Un militaire aurait sollicité une famille du crime liée au Likud pour empêcher son renvoi
Après le 7 octobre, Israel Katz aurait passé un appel inhabituel au chef de Tsahal au sujet de Haim Cohen après que ce dernier a sollicité le fils d'un homme politique de Herzliya qui a purgé plusieurs peines de prison
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Le ministre de la Défense Israel Katz est intervenu en faveur d’un officier supérieur de Tsahal qui devait être démis de ses fonctions en raison des défaillances liées à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. L’homme aurait fait appel à une famille liée au milieu criminel et affiliée au Likud pour empêcher son éviction.
Vendredi, le journal Haaretz, citant des hauts responsables militaires, a fait savoir que quelques semaines après son entrée en fonction en novembre, Katz s’était entretenu avec le chef d’état-major de l’armée israélienne alors en poste, Herzi Halevi, au sujet du colonel Haim Cohen, commandant de la brigade nord de la division de Gaza, qui a démissionné en avril.
Selon ces informations, Halevi, lui-même démissionnaire au mois de mars, avait expliqué à son équipe que Katz lui avait spécifiquement demandé s’il allait licencier Cohen.
Il est difficile de dire si Halevi avait été ou non influencé par cet appel. Il n’avait pas promu Cohen, et il avait même par la suite inclus son nom dans une liste d’officiers faisant l’objet d’une recommandation de licenciement par l’actuel chef de l’armée israélienne, Eyal Zamir – qui n’avait pas toutefois donné suite à cette affaire, selon Haaretz.
Les sources dont les propos ont été repris par le quotidien ont estimé que l’appel de Katz à Halevi avait été « très inhabituel ». L’une d’entre elles a expliqué que Halevi s’était rendu compte que les questions de Katz « ressemblaient à une demande d’intervention politique ».
« Il s’agissait d’un appel inhabituel », a mentionné la source, qui a ajouté que Halevi avait finalement décidé de ne procéder à aucun licenciement avant la fin de l’enquête de Tsahal sur le 7 octobre, un mois avant la démission de Halevi.
Selon les informations disponibles, cet appel était intervenu après que Cohen a sollicité, par l’intermédiaire de tiers, le fils de Rafi Chaim-Kedoshim, un membre influent du Likud, le parti de Katz, qui siège au conseil municipal d’Herzliya. L’homme a purgé quatre peines de prison et il est considéré comme appartenant à une famille liée au milieu criminel local.
Le fils, dont le nom n’a pas été divulgué, servait à l’époque au sein du bataillon Netzah Yehuda de l’armée israélienne, placé sous le commandement de Cohen lorsqu’il avait été envoyé à Gaza pour renforcer les positions de la brigade nord qui combattait dans la bande.
Le fils, alors sergent dans le bataillon Netzah Yehuda, avait confié aux soldats de son unité que son père avait promis de « s’occuper » de la question du licenciement de Cohen, selon Haaretz.
Natali Gozlan Bokobza, la sœur de Chaim-Kedoshim, conseillère auprès de Katz, avait également participé aux initiatives visant à empêcher le renvoi de Cohen. Il en avait été de même pour Tamir Idan, président du Conseil régional du Sdot du Neguev. Ce membre influent du Likud avait en effet interpellé Katz au sujet de Cohen, selon le journal Haaretz qui s’est appuyé sur des sources du ministère de la Défense.
Katz avait été l’un des nombreux ministres du Likud qui avaient suscité la controverse en assistant à un événement chez Chaim-Kedoshim au mois de mars 2023. Une source du Likud, dont les propos ont été repris par Haaretz, a fait savoir que les deux hommes étaient proches.
Katz, Chaim-Kedoshim et Gozlan Bokobza ont démenti cette information, cette dernière menaçant même d’intenter un procès pour diffamation. Idan a, pour sa part, confirmé avoir sollicité Katz au sujet du limogeage de Cohen, ajoutant qu’il « remerciait le ministre de la Défense d’avoir mis fin à cette manœuvre déplorable ».
Tsahal a, quant à elle, affirmé que les décisions concernant le personnel militaire « continueront d’être prises dans le cadre de forums fermés appropriés », et que toute allégation selon laquelle Cohen aurait cherché à empêcher son propre renvoi par l’intermédiaire de tiers était « inconnue de l’armée israélienne ».
Selon un communiqué émis pour le compte de Cohen, les informations fournies ont visé à promouvoir un récit mensonger laissant entendre qu’il aurait été évincé.
« Le colonel Haim Cohen a terminé son service après avoir exercé pleinement ses fonctions de commandant de brigade de combat, et il a pris sa retraite de l’armée israélienne », peut-on lire dans le communiqué. « Toute déclaration concernant des appels lancés par l’officier à différents acteurs est infondée. »
L’officier aurait été « obsédé » par l’idée d’assurer son service jusqu’au bout
En décembre, le site d’information Walla a rapporté que Halevi avait décidé de démettre Cohen de ses fonctions de commandant de la brigade nord de la division de Gaza, une décision que Cohen avait apprise par les médias.
Selon Haaretz, plusieurs jours avant la publication des informations, Halevi avait fait savoir à Cohen qu’il devait assumer la responsabilité des défaillances survenues le 7 octobre et présenter sa démission.
Cohen, d’après des sources qui, a rapporté Haaretz, s’étaient entretenues avec lui à l’époque, n’avait pas l’intention de démissionner. Il avait également laissé entendre qu’il contesterait juridiquement toute tentative visant à le limoger.
Un officier supérieur cité par Haaretz a de surcroît indiqué que Cohen tenait absolument à assurer jusqu’au bout son mandat de deux ans – ce qu’il a finalement fait – « afin que personne ne puisse prétendre qu’il avait été renvoyé ».
« Haim se soucie beaucoup de ce qui se dit sur lui et de ce dont on se souviendra à son sujet. Il tient particulièrement à ce que toute personne effectuant des recherches sur lui en ligne ne trouve aucune mention de limogeage le concernant. Il était déterminé à accomplir ces deux années, quoi qu’il arrive », a souligné l’officier.
Au matin du 7 octobre 2023, Cohen était resté dans sa cellule de crise, à la base de la division de Gaza, à proximité du kibboutz Reïm. Son homologue, le colonel Asaf Hamami, commandant de la brigade sud, avait été tué en combattant des terroristes du Hamas près de Nirim. Son corps sans vie avait été enlevé et emmené à Gaza.
La brigade de Cohen avait été chargée d’assurer la protection de certaines zones parmi les plus ensanglantées par le massacre du 7 octobre, notamment les kibboutzim Beeri et Kfar Aza, ainsi que le site proche du kibboutz Reïm où se déroulait le festival de musique Supernova.
Cohen s’était rendu sur le site du festival de musique Supernova environ une heure avant le début du massacre, et il n’avait pas pris la peine de se renseigner sur l’opportunité d’annuler l’événement.
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