Washington sous pression avant la visite de MBS et la phase 2 de l’accord sur Gaza
Israël rejette toute implication de l’Autorité palestinienne, soutenue par Ryad, Amman, Abou Dhabi et Le Caire ; Doha, plus souple, pourrait devenir un partenaire clé
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WASHINGTON – Lors de la conférence de presse du vice-président américain JD Vance, mardi dans le sud d’Israël, les organisateurs avaient encadré son pupitre de deux panneaux de près de deux mètres affichant en grand le plan en 20 points du président Donald Trump pour mettre fin à la guerre à Gaza.
Ce document constitue désormais la feuille de route de Washington, qui tente de consolider le cessez-le-feu signé au début du mois.
Mais si ces 20 points avaient été rendus publics en septembre afin de rallier un soutien international, les principaux négociateurs de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, ont depuis choisi de les diviser en deux étapes. Seule la première phase – incluant le cessez-le-feu, le retrait initial de l’armée israélienne, l’échange d’otages et de prisonniers ainsi que les dispositions humanitaires – a pour l’heure été signée par Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas.
Les points relatifs à la gouvernance de l’après-guerre à Gaza et au désarmement du Hamas demeurent, pour l’instant, à l’état de projet – ou sur l’affiche placée à la droite de Vance.
Les États-Unis s’efforcent désormais de mettre en œuvre la deuxième phase du plan. Pour ce faire, ils ont établi à Kiryat Gat un centre de coordination civile-militaire (CMCC), qui a accueilli la conférence de presse et servira de poste de supervision du cessez-le-feu à Gaza.
L’administration Trump a associé le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne, le Danemark et la Jordanie à cette structure. Leurs drapeaux encadraient les affiches présentant le plan en 20 points.
Mais la plupart des détails de cette deuxième phase restent à définir. Washington a communiqué très peu d’informations sur la manière dont Gaza sera gouvernée, sécurisée et reconstruite.
Lors de la conférence de presse, Jared Kushner a évoqué « certaines réflexions » autour de projets de reconstruction dans les zones de Gaza encore tenues par l’armée israélienne – soit plus de la moitié du territoire, même après le retrait partiel consécutif au cessez-le-feu.
Un haut conseiller de Trump a indiqué lors d’un point presse au début du mois, a souligné que la ville de Rafah, au sud de Gaza, pourrait servir de site pilote pour ces travaux, la ville ayant été entièrement détruite au cours des opérations israéliennes de ces deux dernières années.
Cependant, le choix de concentrer l’effort sur la moitié est de Gaza, toujours sous contrôle israélien, au détriment de la moitié ouest, où le Hamas n’a pas tardé à réaffirmer sa domination, d’aliéner certains alliés arabes dont Washington espère le soutien pour stabiliser la bande de Gaza.
Selon un haut diplomate arabe cité par le Times of Israel, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite craignent qu’une telle approche ne fige le statu quo : Israël conserverait sa zone d’influence, tandis que le Hamas continuerait de régner sur la sienne.
Ces pays plaident au contraire pour une stratégie plus globale, visant à instaurer à Gaza un gouvernement palestinien technocratique, rattaché à l’Autorité palestinienne (AP), qui prendrait progressivement les rênes du territoire afin d’isoler et d’affaiblir le Hamas.
Les quatre pays arabes ont exprimé leur disposition à contribuer financièrement à cette démarche ou à participer à la création d’une force internationale de stabilisation (ISF), appelée à remplacer graduellement l’armée israélienne à Gaza, selon le diplomate arabe et un responsable américain.
Mais Israël a prévenu qu’il conditionnerait tout retrait supplémentaire de ses troupes au désarmement complet du groupe terroriste palestinien du Hamas, qui n’a montré jusqu’ici aucune volonté d’y procéder.
Le diplomate arabe a toutefois évoqué la possibilité d’un compromis selon lequel le Hamas accepterait de renoncer à ses « armes lourdes ».
Ils conserveraient toutefois les « armes légères » utilisées lors du pogrom du 7 octobre et encore employées pour intimider la population de Gaza depuis le cessez-le-feu.
Le diplomate arabe a également indiqué que la menace représentée par le Hamas pourrait s’atténuer au fil du temps, à mesure qu’un gouvernement palestinien technocratique et la future ISF gagneraient en autorité et en légitimité sur l’ensemble de la bande de Gaza.
Un responsable israélien a rejeté cette idée, affirmant qu’aucun gouvernement technocratique ni aucune force internationale (ISF) ne pourrait exercer un réel contrôle sur Gaza tant que le Hamas conserverait ses armes, qu’il s’agisse de missiles ou de fusils d’assaut AK-47.
Le diplomate arabe a par ailleurs affirmé qu’aucun pays arabe ne serait disposé à envoyer des troupes si l’objectif implicite était d’affronter le Hamas, contredisant ainsi les déclarations de Trump sur ce point.
