Première réunion du Conseil de Paix ; Washington optimiste au sujet du désarmement du Hamas
Selon un responsable US, l'administration Trump est encouragée par les rapports des médiateurs en contact avec le Hamas ; le président américain signera des résolutions sur Gaza
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Washington — Le Conseil de Paix du président américain Donald Trump tiendra jeudi à Washington sa réunion inaugurale, au cours de laquelle il s’efforcera de faire avancer la reconstruction de Gaza, malgré les incertitudes quant à la volonté du groupe terroriste palestinien du Hamas de désarmer et à la possibilité pour Israël de se retirer davantage de la bande de Gaza afin que le projet de reconstruction puisse aller de l’avant.
Cette réunion intervient près de quatre mois après que l’administration Trump a négocié un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, qui a permis la libération de tous les otages israéliens restants.
Depuis lors, cependant, les deux parties se sont mutuellement accusées de violations quasi quotidiennes de la trêve, et selon le ministère de la Santé de Gaza contrôlé par le Hamas, des centaines de Gazaouis auraient été tués.
Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes.
Néanmoins, un haut responsable américain a rejeté l’idée selon laquelle les progrès à Gaza auraient stagné.
« Nous ne nous faisons aucune illusion sur les défis liés à la démilitarisation, mais nous sommes encouragés par les rapports des médiateurs », a déclaré ce haut responsable américain mercredi.
Alors que les États-Unis qualifient cette réunion de « réunion inaugurale », les membres du Conseil de Paix se sont réunis le mois dernier en Suisse pour une cérémonie de signature en marge du Forum économique mondial.
Qui sera présent ?
Les États-Unis ont invité les chefs d’État à se joindre à Trump lors de la conférence de Washington, mais beaucoup ont préféré s’abstenir ; le roi Hamad al Khalifa de Bahreïn est le seul chef d’État du Moyen-Orient à avoir fait le déplacement.
Près de cinquante pays seront tout de même représentés, Israël, la Jordanie, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie, le Qatar et d’autres pays. Ces pays enverront leurs ministres des Affaires étrangères ou d’autres membres éminents de leur gouvernement.
Des dirigeants accusés d’autoritarisme ou acquis à l’idéologie nationaliste de Trump, mais aussi des pays concernés par l’avenir de Gaza ou désireux de s’attirer les bonnes grâces du président américain.
Le chef de la diplomatie, Gideon Saar, représentera Israël.
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, et le président argentin, Javier Milei, feront également le déplacement.
De nombreux pays arabes ont rejoint l’instance. L’Égypte sera représentée par le Premier ministre Mostafa Madbouly et la Jordanie par le ministre des Affaires étrangères, Ayman Safadi.
Le président indonésien, Prabowo Subianto, qui a annoncé le déploiement de 8 000 militaires pour la Force internationale de stabilisation (ISF), est également attendu, tout comme plusieurs dirigeants d’Asie centrale ayant rejoint l’initiative.
L’Autorité palestinienne (AP) basée à Ramallah n’a pas été invitée, mais le commissaire en chef du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), Ali Shaath, sera présent, ont déclaré deux diplomates arabes au Times of Israel. Un haut responsable américain a par ailleurs indiqué que des informations actualisées concernant le NCAG seraient également fournies lors de la réunion de jeudi.
Le comité technocratique palestinien de Shaath est chargé de remplacer le Hamas à Gaza, mais le NCAG n’est pas encore entré dans la bande de Gaza. Le haut représentant du Conseil de Paix pour Gaza, Nickolay Mladenov, a en effet déclaré la semaine dernière qu’il ne pouvait le faire tant que les violations du cessez-le-feu se poursuivaient.
Par ailleurs, quelques pays européens qui s’étaient abstenus de rejoindre le Conseil de Paix en raison de complications juridiques ou de craintes que cet organe ne sape l’autorité des Nations unies, participeront à la session de jeudi en tant qu’observateurs, a déclaré le haut responsable américain.
Qui garde ses distances ?
Les grands alliés traditionnels et les grands rivaux des États-Unis se sont pour la plupart abstenus de rejoindre le Conseil de Paix en tant que membres fondateurs.
L’Europe est sans surprise divisée sur l’attitude à adopter concernant la réunion de jeudi.
Certains pays non membres, comme l’Italie ou l’Allemagne, participeront en tant qu’observateurs. L’Union européenne a choisi la même approche et sera représentée par la commissaire Dubravka Šuica.
La France, soutenue par l’Espagne, la Belgique ou l’Irlande, a critiqué cette décision de Bruxelles.
Trump a retiré l’invitation faite au Canada, en raison d’un différend avec le Premier ministre Mark Carney.
Le Vatican a refusé de participer.
La Chine, qui a été invitée, n’a fait part d’aucune intention de participer et a exprimé à plusieurs reprises son attachement à un système centré sur l’ONU.
Le Japon n’a pas encore fait connaître sa décision quant à une participation en bonne et due forme au Conseil de Paix. Il devrait envoyer son émissaire en charge de Gaza jeudi, selon la presse.
Crédibilité
« Bien malin qui peut dire ce qu’est le Conseil de Paix », lance à l’AFP Bruce Jones, expert à la Brookings Institution, évoquant « un mélange confus d’ambition et de narcissisme, qui ne repose sur aucun effort de cohérence intellectuelle ».
