Le raid de Trump au Venezuela envoie un message à l’Iran et au Hamas. L’entendront-ils ?
Si le raid mené au Venezuela montre au Moyen-Orient que Trump peut mettre ses menaces à exécution, il peut aussi convaincre Khamenei que les US veulent un changement de régime, ce qui durcira la position de Téhéran

La semaine dernière, à Mar-a-Lago, la résidence du président américain Donald Trump à Palm Beach, le Premier ministre Benjamin Netanyahu pensait probablement être au centre des préoccupations de son hôte, ou du moins que les questions dont il était venu discuter, à savoir Gaza, l’Iran, le Liban et une grâce présidentielle, l’étaient.
De l’avis général, les deux dirigeants ont profité d’une rencontre amicale et productive avant de passer le réveillon du Nouvel An ensemble, au bal en tenue de soirée organisé dans le complexe du président américain.
L’attention de la Maison Blanche, toutefois, était en réalité très éloignée du Moyen-Orient. Le président et son administration étaient occupés à planifier un audacieux raid des forces spéciales visant à enlever le président vénézuélien Nicolas Maduro de l’une de ses résidences, puis à le placer en détention afin qu’il réponde à des accusations de trafic de stupéfiants et de terrorisme aux États-Unis.
Cette opération spectaculaire menée samedi aux premières heures de la matinée marque le dernier recours en date à la force militaire par le président américain, qui a franchi des lignes rouges et contraint les observateurs à se démener pour trouver une nouvelle description de sa doctrine en matière de politique étrangère.
Ainsi qu’en témoignent l’assassinat, en janvier 2020, de Qassem Soleimani, qui dirigeait la Force al-Qods du corps iranien des gardiens de la révolution islamique, et les frappes américaines qui ont visé des sites nucléaires à la fin de la guerre de 12 jours menée par Israël contre l’Iran en juin, Trump n’est pas un isolationniste. Il est prêt à utiliser la puissance militaire américaine contre ses adversaires, de manière agressive mais ciblée, mais surtout après des avertissements répétés.
Si elle a été menée loin de la région du monde qui préoccupait le plus Netanyahu, la frappe de Trump sur Caracas a néanmoins provoqué une vague de répercussions bien au-delà de l’Amérique latine.
Le Premier ministre israélien s’est rendu en Floride alors que la situation à Gaza et au Liban est loin d’être réglée. Les groupes terroristes du Hamas et du Hezbollah refusent de déposer les armes et montrent des signes de reconstruction, dans un contexte de craintes que l’Iran ne se prépare également à un nouveau conflit.
L’issue, sur ces trois fronts, dépend en grande partie de Trump, des garanties qu’il pourra fournir à Israël, ainsi que des menaces qu’il pourra proférer contre ses adversaires et ceux de Netanyahu. Jérusalem a donc tout intérêt à ce que le raid au Venezuela soit une réussite, et à ce qu’il ait un impact sur la force des deux parties.
En règle générale, un président américain prêt à appuyer ses menaces par un recours judicieux à la force militaire est une bonne chose pour les alliés des États-Unis dans la région, et notamment pour Israël. Lorsque Washington est perçu comme désintéressé par le Moyen-Orient, ou si le pays est dirigé par un président qui préfère une diplomatie interminable plutôt que le recours à la force, les ennemis de l’Amérique s’enhardissent.
Netanyahu, lorsqu’il a félicité Trump pour son « leadership audacieux et historique au nom de la liberté et de la justice », a clairement exprimé son sentiment.
Pour sa part, l’Iran, qui a étendu son influence au Moyen-Orient tandis que les États-Unis se désengageaient de la région à l’issue des longues occupations de l’Irak et de l’Afghanistan, a des raisons d’être nerveux après le raid.
La semaine dernière, en Floride, Trump, aux côtés de Netanyahu, a déclaré sans équivoque qu’il apporterait son soutien à une éventuelle frappe israélienne contre l’Iran si celui-ci reprenait ses programmes nucléaires et balistiques.
« Si [l’Iran] continue avec les missiles — oui. [Et s’il continue avec] la [production de] capacités nucléaires — rapidement. Dans un cas, nous le ferons, absolument. Dans l’autre, nous le ferons immédiatement », a affirmé Trump, indiquant que les États-Unis pourraient à nouveau se joindre à Israël pour attaquer l’Iran.
Quelques jours plus tard, alors que des manifestations de plus en plus importantes contre la politique économique du pays secouaient certaines régions de la république islamique, Trump a proféré une nouvelle menace, avertissant l’Iran que s’il « tuait violemment des manifestants pacifiques », alors les États-Unis « viendraient à leur secours ».
« Nous sommes prêts à agir », a ainsi écrit Trump.
