22 ministres et élus demandent l’autorisation d’une visite pro-implantation à Gaza
Ben Gvir, Zohar, Karhi et Golan veulent participer à une mission pour repérer des sites pour de nouvelles implantations dans ce qu’ils voient comme le "cœur de la terre d’Israël"
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Vingt-deux ministres et députés de la coalition ont signé une lettre exhortant le ministre de la Défense Israel Katz à autoriser une visite dans le nord de la bande de Gaza, menée par des partisans des implantations, afin d’y examiner des sites potentiels pour l’établissement de futures communautés israéliennes.
La lettre, signée notamment par le ministre des Communications Shlomo Karhi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, le ministre de la Culture Miki Zohar et la ministre de l’Égalité May Golan, appelle Katz à « approuver une visite dans la zone frontalière nord de la bande de Gaza dans le cadre d’une initiative du Mouvement Nahala pour les implantations, afin d’évaluer les possibilités d’implantation dans la région ».
Le mouvement Nahala est connu pour son implication dans la construction d’avant-postes illégaux en Cisjordanie. Sa dirigeante, Daniella Weiss, a fait l’objet de sanctions de la part du Canada et du Royaume-Uni.
Mercredi, un groupe d’activistes, dont Weiss, a marché de Sderot en direction de la frontière. Ils se sont rassemblés à un point d’observation pour manifester en faveur du rétablissement d’implantations à Gaza.
Dans leur lettre, les signataires affirment que « la bande de Gaza n’est pas simplement une zone géographique parmi d’autres, mais le cœur vivant de la terre d’Israël, une région aux racines bibliques, historiques et nationales profondes. Le retour du peuple juif dans ces lieux ne constitue pas seulement une mesure stratégique, mais un véritable retour à Sion, dans son sens le plus profond et le plus concret ».
Les élus y expliquent qu’Israël devrait rétablir des implantations dans le nord de Gaza, désormais sous contrôle total de Tsahal et « vidé de ses habitants gazaouis ».
Rappelant que les résidents israéliens des localités proches de la frontière ont été autorisés à regagner leurs foyers, les responsables politiques nationalistes estiment que « faute de justification sécuritaire, refuser cette visite pourrait être perçu comme une position politique et comme une tentative de faire taire la droite, qui appelle le gouvernement à agir pour la réimplantation à Gaza ».
Ils ont ajouté qu’ils « aimeraient participer à cette visite ».
Parmi les autres signataires de la lettre figurent les députés du Likud, Dan Illouz et Afef Abed, seule femme druze du parti, ainsi que Limor Son Har-Melech (Otzma Yehudit), et Ohad Tal (HaTzionout HaDatit).
Dans une publication sur X, Nahala a affirmé que cette lettre démontrait le soutien d’un tiers de la coalition à sa démarche.
« Cette demande s’inscrit dans le cadre de l’appel à rétablir des implantations dans le secteur nord [de Gaza] comme première étape immédiate vers la reconquête, l’expulsion et l’implantation de l’ensemble de la bande de Gaza », a-t-il déclaré.
Dans un communiqué séparé, le ministre Zeev Elkin (Tikva Hadasha), non signataire de la lettre, a déclaré mercredi à la chaîne Kan qu’Israël pourrait menacer d’annexer certaines parties de Gaza afin d’augmenter la pression sur le Hamas.
« Ce qui fait le plus mal à notre ennemi, c’est de perdre des terres », a-t-il affirmé. « Faire comprendre clairement au Hamas que s’il joue avec nous, il perdra des territoires qu’il ne récupérera jamais constituerait un levier de pression significatif. »
Vingt ans depuis le désengagement
L’évacuation en 2005 des 21 implantations juives de la bande de Gaza et de leurs 8 600 habitants, dans le cadre du plan de désengagement, a été un traumatisme profond pour la communauté sioniste religieuse, résolue à rétablir la souveraineté juive sur l’ensemble de la terre d’Israël.
Depuis le début de la guerre contre le Hamas en octobre 2023, Nahala mène campagne pour le rétablissement d’implantations dans l’enclave. En janvier dernier, le mouvement a organisé une grande conférence au Centre international de conférences de Jérusalem, intitulée « L’implantation juive à Gaza », en présence de onze ministres et de plus d’une dizaine de députés de la coalition.