« Si les États-Unis ne veulent pas envoyer leurs propres soldats combattre le Hamas, pourquoi l’un de nous le ferait-il ? », a lancé le diplomate de façon rhétorique.
« Nous pouvons contribuer à la formation de la police palestinienne et des forces de sécurité aux frontières, mais nous n’irons pas désarmer le Hamas par la force après deux années d’échec d’Israël », a-t-il ajouté.
Cette aide reste toutefois conditionnée au rôle que jouera l’AP à Gaza après la guerre, rôle que les quatre pays arabes voient comme la clé d’une transition politique durable.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est fermement opposé à l’idée que l’AP reprenne pied à Gaza, la comparant au Hamas et affirmant qu’elle est trop compromise pour y jouer un rôle.
Les États-Unis devront bientôt décider où tracer leur propre ligne rouge vis-à-vis de Ramallah.
Les souvenirs de Kushner concernant l’AP ne sont pas particulièrement tendres : lors du premier mandat de Trump, le président de l’AP, Mahmoud Abbas avait refusé de s’engager dans son plan de paix. Witkoff, en revanche, n’avait pas pris part à cette initiative et a noué des relations directes avec Hussein al-Sheikh, adjoint d’Abbas, qu’il a rencontré à deux reprises cette année.
Sheikh devrait rencontrer une délégation de hauts responsables américains dans la région au cours du week-end, a déclaré une source proche du dossier au Times of Israel, un signe que Washington ne cherche pas à écarter totalement Ramallah du processus.
Trump lui-même est resté évasif, lorsqu’il a été interrogé la semaine dernière par le magazine Time, sur la possibilité de confier à une AP réformée, dirigée par Abbas, la responsabilité de Gaza.
Même si Washington se rangeait du côté de ses alliés arabes sur la question du rôle de l’Autorité palestinienne, ces derniers maintiennent leurs propres conditions avant de s’engager pleinement dans la stabilisation de Gaza.
« Nous voulons la garantie que Gaza ne devienne pas un nouveau Liban », a expliqué le diplomate arabe, en référence à la frontière nord d’Israël, où l’armée mène presque quotidiennement des frappes contre des positions du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, pour violation présumée du cessez-le-feu de novembre.
« On peut discuter du calendrier d’un engagement israélien, mais le gouvernement technocratique et les ISF doivent disposer d’un espace réel et d’une légitimité suffisante pour agir », a-t-il ajouté.
Dans ce qui semble marquer une évolution de la position américaine, le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré jeudi à la presse qu’une fois le CMCC pleinement opérationnel, « le travail commencera pour présenter le projet devant l’ONU et obtenir un mandat international en vue de la création d’une force internationale de sécurité et de défense (ISF) ».
C’est la première déclaration publique d’un responsable américain confirmant que l’administration vise un mandat onusien pour cette force.
Selon le diplomate arabe, cette annonce a rassuré plusieurs pays susceptibles de participer à cette initiative, car un mandat des Nations unies garantirait un consensus international plus large, tant pour le déploiement que pour la conclusion de la mission.
L’autre option envisagée par Washington consisterait à s’appuyer moins sur Ryad, Abou Dhabi, Le Caire et Amman, et davantage sur Doha, dont la contribution financière et politique est assortie de beaucoup moins de conditions.
« Les Qataris ne s’expriment ni sur la manière dont Gaza doit être divisée ni sur la nécessité d’un mandat onusien ou du rôle de l’AP », a expliqué un responsable israélien.
Le négociateur israélien Nitzan Alon (à l’extrême gauche) serre la main du Premier ministre qatari Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al Thani. Le deuxième à partir de la droite, vu de dos, est l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient Steve Witkoff. La photo illustre la conclusion des négociations menées sous médiation entre Israël et le Hamas, ayant abouti à un accord de cessez-le-feu et à la libération d’otages à Gaza, à Charm el-Cheikh, le 9 octobre 2025. (Crédit : Telegram ; utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)
D’après le diplomate arabe, Benjamin Netanyahu pourrait finalement choisir de permettre au Qatar de jouer un rôle dans la phase d’après-guerre à Gaza, malgré les tensions passées, afin d’éviter les conditions imposées par les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie.
« Au bout du compte, c’est Jared qui tranchera », a estimé le diplomate, laissant entendre que Jared Kushner, plutôt que Steve Witkoff, demeure le véritable décideur quant à la mise en œuvre de la deuxième phase du plan.
Bien que Donald Trump ait annoncé le lancement de cette phase dès la semaine dernière, de nombreuses questions essentielles restent en suspens. Le diplomate arabe a suggéré qu’aucune décision majeure ne serait prise avant la rencontre prévue entre le président américain et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman à la Maison-Blanche, le 18 novembre.
« C’est à ce moment-là que les choses devraient véritablement commencer à bouger », a-t-il conclu.
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