De cette opération menée au Venezuela, la république islamique devrait raisonnablement déduire que Trump est prêt à mettre ses menaces à exécution, et surtout qu’il a les moyens de le faire.
Si la perspective d’une nouvelle opération de bombardement américain, voire d’un assassinat ou d’une extraction est encore floue, elle apparaît certainement comme plus concrète à l’Iran, après le raid de samedi à Caracas.
L’Iran, allié de longue date du Venezuela, utilise Caracas pour contourner les sanctions et vendre du pétrole contre de l’or afin de financer ses proxies armés. Le Hezbollah, un proxy iranien, bénéficie également de solides réseaux de soutien au Venezuela, levant des fonds grâce à ses relations avec les narcotrafiquants.
Ainsi, la chute du régime de Maduro, si Trump poursuit cet objectif, priverait l’axe iranien de sa base aux Amériques – sans compter celles qu’il a perdues au Liban et en Syrie.
« Une évolution de ce type renforcerait l’impression d’une érosion progressive de la portée mondiale de l’axe Iran-Hezbollah », a indiqué Daniel Wajner, professeur de relations internationales et chercheur à l’Université hébraïque. « Elle soulignerait la faille entre leur projection — symbolique — de puissance et leurs capacités véritables, affaiblissant leur position internationale et exposant les vulnérabilités structurelles de leurs alliances extérieures. »
Mais tout cela ne signifie pas que l’Iran puisse être sur le point de demander la paix aux États-Unis.
Les dirigeants iraniens sont en effet susceptibles de considérer l’arrestation de Maduro comme une preuve supplémentaire que Trump cherche réellement un changement de régime, et n’est pas seulement intéressé par l’arrêt des programmes nucléaire et balistique, a fait remarquer Raz Zimmt, à la tête du programme de recherche sur l’Iran et l’axe chiite à l’Institut d’études de sécurité nationale de Tel Aviv.
« Par conséquent, rien ne les incite vraiment à négocier avec l’administration Trump », a-t-il ajouté.
« Je ne constate aucune volonté croissante de s’engager dans des négociations, et certainement pas de la part du [guide suprême Ali] Khamenei », a poursuivi Zimmt. « Et en tout état de cause, les conditions actuelles – une absence totale de confiance et des exigences américaines perçues par l’Iran comme une capitulation totale – ne permettent pas de parvenir à un accord. »
L’opération au Venezuela pourrait, tout au plus, tempérer la détermination de l’Iran à reprendre l’enrichissement de l’uranium ou à se lancer dans la fabrication d’une arme nucléaire, du moins tant que Trump sera au pouvoir.
À plus long terme, toutefois, l’Iran pourrait se servir de ce raid comme d’une preuve supplémentaire que, s’il veut survivre, il doit considérablement renforcer sa dissuasion contre les États-Unis, même si elle doit prendre la forme d’une poussée discrète vers l’arme nucléaire.
L’Iran, avant de tirer ses conclusions définitives de l’opération de samedi, observera donc l’évolution de la situation.
« Le problème avec l’Iran n’est pas tant ce que le président a fait, mais plutôt ce qu’il fera [ensuite] », a fait valoir Danielle Pletka, chercheuse senior à l’American Enterprise Institute, un groupe de réflexion conservateur basé à Washington. « S’il autorise le vice-président [du Venezuela] à rester au pouvoir, Téhéran poussera un soupir de soulagement. »
Et cela semble être la direction prise par Trump. « Les développements actuels semblent davantage s’orienter vers une diplomatie coercitive visant à remodeler le comportement du pouvoir plutôt que vers un changement complet de régime », a indiqué Wajner. « La déclaration de Trump selon laquelle ‘nous allons diriger le pays’ suggère plus une tentative de cooptation qu’une rupture révolutionnaire. »
Même si Trump décidait de décapiter le pouvoir iranien, sans mesures de suivi, le régime des ayatollahs et ses soutiens du CGRI resteraient à la tête du pays, et pourraient même renforcer leur emprise.
Les précédentes opérations militaires menées par Trump contre l’Iran ont été brèves et ciblées, à l’image de son aversion pour les conflits prolongés à l’étranger.
Une tendance qui s’est également observée au Yémen, où l’administration a mis fin, après quelques semaines, à une campagne de bombardements soutenue mais largement inefficace contre les rebelles houthis soutenus par l’Iran, préférant conclure un accord protégeant les intérêts américains en mer Rouge mais laissant Israël se débrouiller seul contre le groupe.
Rubio n’est pas Witkoff
À Gaza, cependant, l’opération qui a visé Maduro « pourrait amener le Hamas à prendre Trump plus au sérieux », a noté Pletka.
À Mar-a-Lago, la semaine dernière, Trump a menacé le Hamas, en raison du refus du groupe de rendre ses armes dans le cadre du plan en 20 points qui a mis fin aux combats en octobre.
