Rechercher

Sde Teiman : Le procureur général de Tsahal annule les charges contre les soldats accusés de mauvais traitements sur des détenus palestiniens

Dans une décision choquante sur l'affaire Sde Teiman, le nouveau avocat général militaire affirme que la « complexité » des preuves, la libération de la victime présumée à Gaza et le scandale de fuite ont compromis le droit des prévenus à un procès équitable

Des soldats réservistes inculpés pour avoir maltraité un détenu palestinien au centre de détention militaire de Sde Teiman s'adressent aux médias devant la Cour suprême à Jérusalem, le 2 novembre 2025 (Crédit : Jeremy Sharon/ Times of Israel)
Des soldats réservistes inculpés pour avoir maltraité un détenu palestinien au centre de détention militaire de Sde Teiman s'adressent aux médias devant la Cour suprême à Jérusalem, le 2 novembre 2025 (Crédit : Jeremy Sharon/ Times of Israel)

Dans une décision fracassante, le procureur général de l’armée, le général de division Itaï Ofir, a ordonné jeudi l’annulation de l’acte d’accusation visant cinq soldats de Tsahal qui étaient accusés d’avoir gravement maltraité un détenu palestinien au centre de détention de Sde Teiman en 2024.

Selon l’acte d’accusation déposé l’an dernier, les cinq soldats auraient sévèrement battu et agressé le prisonnier à son arrivée au centre de détention, lui causant de graves blessures, notamment des côtes cassées et une déchirure interne du rectum.

L’affaire avait fait la une des journaux dans le monde entier.

L’armée a déclaré que cette décision faisait suite à des « développements importants » dans l’affaire depuis le dépôt de l’acte d’accusation, ainsi qu’à un examen de toutes les considérations, preuves et circonstances pertinentes.

Parmi les raisons invoquées par l’armée pour annuler les accusations figurent « la complexité des preuves existantes » ; la libération du détenu et son retour à Gaza lors du cessez-le-feu d’octobre 2025 sans qu’il ne témoigne sur l’affaire ; « la conduite des hauts responsables du Corps du procureur général de l’armée (MAG) et du système d’application de la loi de Tsahal dans cette affaire, ainsi que ses circonstances exceptionnelles et sans précédent » – une référence manifeste à l’ancienne générale de l’armée israélienne, la générale de division Yifat Tomer-Yerushalmi, qui a divulgué une vidéo de surveillance à la chaîne N12 alors que les actes d’accusation étaient en cours de préparation ; et les « difficultés procédurales » liées au transfert des pièces du dossier d’enquête policière, « d’une manière qui porte atteinte au droit des accusés à un procès équitable ».

Le cabinet du Premier ministre et plusieurs ministres se sont réjouis de l’annulation des actes d’accusation, le cabinet du Premier ministre qualifiant les accusations portées contre les inculpés de « calomnies » qui ont fait du tort à Israël sur le plan international.

Cette vidéo divulguée diffusée par la chaîne N12 news le 6 août 2024 prétend montrer des soldats en train de maltraiter un détenu palestinien au centre de détention de Sde Teiman, dans le sud d’Israël, le 5 juillet 2024. (Capture d’écran :N 12)

Dans un résumé de la décision de six pages diffusé jeudi, l’armée israélienne reconnait que le témoignage initial du détenu aux enquêteurs, les informations médicales relatives à ses blessures et les images des caméras de sécurité « dressaient un tableau grave et troublant » des actions de ceux qui étaient alors inculpés. Elle a toutefois précisé que les images des caméras de sécurité n’étaient pas concluantes, les boucliers anti-émeute des soldats cachant la scène, et que le détenu avait donné des versions des faits différentes selon ses interlocuteurs.

Le fait que le détenu ait été relâché et remis à Gaza, en octobre 2025, fait qu’il est désormais plus difficile de prouver les charges de l’acte d’accusation, lit-on dans le document de synthèse de l’armée, lequel précise par ailleurs que dans la mesure où il est peu probable que le détenu témoigne et soit contre-interrogé par les avocats de la défense, le droit des prévenus à un procès équitable était compromise.

« Prises ensemble, ces circonstances exceptionnelles et leur impact sur le droit fondamental, essentiel à un procès équitable, exigent, de l’avis du procureur général militaire, l’annulation des actes d’accusation », a indiqué Tsahal.

Selon Tsahal, Ofir aurait informé de cette décision le chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir. Ce dernier « appuie et apprécie le procureur général de l’armée, et lui a exprimé sa gratitude pour le travail accompli depuis sa prise de fonctions ».

« Compte tenu des graves défaillances professionnelles qui ont été révélées », Zamir a « donné l’ordre de tirer les enseignements de cette affaire et de prendre les mesures nécessaires pour éviter que de tels événements ne se reproduisent ».

Depuis sa révélation en juillet 2024, le scandale Sde Teiman a, à plusieurs reprises, ébranlé le pays.

Illustration : Une photo non-datée, datant de l’hiver 2023 et fournie par l’organisation Breaking the Silence, un groupe réunissant d’anciens soldats devenus lanceurs d’alerte, montre des Palestiniens, les yeux bandés, arrêtés dans la bande de Gaza et incarcérés au centre de détention de la base militaire de Sde Teiman, dans le sud d’Israël. (Crédit : Breaking The Silence via AP)

Le 29 juillet 2024, des députés de la coalition et un ministre sont entrés par effraction dans la base militaire de Sde Teiman lorsque les suspects ont été appréhendés, semble-t-il pour empêcher leur interpellation, avant que des militants de droite entrent eux aussi par effraction dans une autre base militaire, à l’endroit où les suspects étaient détenus, et se confrontent aux soldats de l’armée israélienne. Aucune des personnes entrées par effraction dans l’une ou l’autre de ces bases militaires n’a été poursuivie.

