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Téhéran redoute une nouvelle vague de contestation si Washington intensifie ses pressions

Alors que les Iraniens font face à une grave crise économique et à des perspectives sombres, les dirigeants craignent de nouvelles manifestations de masse si la situation venait à s'aggraver

Un homme passant à moto devant un panneau d’affichage sur lequel on peut lire en farsi : « Nous devons nous soulever », accompagné d’une photo de l’ayatollah Ali Khamenei, défunt guide suprême iranien, à Téhéran, en Iran, le 15 août 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)
Un homme passant à moto devant un panneau d’affichage sur lequel on peut lire en farsi : « Nous devons nous soulever », accompagné d’une photo de l’ayatollah Ali Khamenei, défunt guide suprême iranien, à Téhéran, en Iran, le 15 août 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

DUBAÏ, Émirats arabes unis — Alors même que l’Iran affiche une certaine résilience dans la guerre qui l’oppose aux États-Unis, ses dirigeants craignent que la menace de nouvelles sanctions économiques de la part de Donald Trump ne vienne aggraver les difficultés, relancer les contestations et éroder davantage la légitimité de la république islamique.

Vendredi, le président américain s’est engagé à frapper durement l’Iran sur le plan économique, au lendemain des déclarations du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, selon lesquelles Washington pourrait imposer dès la semaine prochaine à Téhéran des mesures « sans précédent ». Washington n’a toutefois pas précisé la nature de ces mesures.

Malgré toute la détermination affichée par les dirigeants iraniens, qui ont tenu bon pendant près de six mois de conflit et ont effectivement bloqué le détroit d’Ormuz, une voie d’approvisionnement essentielle pour le pétrole mondial, ceux-ci sont confrontés à une pression croissante sur le plan intérieur, susceptible de déboucher sur des troubles à l’échelle nationale, ont indiqué trois responsables iraniens.

Ces responsables, deux personnalités politiques, un ancien responsable iranien et une dizaine d’Iraniens ordinaires, se sont confiés à Reuters sous couvert d’anonymat, soit par crainte de représailles, soit parce qu’ils ne sont pas autorisés à s’exprimer dans les médias.

L’Iran est entré dans la guerre dans un contexte d’inflation élevée, de dépréciation de la monnaie, de pénuries énergétiques, de sanctions et de profondes faiblesses structurelles. Il doit désormais faire face à des infrastructures endommagées, à des perturbations des échanges commerciaux, à des pertes de production et au coût de la reconstruction.

Arshia, ingénieur civil, a travaillé pendant dix ans dans le secteur de la construction en Iran avant que la guerre, déclenchée par les attaques des États-Unis et d’Israël le 28 février, ne paralyse en grande partie les chantiers.

Des usagers prenant un bus dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le 17 août 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)

Il peine désormais à trouver du travail : les projets sont retardés ou annulés, les coûts s’envolent et les perspectives d’une reprise rapide sont minces.

« Je suis inquiet. Si Trump décide d’imposer davantage de sanctions, comment les gens ordinaires pourront-ils survivre ? Je ne veux pas que mon pays soit sanctionné, ni sur le plan militaire ni sur le plan économique. Nous avons déjà beaucoup de mal à nous en sortir », a expliqué ce père de deux enfants, originaire de la ville d’Ispahan, située au centre du pays.

Ce témoignage illustre la réalité plus générale qui prévaut dans tout le pays, où les frappes américaines et israéliennes ont endommagé des usines, des centrales électriques, des réseaux de transport et d’autres infrastructures essentielles, accentuant ainsi la pression sur une économie déjà mise à rude épreuve.

Mohsen, 53 ans, a été contraint de fermer sa petite entreprise d’import-export avec les États du Golfe après que l’Iran a réagi aux frappes américaines en ciblant des bases et des installations américaines dans la région.

« J’ai dû licencier dix employés. Cela a été douloureux, mais je n’avais pas le choix. Je ne pouvais tout simplement plus me permettre de payer leurs salaires. Aujourd’hui, je compte sur mes économies pour subvenir aux besoins de ma famille », a-t-il déclaré, depuis la ville portuaire de Bandar Abbas, dans le sud du pays.

L’inflation et l’incertitude frappent les ménages

Le taux d’inflation annuel de l’Iran a atteint 66 % en juillet, tandis que les prix à la consommation étaient en hausse de 87,9 % par rapport à l’année précédente, selon le Centre statistique iranien. L’inflation alimentaire a, quant à elle, atteint 128 % en glissement annuel.

Pour les dirigeants iraniens, la plus grande menace n’est pas tant la crise économique elle-même que le risque que l’aggravation des difficultés ne ravive les mouvements de contestation de masse, ont indiqué les deux personnalités politiques et l’un des responsables.