Le groupe terroriste, a-t-il alors martelé, « disposera d’un délai très court pour se désarmer », faute de quoi « il en paiera le prix fort ».
Cela ne signifie pas pour autant que le Hamas cédera aux exigences de Trump.
« Ils n’ont pas l’intention de véritablement rendre leurs armes », a déclaré Meir Ben-Shabbat, ancien conseiller à la sécurité nationale de Netanyahu, désormais directeur du Misgav Institute for National Security & Zionist Strategy. « Ils joueront un rôle, dans lequel ils feront preuve d’une bonne volonté apparente — en proposant une hudna (trêve), ou des idées comme l’intégration de leurs armes dans les futures forces de police palestiniennes —, en tenant des propos aimables et peut-être même en prenant quelques mesures symboliques. Mais, dans la pratique, ils ne renonceront ni à leurs armes ni à leur renforcement militaire. »
L’approche de Trump à l’égard de Gaza diffère par ailleurs de sa position sur le Venezuela. C’est le secrétaire d’État américain Marco Rubio qui a dirigé la politique américaine à l’égard de Caracas, préconisant une posture agressive, avec un recours croissant à la force militaire des États-Unis.
Mais Trump a choisi l’envoyé spécial Steve Witkoff pour gérer la question de Gaza.
Witkoff, novice en matière de diplomatie, s’est montré convaincu que les problèmes peuvent être résolus par des discussions en face à face, même avec des chefs terroristes endurcis.
Ainsi, en octobre, Witkoff a fait état d’un moment de connexion avec le chef du Hamas Khalil al-Hayya, lié à leur expérience commune de la perte d’un fils.
« Nous lui avons présenté nos condoléances pour la perte de son fils », a expliqué Witkoff. « Il en a parlé. Je lui ai alors dit que j’avais aussi perdu un fils, et que nous appartenions tous à un club réellement terrible, celui des parents qui ont enterré leurs enfants. »
« Lorsque Steve et lui ont évoqué leurs fils », a raconté Jared Kushner, conseiller principal de Trump pour le Moyen-Orient, à CBS News, « l’entretien s’est transformé. D’une négociation avec un groupe terroriste, il est passé à la rencontre de deux êtres humains; qui se montraient mutuellement leur vulnérabilité. »
Le fils de Witkoff, Andrew, a perdu la vie à l’âge de 22 ans à la suite d’une overdose d’opioïdes. Le fils d’Al-Hayya, Himam al-Hayya, a été tué lors d’une frappe aérienne israélienne sur le quartier général du Hamas à Doha, qui a provoqué la colère de Trump.
Il est impossible d’imaginer Rubio avoir une conversation à cœur ouvert avec des dirigeants ennemis.
« Ce sont deux personnes très différentes, avec des idées très différentes », a souligné Pletka au sujet de Rubio et Witkoff.
Les interventionnistes ont le vent en poupe
Le raid contre Maduro pourrait également être le signe de la montée en puissance de l’aile interventionniste de l’administration, une tendance dirigée par Rubio, par opposition à l’aile isolationniste, dirigée par le vice-président JD Vance.
Rubio est un fervent ami d’Israël. Vance, ami proche du conservateur et critique d’Israël Tucker Carlson, semble pour sa part beaucoup moins investi dans les relations entre les États-Unis et l’État juif.
Le fait que Rubio soit aux commandes sur le Venezuela constitue encore un autre avantage pour Israël. Rubio est, et est considéré comme l’un des principaux candidats à la succession de Trump en 2028.
Alors que Vance, ces dernières semaines, a été écarté des projecteurs, étant notamment absent à Mar-a-Lago durant la visite de Netanyahu, Rubio a pris le devant de la scène. Avec son action spectaculaire de samedi, il a montré à Trump que c’est sa manière d’agir — et non l’isolationnisme instinctif de Vance — qui permet de renforcer la crédibilité du président, ainsi que de conduire à des victoires pour la politique américaine.
Les isolationnistes pourraient donc bien être sur le déclin, tant à la Maison Blanche que dans la rue.
Selon un sondage réalisé fin octobre et début novembre par le Ronald Reagan Institute, 87 % des républicains se déclarant partisans MAGA ont déclaré soutenir les frappes de Trump contre l’Iran, et 73 % ont indiqué qu’ils soutiendraient le recours à la force militaire américaine pour empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires.
90 % ont en outre dit être favorables à des frappes américaines contre les trafiquants de drogue dans les Caraïbes, notamment ceux originaires du Venezuela.
Et Trump, s’il est convaincu que des frappes puissantes et ciblées sont un outil moral et nécessaire pour contraindre les adversaires des États-Unis à se plier aux exigences américaines, est plus à même de comprendre Israël lorsqu’il fait de même à Gaza, au Liban et en Iran.
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