Chronologie d’un scandale : L’affaire des violences et de la fuite d’images de Sde Teiman
De l'agression d'un détenu palestinien, le 5 juillet 2024, à la mise en détention provisoire de l'ancienne avocate générale militaire Tomer-Yerushalmi, le 3 novembre 2025
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Le scandale qui entoure la révélation au grand public d’images provenant des caméras de sécurité du centre de détention militaire de Sde Teiman par l’ancienne procureure-générale de Tsahal, Yifat Tomer-Yerushalmi, secoue le pays depuis plusieurs jours.
Tomer-Yerushalmi a admis, la semaine dernière, avoir été à l’origine de la fuite de la vidéo – une séquence qui montrait, semble-t-il, les violentes agressions et les mauvais traitements infligés à un prisonnier palestinien par des réservistes de l’armée israélienne à Sde Teiman, en 2024. Elle a expliqué avoir ainsi cherché à contrer les accusations lancées par les politiciens de droite qui laissaient entendre qu’elle persécutait injustement les soldats au beau milieu d’une guerre.
Le dossier a entraîné un conflit entre le ministre de la Justice et la procureure-générale – une querelle qui menace dorénavant de tourner à la crise constitutionnelle – suscitant également l’indignation de la droite de la sphère politique et ses condamnations du système judiciaire. Des appels à l’annulation des poursuites intentées contre les suspects ont aussi été lancés dans la foulée.
L’ancienne procureure-générale de Tsahal est désormais soupçonnée d’entrave à la justice, de fraude et d’abus de confiance, ainsi que d’abus de pouvoir.
Le Times of Israel vous propose une chronologie des principaux événements qui ont marqué ce scandale.
5 juillet 2024
Un prisonnier palestinien incarcéré au centre de détention militaire de Sde Teiman, situé au nord de Beer Sheva, est hospitalisé pour des côtes cassées et pour une déchirure du rectum, après avoir été frappé et agressé par des réservistes de l’armée israélienne appartenant à la « Force 100 », une unité de réserve de la police militaire chargée de garder les personnes soupçonnées de terrorisme sur la base militaire.
29 juillet 2024
Dans le sillage d’une enquête menée par l’unité de la police militaire chargée des investigations, neuf soldats réservistes soupçonnés d’avoir participé à ce passage à tabac sont arrêtés par des policiers militaires cagoulés à la base de Sde Teiman. Un autre suspect est arrêté à son domicile le lendemain.
Des arrestations qui suscitent l’indignation des politiciens et des militants de la droite de l’échiquier politique. Une foule de manifestants fait alors irruption à Sde Teiman, dans le but apparent d’empêcher les arrestations. Les émeutiers sont rejoints par le ministre du Patrimoine Amichay Eliyahu, du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, ainsi que par les députés Tzvi Succot, du parti d’extrême droite Hatzionout HaDatit, et Nissim Vaturi, du Likud.
Des centaines de militants d’extrême droite prennent ensuite la direction du camp militaire de Beit Lid, au sud de Netanya, où se trouve le tribunal militaire où les suspects ont été emmenés. Des dizaines d’entre eux prennent d’assaut la base et le tribunal lui-même, où ils se battent avec les militaires stationnés à l’intérieur.
Ces arrestations ont fait suite à de nombreuses informations diffusées par les médias israéliens et étrangers, et aussi par des groupes de défense des droits civils, qui faisaient état d’abus graves et généralisés à l’encontre des détenus palestiniens par le personnel militaire à Sde Teiman.
Du 29 juillet au 6 août 2024
Des politiciens de droite, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu lui-même, critiquent vivement la procureure- générale de l’armée israélienne, la générale de division Yifat Tomer-Yerushalmi, pour l’arrestation des soldats.
Netanyahu l’accuse, semble-t-il, de faire « appliquer la loi de manière sélective ». De son côté, le ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, partage une vidéo dans laquelle il lui demande de « laisser les soldats tranquilles ».