Des manifestants iraniens pro-régime agitant des drapeaux de la République islamique d’Iran lors d’un rassemblement sur une place de Téhéran, en Iran, le 11 août 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)

La nomination, la semaine dernière, de Hossein Taeb, l’un des principaux artisans des répressions passées, à la tête de la milice Basij Basij du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), est, à ce jour, l’un des signes les plus évidents de l’inquiétude croissante face à une éventuelle reprise des manifestations anti-régime, a déclaré un ancien responsable réformiste.

Les Basij, une milice paramilitaire composée de volontaires, sont affiliés au puissant CGRI, le bras armé iranien ; ces deux entités ont été utilisées par les dirigeants religieux pour réprimer les mouvements de protestation.

Ces dernières années, en Iran, les revendications économiques ont à maintes reprises débouché sur des manifestations à l’échelle du pays.

En janvier, les manifestations généralisées contre les difficultés économiques ont été réprimées par le CGRI et les Basij, faisant des milliers de morts.

Ces derniers mois, redoutant une recrudescence des manifestations, les dirigeants religieux iraniens ont réagi par des exécutions, des arrestations, des convocations et de longues peines de prison frappant des journalistes, des avocats, des militants, des défenseurs des droits humains et des étudiants, ont rapporté des organisations de défense des droits de l’Homme.

Selon les autorités, ces mesures sont nécessaires pour maintenir la stabilité en temps de guerre. Pour leurs détracteurs, elles risquent d’aggraver le fossé entre l’establishment religieux et une population déjà éprouvée par des pressions économiques croissantes.

Un salaire « épuisé en quelques jours »

Les familles réduisent désormais leur consommation de viande et d’autres produits de première nécessité, optant pour des alternatives moins coûteuses.

Des passants se promenant dans le grand bazar traditionnel de Téhéran, en Iran, le 8 août 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)

« J’ai honte face à mes enfants. Mon salaire est épuisé en quelques jours. Plus de viande ni de poulet sur notre table. Je ne sais pas comment nous allons nous en sortir », a confié Hossein, un fonctionnaire de la ville de Yazd, dans le centre du pays.

Selon le Centre statistique, les loyers ont augmenté de 31 % en glissement annuel en mars. Les médias d’État ont, quant à eux, indiqué que les prix de l’immobilier à Téhéran dépassaient d’environ 50 % ceux de l’an dernier.

Si le salaire minimum iranien a été relevé d’environ 60 % cette année, la dépréciation continue du rial a cependant érodé le pouvoir d’achat : la valeur en dollars du salaire minimum est passée d’environ 105 $ à 86 $ depuis fin mars.

Bijan, 40 ans, gagnait environ 1 000 dollars par mois en tant qu’ingénieur quand il est entré sur le marché du travail, il y a 15 ans. Depuis, pour joindre les deux bouts, il s’est tourné vers le soutien scolaire en ligne. Aujourd’hui, lui et sa femme peinent à gagner quelque 400 dollars par mois ; ils ont quitté Téhéran pour s’installer dans une province plus abordable.

« Avant, je travaillais cinq ou six heures par jour… Aujourd’hui, je passe mon temps à travailler, à chercher du travail ou à m’inquiéter de ne pas en avoir assez », explique Bijan.

Pour de nombreux Iraniens, la crainte d’une reprise du conflit rend de plus en plus difficile toute planification pour l’avenir.

Le blocus naval américain fait grimper les coûts

L’Iran s’est efforcé de maintenir des voies alternatives pour l’acheminement des biens essentiels, notamment par des couloirs terrestres et via la mer Caspienne. Mais ces alternatives sont aujourd’hui mises à rude épreuve.

Les frappes sur les ponts ont ainsi perturbé le transport terrestre, entraînant une hausse des coûts et des délais nécessaires pour acheminer les marchandises vers l’Iran.

La semaine dernière, le président iranien Massoud Pezeshkian a reconnu la difficulté de la situation, déclarant : « Nos problèmes se sont multipliés par plusieurs, et nos revenus ont diminué. »

Les marchandises qui arrivaient autrefois par bateau doivent désormais suivre des itinéraires plus longs pour atteindre l’Iran, ce qui provoque une hausse des prix, a-t-il expliqué.

L’Iran, par ailleurs, vend moins de pétrole et perçoit moins de recettes fiscales provenant d’entreprises mises à mal ou en difficulté, a-t-il ajouté.

Le blocus a aussi coupé de fait les importations de carburant de l’Iran, a souligné samedi le député Reza Sepahvand auprès de l’agence de presse iranienne ILNA. Il a précisé que la production quotidienne de carburant de l’Iran avait atteint sa limite à environ 130 millions de litres, alors que la consommation s’élève à 137 millions de litres.

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