Nahala dit avoir constitué un vivier de plusieurs centaines de volontaires prêts à s’installer dans de nouvelles implantations à Gaza, si le gouvernement donnait son feu vert.
Des soldats de Tsahal auraient désobéi à leurs supérieurs, en novembre dernier, pour aider Weiss à entrer dans la bande de Gaza afin de repérer des sites propices à l’établissement d’implantations juives, selon la presse israélienne.
Weiss s’était rendue du côté israélien de la barrière frontalière le 13 novembre, accompagnée de plusieurs collègues. Le groupe aurait finalement franchi la frontière par des moyens non précisés, pénétrant partiellement dans la bande de Gaza, selon la chaîne publique Kan.
Un putsch de la droite
Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait dans le passé écarté l’idée d’annexer la bande de Gaza ou d’y rétablir les implantations, certains rapports indiquent qu’il pourrait revoir sa position face à la pression croissante de ses partenaires d’extrême droite au sein de la coalition, favorables à une telle politique.
Selon le quotidien hébreu Maariv, Israël pourrait commencer à annexer certaines parties de Gaza si le Hamas rejette une nouvelle fois les propositions des médiateurs pour un cessez-le-feu et la libération des otages. L’article précise que Jérusalem entend toutefois laisser une dernière chance aux négociations.
D’après ces informations non confirmées, Netanyahu aurait récemment présenté cette proposition d’annexion lors d’une réunion restreinte avec plusieurs ministres. Ces derniers auraient décidé de mettre en place une entité administrative spéciale pour gérer les zones concernées.
Un autre article, publié par Haaretz, affirme que le Premier ministre aurait avancé ce plan dans le but d’éviter que le ministre des Finances Bezalel Smotrich ne retire son parti HaTzionout HaDatit (Sionisme religieux) de la coalition.
Alors que son collègue d’extrême droite Ben Gvir s’est vivement opposé à l’augmentation récente de l’aide humanitaire israélienne à Gaza, Smotrich est resté silencieux sur le sujet, laissant entendre qu’il exerce des pressions discrètes sur Netanyahu.
Toujours selon Haaretz, le projet d’annexion commencerait par les zones comprises dans la « zone tampon » le long de la frontière, puis s’étendrait vers le nord de la bande de Gaza, à proximité des villes israéliennes de Sderot et Ashkelon, jusqu’à couvrir la majorité, voire la totalité, du territoire.
Smotrich aurait dit à Netanyahu que si le plan était mis en œuvre, son parti « resterait au gouvernement pour le moment » et que le Premier ministre serait « jugé sur ses actes ».
Selon l’article, le plan aurait reçu le feu vert du président américain Donald Trump.
Lors d’une conférence mardi, Smotrich a reconnu avoir été la cible de moqueries pour être resté dans la coalition, alors même qu’il avait promis de la quitter si l’aide humanitaire à Gaza venait à être augmentée – ce que le gouvernement a pourtant fait. « Si je suis encore au gouvernement, c’est, parce que j’ai, vraisemblablement des raisons de croire que de bonnes choses sont sur le point de se produire. Ce qui compense les moqueries dont je fais l’objet. Le temps dira si j’ai eu raison », a-t-il déclaré.
Décrivant la bande de Gaza comme une « partie indissociable de la terre d’Israël », Smotrich a affirmé que si le rétablissement des implantations abandonnées par Israël en 2005 avait longtemps relevé du « vœu pieux », cela représentait désormais une option « réaliste ».
S’exprimant lors d’une conférence organisée au Centre du patrimoine de Gush Katif, marquant le vingtième anniversaire du retrait israélien, le ministre d’extrême droite a précisé qu’il « ne voulait pas retourner à [l’implantation de] Gush Katif, qui est trop petite. Il faut voir plus grand, beaucoup plus grand. »
Un porte-parole du ministre de la Défense Israel Katz n’a pas répondu à une demande de commentaire mercredi.
Reuters et Jeremy Sharon ont contribué à cet article.
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