6 août 2024
Guy Peleg, journaliste de la chaîne d’information N12, rend publique une vidéo composée de plusieurs extraits provenant des caméras de sécurité de Sde Teiman – des images supposées montrer l’agression du détenu palestinien, en date du 5 juillet.
Peleg signale que la séquence montre les soldats en train de sodomiser le prisonnier, ajoutant que les blessures diagnostiquées à son rectum ont été causées par ce crime. L’acte de mise en examen, qui a été déposé au mois de février 2025, ne retient pas toutefois le chef d’accusation de viol, indiquant que le détenu a été blessé après avoir été poignardé dans les fesses, à proximité du rectum, à l’aide d’un objet tranchant.
12 septembre 2024
Un forum de familles ayant perdu un proche, appelé Baharnu BHayim (Choisir la vie), dépose une requête auprès de la Haute Cour de justice contre la procureure-générale et contre la procureure-générale de l’armée israélienne, demandant qu’elle ordonne l’ouverture d’une enquête pénale qui sera consacrée à la fuite des images de Sde Teiman. Dans la requête, le groupe note que la vidéo était confidentielle et qu’elle constitue une preuve dans le cadre de l’enquête pénale qui a été ouverte contre les dix soldats soupçonnés d’avoir abusé du détenu, et que sa diffusion était donc interdite.
Les requérants font remarquer que les investigations menées sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers étaient confiées à la police militaire, en collaboration avec le bureau de la procureure-générale de Tsahal, au moment où la vidéo a été rendue publique – notant que dans la mesure où ces instances sont toutes les deux soupçonnées d’avoir une responsabilité dans cette fuite, elles se trouvent dorénavant dans l’incapacité d’examiner le dossier.
17 janvier 2025
Le bureau de la procureure-générale dépose une réponse au nom du bureau de la procureure-générale militaire, indiquant que le procureur général-adjoint, Alon Altman, supervisera une enquête interne sur la fuite.
C’est le colonel Gal Asael, procureur-général militaire adjoint, qui est le responsable délégué du bureau de la procureure-générale militaire en charge des investigations.
2 février 2025
La Haute Cour rejette la requête, estimant qu’elle n’a plus de pertinence compte tenu de l’enquête interne.
19 février 2025
Cinq des réservistes de l’armée israélienne arrêtés pour leur implication présumée dans les abus sont inculpés pour coups et blessures graves et pour voies de fait aggravées.
13 août 2025
Baharnu BHayim dépose une nouvelle requête auprès de la Haute Cour, mais aussi après de la procureure-générale Gali Baharav-Miara et de la procureure-générale militaire, demandant que le Shin Bet soit chargé de mener des investigations sur la fuite de la vidéo.
16 septembre 2025
Le bureau de la procureure-générale, s’exprimant en son nom et au nom de la procureure-générale militaire, dépose sa réponse, indiquant qu’après « de nombreuses mesures d’enquête » qui ont été prises au cours de l’enquête interne, les enquêteurs et le procureur général adjoint estiment que « l’enquête a été menée à son terme » et que « aucune autre mesure d’enquête » n’est nécessaire.
La réponse indique également que, sur la base des conclusions de l’enquête interne, « il n’y a pas lieu de poursuivre la procédure pénale » en ce qui concerne la divulgation des images, ajoutant : « Il n’y a pas de mesures d’enquête concrètes susceptibles d’être prises qui aient un réel potentiel pour faire avancer l’enquête pénale ». Suite aux aveux de Tomer-Yerushalmi, le 31 octobre, qui a reconnu avoir laissé fuiter la séquence, les députés de la coalition et d’autres détracteurs ont affirmé que cette réponse constituait une déclaration frauduleuse à la Cour suprême, ce qui est un délit pénal.
