« Tuée et abandonnée » : la famille d’Inbar Haïman réclame le droit de l’enterrer
"Sa mère a besoin d'une tombe où se rendre, pour parler à sa fille, pour allumer une bougie quand elle en ressent le besoin", explique sa tante Hannah Cohen
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Inbar Haïman est arrivée au festival Nova à 3 heures du matin le 7 octobre 2023, à titre officiel. Elle était là en tant que « helper », une aide recrutée par les organisateurs pour assister les festivaliers ayant abusé de l’alcool ou de la drogue et se trouvant en détresse.
Lorsque le groupe terroriste palestinien du Hamas a lancé son attaque, à 6 h 30, Inbar s’est d’abord cachée sous la scène principale. Elle a envoyé un SMS à son petit ami et a appelé son frère pour leur raconter ce qui se passait. Elle a ensuite tenté de s’enfuir en voiture, puis a repris la fuite à pied.
En chemin, elle a aidé une femme qui avait du mal à courir pour échapper à deux terroristes qui les poursuivaient à moto.
Les terroristes l’ont rattrapée, mais elle a refusé de se laisser prendre en otage et s’est débattue jusqu’à ce qu’ils l’abattent. Deux autres survivants de la rave party, qui s’étaient cachés, ont assisté à la scène et ont vu les mains ensanglantées des terroristes lorsqu’ils ont déposé le corps d’Inbar sur une moto pour l’emmener à Gaza.
« Ils chantaient et dansaient autour d’elle », a raconté Hannah Cohen, la tante d’Inbar, qui a finalement pu voir des extraits d’une vidéo du Hamas montrant l’enlèvement de sa nièce.
« Inbar est aujourd’hui la seule femme encore en captivité », a déclaré Cohen au Times of Israel.
« Elle a été tuée et abandonnée, et j’exige qu’on la ramène à la maison. Le gouvernement l’a abandonnée là-bas. »
La mort d’Inbar n’a pas été immédiatement annoncée, étant donné la confusion qui régnait le 7 octobre et les jours qui ont suivi. Elle a en réalité été considérée comme une otage vivante jusqu’au 16 décembre 2023, date à laquelle l’armée a établi qu’elle était décédée.
Lorsque la famille a été informée, ses parents et son unique frère ont été anéantis. Ils n’avaient aucun corps à enterrer, pas d’enterrement ni de tombe, pas de shiva – la semaine de deuil rituelle – pour la pleurer, comme le veut la coutume.
« L’esprit joue des tours lorsqu’il n’y a pas de conclusion ; il envoie une personne dans toutes sortes d’endroits », a déclaré Cohen, qui est la sœur du père d’Inbar.
« Les parents d’Inbar ne pourront pas assister à son mariage, mais ils devraient pouvoir l’enterrer en Terre d’Israël. Sa mère a besoin d’une tombe où se rendre, pour parler à sa fille, pour allumer une bougie quand elle en ressent le besoin. »
En attendant, Cohen soutient son frère et sa belle-sœur en menant le combat pour sa nièce, tandis que les parents se concentrent principalement sur leur fils, qui souffre profondément depuis l’enlèvement et la mort de sa sœur.
« Nous sommes tous victimes de cette tragédie », a souligné Cohen.
« C’est leur vie. Leur fille est sous terre à Gaza, leur fils est incapable de faire face à la vie, et leur existence tourne autour de lui. »
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 48 otages. Vingt d’entre eux seraient encore en vie.
« Nous avons 28 cadavres, dont celui d’une femme », a déclaré Cohen.
« Et les cadavres peuvent disparaître avec le temps. Ils ne mènent pas d’enquête sur les corps. Ils seront perdus à jamais dans Gaza. »
Certains amis d’Inbar ont surmonté leur peine grâce à l’art.
« L’art a toujours été son moyen d’expression », a expliqué Cohen.
Elle était connue dans le milieu du graffiti sous le nom de « Pink Question », abrégé en « Pink », le pseudonyme qu’elle utilisait lorsqu’elle peignait à travers Israël.
Dans des interviews, Yifat Haïman, la mère d’Inbar, a raconté que sa fille avait commencé à faire des graffitis avec des amis vers l’âge de 15 ans. À Haïfa, où elle étudiait à l’école d’art WIZO, Inbar réalisait ses graffitis en pleine nuit, seule ou accompagnée d’une personne qui montait la garde pour vérifier que la voie était libre.
Alors qu’on pensait encore qu’Inbar était en vie et retenue captive, ses amis ont peint le slogan « Free Pink » à côté des voies ferrées dans le nord d’Israël, ainsi que le long des routes, notamment près du domicile de ses parents, à Petah Tikvah.
Le message « RIP Pink : Repose en peinture » figure désormais entre les façades des magasins de la rue HaAtzmaut à Haïfa, près de son ancienne école.
L’art d’Inbar a également contribué à sa présence à Nova. Outre son travail d’assistante, elle avait apporté trois de ses peintures dans l’espoir de les vendre lors du festival.
Inbar devait entamer sa dernière année à la WIZO en octobre 2023 et se préparait à faire carrière dans le design et le branding artistique. Avec son petit ami, Noam Alon, qui étudiait également dans cette école, ils souhaitaient ouvrir un studio ensemble.
« Rien ne l’arrêtait », a déclaré Cohen.
Malgré un profond sentiment d’abandon de la part du gouvernement concernant sa gestion de la crise des otages, la famille reste en contact régulier avec les autorités de Tsahal, le négociateur Nitzan Alon, l’envoyé spécial Gal Hirsch, ainsi qu’avec des responsables politiques des deux bords, a précisé Cohen.
Elle veille à participer à des rassemblements et manifestations légaux, en s’abstenant de tout blocage illégal de routes, de tout brûlage de pneus ou de tout autre acte similaire.
« Nous travaillons dans le respect de la loi, nous ne ferons rien qui soit contraire à celle-ci », a-t-elle ajouté.
La famille craint que l’histoire ne se répète : Inbar est l’arrière-petite-fille d’un survivant de la Shoah.
« Il y a quatre-vingts ans, on nous avait promis que cela ne se reproduirait plus jamais, et pourtant, cela s’est produit une deuxième fois », a déclaré Cohen.
« La Shoah a touché notre famille une seconde fois. »
la Communauté du Times of Israël !







