Pourquoi la suite des événements au Venezuela est importante pour Israël
La situation à Caracas pourrait avoir des répercussions à Téhéran, et l'ampleur de l'implication US au Venezuela influera sur l'attention que Donald Trump accordera au Moyen-Orient
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Samedi, environ une minute après avoir commencé son discours sur la capture du dictateur vénézuélien Nicolas Maduro, le président américain Donald Trump a établi un parallèle entre cette opération et les frappes américaines menées contre les installations nucléaires iraniennes à la fin de la guerre de douze jours entre Israël et la République islamique d’Iran, en juin.
En faisant cette comparaison, Trump répondait à une question que se posent les Américains, les Israéliens et d’autres encore, alors que la fumée se dissipait au-dessus de Caracas : quelle partie de l’histoire, si tant est qu’il y en ait une, est en train de se répéter ?
Le Venezuela deviendra-t-il une autre Irak, une longue, sanglante et coûteuse mésaventure américaine dans un pays riche en pétrole, comme le craignent les détracteurs de Trump ? Ou une autre Libye, où les États-Unis ont contribué à renverser un dictateur sans parvenir à rétablir la stabilité ?
Ou bien, comme le suggère la comparaison de Trump avec l’Iran, s’agira-t-il d’une opération militaire brève et ciblée, avec un objectif précis, qui n’entraînera pas les troupes américaines dans un conflit étranger indéfini et sans issue ?
Au milieu des événements actuels, une question majeure reste en suspens : que signifie exactement « diriger » le Venezuela pour Trump ?
Malgré la comparaison avec l’Iran, le président américain a évoqué l’envoi de « troupes au sol », même s’il semble pour l’instant se concentrer sur l’exploitation des vastes réserves pétrolières du Venezuela. Mercredi, Trump a laissé entendre que la surveillance américaine du Venezuela pourrait durer des années.
Son secrétaire d’État, Marco Rubio, a quant à lui suggéré une intervention moins intensive, s’appuyant sur les vestiges de la coopération avec le régime Maduro.
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que « les décisions des autorités vénézuéliennes continueraient d’être dictées par les États-Unis d’Amérique ».
La réponse à cette question importe également pour Israël, et ce pour deux raisons : d’une part, ce qui se passe à Caracas pourrait avoir des répercussions à Téhéran, principal adversaire régional d’Israël ; d’autre part, l’ampleur de l’implication américaine au Venezuela aura probablement une incidence sur l’attention que Trump accordera au Moyen-Orient.
Depuis des décennies, les États-Unis sont en effet profondément impliqués dans notre région, menant des guerres, négociant la paix, concluant des accords diplomatiques et bien plus encore. Prenons l’exemple de tous les présidents américains depuis George H. W. Bush qui ont ordonné des frappes aériennes en Irak.
En tant qu’allié fidèle des États-Unis au Moyen-Orient, Israël occupe une place de choix et bénéficie habituellement d’une attention particulière de la part du président. Si l’action militaire américaine dans la région n’est pas la seule raison pour laquelle Israël est resté une priorité pour les administrations successives, elle fait néanmoins partie de l’équation.
Si, toutefois, les États-Unis envoient des troupes au sud, au Venezuela, le Moyen-Orient perdra de son importance pour Washington – et, probablement, pour le monde entier – car les diplomates, les généraux et les décideurs politiques se concentreront sur le conflit en Amérique du Sud. Le Moyen-Orient sera encore moins au centre de l’attention si Trump concrétise également son désir de s’emparer du Groenland.
Un tel scénario pourrait entraîner une diminution de la surveillance internationale de la politique et des actions d’Israël. Une partie de l’énergie des manifestations de masse dirigées contre Israël depuis deux ans pourrait alors être orientée vers d’autres cibles.
Trump aurait-il pu conclure l’accord de cessez-le-feu à Gaza et de libération des otages s’il avait dû superviser les combats au Venezuela ? Aurait-il ordonné de bombarder le site nucléaire iranien de Fordo si les B-2 américains bombardaient également Ciudad Bolívar ? Que signifierait une guerre au Venezuela pour les efforts américains en faveur de la normalisation des relations entre Israël et l’Arabie saoudite ?
Au-delà de ces questions, il y a les implications de la capture de Maduro pour le gouvernement iranien, qui est actuellement confronté aux plus importantes manifestations que le pays ait connues depuis des années. Comme l’a écrit notre correspondant diplomatique Lazar Berman plus tôt cette semaine, l’opération contre Maduro montre aux dirigeants iraniens que Trump « est prêt à mettre ses menaces à exécution ».
Alors que le nombre de morts lors des manifestations en Iran augmente, Trump a menacé de « venir à la rescousse » des manifestants en difficulté. Il a également promis de prendre des mesures si la République islamique tentait de restaurer ses capacités nucléaires, mais également balistiques. L’ayatollah Ali Khamenei, qui était un proche allié de Maduro, est certainement à l’écoute, alors qu’il cherche à consolider son propre régime.
Selon une analyse de l’agence de presse AP, les discussions entre les manifestants en Iran portent sur la question de savoir si Khamenei connaîtra le même sort que Maduro. Le guide suprême se serait caché.
Mercredi, le chef de l’armée régulière iranienne a lui aussi proféré des menaces.
« Nous considérons l’escalade des propos hostiles à l’encontre de la nation iranienne comme une menace et nous ne tolérerons pas qu’elle se poursuive sans réagir », a déclaré le général de brigade Amir Hatami.
À l’heure actuelle, c’est la vice-présidente de Maduro, Delcy Rodriguez, qui est à la tête du Venezuela. Toutefois, si un nouveau gouvernement soutenu par les États-Unis venait à prendre sa place, les liens étroits entre Caracas et Téhéran s’affaibliraient certainement.
Les États-Unis exercent déjà des pressions sur Rodriguez pour qu’elle expulse le personnel iranien, entre autres. Ce serait également un mauvais signe pour le groupe terroriste chiite libanais Hezbollah, présent au Venezuela.
La question « Que va-t-il se passer ensuite au Venezuela ? » occupera probablement l’actualité pendant un certain temps.
Quelle que soit la réponse, ses répercussions se feront sentir non seulement à Caracas et à Washington, mais aussi à Jérusalem et à Téhéran.
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