit sérieuse », a déclaré Reznikov.
La technologie de David contre Goliath
Reznikov a fait remarquer que l’Europe, qui a fermement soutenu l’Ukraine tout au long de la guerre, mais qui s’est largement détournée d’Israël après la guerre à Gaza, devrait défendre ces deux pays en tant que démocraties menacées.
« Ce serait une grave erreur de leur part de dissocier » Israël et l’Ukraine, a déclaré Reznikov, « car nous partageons les mêmes valeurs, en tant que démocraties, accordons la même valeur à la vie humaine et avons les mêmes ennemis ».
« Pour l’Europe, l’enjeu restera le même : la démocratie ou la tyrannie des autocraties », a-t-il souligné.
Quatre ans après le début de la guerre, Reznikov a réaffirmé sa conviction que l’Ukraine pouvait encore vaincre la Russie.
« C’est David contre Goliath », a-t-il dit. « David était jeune, mais courageux et ingénieux. Il a utilisé une technologie de pointe, la pierre et la fronde. Il a frappé et terrassé le monstre. »
Les efforts de paix menés depuis des mois par les États-Unis n’ont pas réussi à mettre fin aux combats. Zelensky affirme avoir accompli des progrès significatifs sur les termes d’un éventuel accord lors de discussions avec les envoyés de Washington.
Moscou n’a, néanmoins, donné aucun signe public indiquant qu’elle serait prête à revenir sur ses exigences, notamment le contrôle de l’ensemble du territoire ukrainien dans la région industrielle clé du Donbass, ainsi que l’imposition de restrictions sévères sur la taille de l’armée ukrainienne d’après-guerre et les armements qu’elle serait autorisée à détenir.
« Ils ne passeront plus à l’offensive », dit Reznikov au sujet de la stratégie russe, alors que la guerre s’enlise dans une impasse meurtrière qui n’est pas sans rappeler le front occidental de la Première Guerre mondiale. « La prochaine étape devrait donc être une percée technologique. »
Le soutien financier et matériel de l’Occident est indispensable à la victoire de l’Ukraine, tout comme le maintien des sanctions contre la Russie, a-t-il ajouté.
« C’est un scénario réalisable. C’est possible. C’est pourquoi nous gagnerons cette guerre », a prédit Reznikov, affirmant haut et clair que pour l’Ukraine, la défaite n’était pas envisageable. « Nous devons survivre comme Israël. »
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