Trump en est le président quasiment tout-puissant. Il est le seul habilité à « inviter » d’autres chefs d’État et de gouvernement, et peut facilement révoquer leur participation.
« Si cette réunion [jeudi] ne produit pas rapidement et concrètement des résultats, notamment sur le plan humanitaire, sa crédibilité s’effondrera rapidement », prédit Max Rodenbeck, expert de l’International Crisis Group, dans un communiqué.
Après plus de quatre mois de cessez-le-feu, les tirs et les frappes sont quotidiens dans la bande de Gaza, où Israël et le Hamas s’accusent mutuellement de violer la trêve.
Jeremy Issacharoff, expert à l’université Reichman, souligne auprès de l’AFP qu’il faudra « beaucoup plus que 5 milliards de dollars » pour reconstruire le territoire en ruines.
Qui paie ?
Dimanche, Trump a déclaré que plus de 5 milliards de dollars d’engagements pour l’aide humanitaire et la reconstruction seraient annoncés lors de la réunion de jeudi.
Le Times of Israel a révélé la semaine dernière que les principaux bailleurs de fonds seraient le Qatar, les Émirats arabes unis, le Koweït et les États-Unis, chacun contribuant à hauteur de plus d’un million de dollars.
On ignore si d’autres pays accepteront de contribuer, car ils craignent que tout ce qui sera reconstruit ne soit détruit lors du prochain cycle de violence, tant que le groupe terroriste palestinien du Hamas restera au pouvoir.
Un concurrent de l’ONU ?
Au-delà de Gaza, le Conseil de Paix a pour mission de « garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits ».
De quoi, sur le papier, faire concurrence aux Nations unies, que le président américain juge inefficaces.
Les membres permanents du Conseil de Paix doivent verser un milliard de dollars pour y adhérer, ce qui suscite des critiques sur une possible version « payante » du Conseil de sécurité.
Le président brésilien Lula l’a décrit comme « une nouvelle ONU dont [Trump] serait le seul maître ».
Qui déploie des troupes ?
Dimanche, Trump a également déclaré que les pays ayant accepté de fournir des milliers de soldats à l’ISF seraient également annoncés lors de la réunion de jeudi.
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, fera partie de la délégation d’observateurs, après que l’Italie a exprimé sa volonté de contribuer à l’ISF aux côtés de l’Indonésie.
Cependant, Jakarta et d’autres pays envisageant de participer à l’ISF ont souligné qu’ils ne souhaitaient que leurs troupes participent à des missions de maintien de la paix plus modestes, comme la sécurisation des frontières ou l’aide humanitaire, plutôt qu’à des opérations de maintien de l’ordre qui pourraient nécessiter de combattre le Hamas et d’autres groupes terroristes afin de leur retirer leurs armes.
Un mandat plus limité de l’ISF obligerait le Hamas à renoncer volontairement à ses armes, sous peine de voir la guerre reprendre, comme le menace Israël.
L’Égypte, le Qatar et la Turquie mènent depuis des mois des pourparlers avec le groupe terroriste concernant son désarmement à Gaza.
Les États-Unis travaillent toujours sur une proposition officielle de désarmement à présenter au Hamas, mais deux sources proches du dossier ont déclaré au Times of Israel la semaine dernière que le principe fondamental du plan serait de priver le Hamas des armes pouvant être utilisées pour menacer Israël.
Le plan prévoit également un processus graduel, commençant par les armes lourdes et la destruction des sites de fabrication d’armes, et incitant à la remise des armes légères en offrant des fonds, des emplois et l’amnistie à ceux qui coopèrent, ont déclaré ces sources.
La proposition se concentrera sur une partie de la bande de Gaza à la fois, plutôt que sur l’ensemble de celle-ci. Il faudra donc des mois pour la mettre en œuvre, ont ajouté les sources.
Même si cela ne permettra peut-être pas de récupérer toutes les armes des groupes terroristes de la bande de Gaza, les États-Unis estiment que la pression exercée par les pays médiateurs du Moyen-Orient suffira à empêcher le Hamas de perturber le processus, ont déclaré des sources proches du dossier.
Qui prendra la parole ?
La réunion de jeudi commencera par un petit-déjeuner à 9 heures.
Le président Trump arrivera à 10 heures pour prononcer un discours d’ouverture et signer un certain nombre de résolutions concernant Gaza.
Les chefs de chaque délégation présente ont été invités à prononcer un bref discours, au cours duquel ils sont encouragés à annoncer leurs contributions à l’effort de reconstruction de Gaza.
Des discours seront également prononcés par le secrétaire d’État américain Marco Rubio, les principaux conseillers de Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff, l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, et le haut représentant du Conseil de Paix pour Gaza, Nickolay Mladenov, a déclaré le responsable américain.
Rubio est membre du conseil d’administration du Conseil de Paix, tandis que Kushner, Witkoff, Blair et Mladenov sont membres du Comité exécutif de Gaza. Ces deux instances devraient jouer un rôle dans la supervision de la gestion de Gaza après la guerre.
Selon le programme envoyé aux participants, Trump participera à une photo de groupe avant de partir à 11 heures, tandis que l’événement se poursuivra pendant une heure supplémentaire.
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