Les ex-inculpés avaient été interpelés suite à de nombreux reportages sur la foi de témoignages de membres des autorités israéliennes et de détenus palestiniens concernant des cas graves de mauvais traitements et même de torture à Sde Teiman. Un récent rapport du Service du défenseur public israélien a corroboré ces allégations.

Les images supposées montrer les mauvais traitements avaient ensuite fuité et été diffusées par la chaîne N12, ce qui n’avais pas manqué de susciter un véritable tollé au sujet des mauvais traitements et de la fuite elle-même, ce qui selon certains avait orienté la réception des faits.

L’avocate militaire générale, la générale de division Yifat Tomer-Yerushalmi, assistant à une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, à la Knesset, le 11 août 2024. (Crédit : Noam Moskowitz, Bureau du porte-parole de la Knesset)

Le scandale a encore pris de l’ampleur lorsque, fin octobre 2025, celle qui était alors procureure générale militaire, Yifat Tomer-Yerushalmi, est devenue la principale suspecte de la fuite sur laquelle elle était supposée enquêter. Tomer-Yerushalmi a démissionné de l’armée à la suite de cette fuite et d’autres hauts responsables ont été suspendus. L’ex-procureure générale militaire fait désormais l’objet d’une procédure pénale.

Le 2 novembre dernier, elle avait disparu pendant plusieurs heures, ce qui avait fait craindre un suicide, avant d’être retrouvée en vie sur une plage grâce à d’importantes opérations de recherche. A l’époque, son téléphone — considéré comme un élément de preuve – avait disparu, ce qui a donné lieu, quelques jours plus tard, à d’importantes recherches sur la plage et en bord de mer de la part des services de police et de bénévoles. L’appareil avait finalement été retrouvé par un baigneur.

Le procureur général militaire, le général de division Itaï Ofir (au centre), le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir (à gauche), et le ministre de la Défense, Israel Katz (à droite), lors d’une cérémonie marquant l’entrée en fonction d’Ofir, aux quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv, le 27 novembre 2025. (Crédit : Armée israélienne)

Tsahal a précisé que Zamir avait donné l’ordre que les « procédures disciplinaires » soient menées à bien dans les plus brefs délais.

Ofir a pris ses fonctions en novembre derniers. L’une des ses premières décisions, non exempte de controverses, a consisté à clore la plainte au pénal contre un officier supérieur réserviste tenu responsable de la mort d’un soldat et d’un civil, chercheur de son état, dans le sud-Liban, en novembre 2024.

L’armée a fait savoir que l’« une des premières missions des Services du Procureur Général Militaire était de faire respecter la loi et de poursuivre ceux qui l¡enfreignent. »

« Les Services du Procureur Général Militaire continueront de mener à bien leur mission avec professionnalisme et indépendance », a déclaré Tsahal par voie de communiqué.

« La calomnie connue sous le nom ‘d’affaire Sde Teiman’ contre les combattants de la Force 100, qui a terni la réputation d’Israël dans le monde entier, est désormais close », a déclaré le cabinet du Premier ministre par voie de communiqué, peu après l’annonce de l’annulation des charges par le procureur général de l’armée.

Le ministre de la Défense, Israel Katz, qui a nommé Ofir au poste de procureur général militaire, a lui aussi salué cette décision en affirmant « Justice est rendue ».

« Ce procès était né d’une malversation, sous l’impulsion de l’ancienne procureure général de l’armée qui avait calomnié des soldats de Tsahal au moyen de méthodes d’enquête criminelles. Je suis heureux que justice ait été rendue et que les charges aient été annulées », a-t-il ajouté.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, a lui aussi salué cette décision en laquelle il voit « une mise en accusation du système judiciaire, de l’ancienne procureure générale de l’armée et de l’actuelle procureure générale, Gali Baharav-Miara », auxquelles il reproche d’avoir falsifié des preuves pour faire inculper les soldats.

« Ceux qui doivent répondre de cette affaire gravissime sont les fonctionnaires du système judiciaire qui ont pris part à cette mascarade criminelle et porté atteinte à la réputation des soldats de Tsahal », a ajouté le ministre, à l’origine du durcissement des conditions de détention des prisonniers palestiniens de sécurité.

Le ministre des Affaires de la Diaspora, Amichaï Chikli, a pour sa part qualifié les accusations de « calomnies » et regretté qu’elles aient causé « des dommages sans précédent » à l’image d’Israël à l’étranger.

« Cette affaire révèle une fois de plus le niveau de décadence et de corruption qui règne au sein du système judiciaire israélien, du temps de l’ex-procureure générale militaire évincé et de la procureure générale évincée », a déclaré Chikli.

En revanche, le Comité public contre la torture en Israël reproche à Ofir d’avoir blanchi les mauvais traitements alors même que, de son point de vue, l’hospitalisation du détenu suite à l’agression présumée prouve la gravité des mauvais traitements.

« L’état dans lequel le détenu est arrivé à l’hôpital suite à son agression dans le centre de détention ne laisse aucun doute quant-à la nature et la gravité des actes commis. Les images des caméras de sécurité sur place montrent clairement que ces actes lui ont été infligés par les gardiens, qui l’ont longuement maltraité avec une extrême cruauté », a déclaré le Comité public contre la torture en Israël.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.