Le député Avichai Buaron, du Likud, a également affirmé que les détails contenus dans la réponse qui avait été soumise à la Cour révélaient une tentative de dissimulation de la fuite.
29 octobre 2025
Sur instruction de Baharav-Miara, la police ouvre une enquête pénale sur la fuite, et Tomer-Yerushalmi prend un congé, l’enquête se concentrant sur la possibilité qu’elle en ait été à l’origine.
L’enquête a été déclenchée par un test au détecteur de mensonges de routine qui a été effectué par le Shin Bet sur un officier du bureau de la procureure-générale militaire – qui aurait été, semble-t-il, le porte-parole de l’unité.
Au cours du test, le porte-parole a déclaré au Shin Bet que Tomer-Yerushalmi lui a directement demandé de transmettre la vidéo au journaliste de la chaîne d’information N12.
Le Shin Bet transmet cette information au chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, qui la fait ensuite connaître à Baharav-Miara, l’incitant à lancer les investigations.
31 octobre 2025
Tomer-Yerushalmi annonce sa démission et admet avoir approuvé la fuite de la vidéo de surveillance de Sde Teiman.
Dans sa lettre de démission adressée à Zamir, elle écrit avoir voulu « contrer la propagande mensongère qui était dirigée contre les autorités militaires chargées de l’application de la loi » et elle ajoute : « J’assume l’entière responsabilité de la fuite auprès des médias de documents, depuis l’intérieur de l’unité ».
1er et 2 novembre 2025
Le ministre de la Justice, Yariv Levin, informe Baharav-Miara qu’en raison de son implication dans l’enquête interne, elle ne peut pas prendre part à la procédure judiciaire ouverte contre Tomer-Yerushalmi et qu’il nommera un autre responsable à la tête des investigations. Baharav-Miara rejette l’ordre donné par Levin, affirmant qu’il n’a pas les compétences nécessaires pour prendre de telles mesures, que ses allégations à son encontre sont sans fondement et que son bureau continuera à s’occuper du dossier.
Le député Buaron dépose une requête auprès de la Haute Cour pour demander qu’elle ordonne à Baharav-Miara de s’abstenir de s’impliquer dans l’affaire.
2 novembre 2025
Tomer-Yerushalmi disparaît pendant plusieurs heures et elle reste injoignable par téléphone, ce qui déclenche des recherches massives qui impliquent la police, les services de secours et l’armée, avant qu’elle ne soit finalement retrouvée saine et sauve.
Elle est arrêtée par la police avant une audience portant sur la prolongation de son placement en détention, en même temps que l’ancien procureur militaire en chef, le colonel Matan Solomosh, qui est soupçonné de l’avoir aidée à dissimuler l’affaire.
La police soupçonne ensuite Tomer-Yerushalmi d’avoir jeté son téléphone à la mer pendant sa disparition, un acte qui pourrait l’exposer à une accusation d’entrave à la justice.
Tomer-Yerushalmi a laissé ce qui semble être une lettre de suicide avant de disparaître – même si les médias israéiens rapportent que la police écarte sa réelle intention de mettre fin à ces jours, estimant que l’histoire a été mise en scène afin qu’elle puisse se débarrasser de son téléphone, qui pouvait contenir des informations compromettantes.
3 novembre 2025
Tomer-Yerushalmi est traduite devant le tribunal de première instance de Tel Aviv pour obstruction à la justice, fraude, abus de confiance et abus de pouvoir.
Sa détention provisoire est prolongée de trois jours en raison de craintes concernant d’éventuelles nouvelles tentatives d’entrave à la justice.
Solomosh, qui est soupçonné d’infractions similaires à celles de Tomer-Yerushalmi, voit également sa détention prolongée de trois jours pour la même raison.
Le bureau du procureur-général militaire informe les avocats des accusés soupçonnés d’avoir battu et maltraité le détenu palestinien que la victime a finalement été libérée et renvoyée à Gaza, le 13 octobre, dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas.
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