Israël en guerre - Jour 146

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Carnet du journaliste

À Jérusalem, l’extrême droite religieuse rêve de se réinstaller à Gaza

Lors d'une conférence prônant le retour au Gush Katif, une communauté déterminée veut "réparer les erreurs" de 2005, sans se soucier de la la communauté internationale

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Des militants pro-implantations lors de la conférence "Les implantations apportent la sécurité" pour promouvoir la construction d'implantations juives à Gaza montant sur scène dans des groupes dédiés qui cherchent à établir six nouvelles implantations dans l'enclave côtière, à Jérusalem, le 28 janvier 2024. (Crédit : Mouvement d'implantation Nachala)
Des militants pro-implantations lors de la conférence "Les implantations apportent la sécurité" pour promouvoir la construction d'implantations juives à Gaza montant sur scène dans des groupes dédiés qui cherchent à établir six nouvelles implantations dans l'enclave côtière, à Jérusalem, le 28 janvier 2024. (Crédit : Mouvement d'implantation Nachala)

Défiant la bruine morose qui s’abat sur Jérusalem depuis quelques jours et l’humeur généralement sombre du pays, des milliers de résidents d’implantations appartenant au mouvement sioniste religieux ont participé dimanche soir à une conférence promouvant avec fracas le rétablissement d’implantations juives dans la bande de Gaza.

Pour beaucoup, la conférence, dont le slogan était « Les implantations apportent la sécurité » marquait le premier pas vers la réparation d’une erreur historique. Le plan de désengagement de 2005, qui prévoyait l’évacuation des 21 implantations juives et de leurs 8 600 habitants de l’enclave côtière de Gush Katif, a été un véritable traumatisme spirituel pour la communauté sioniste religieuse, déterminée à compléter la restauration de la souveraineté juive sur l’ensemble de la Terre d’Israël.

Dix-huit ans plus tard, la question du retour des Juifs à Gush Katif n’est plus à l’ordre du jour, mais reste très controversée, tant en Israël qu’au sein de la communauté internationale. Et malgré cela, près d’un tiers des membres de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu étaient présents à la conférence.

L’événement a également été l’occasion d’un rassemblement très attendu de personnes partageant les mêmes idées, qui ont rapidement rempli le hall principal du Centre de conventions internationales. Des jeunes portant des papillotes (mèches de cheveux séparées sur le côté portées par les juifs orthodoxes) se saluaient en se donnant l’accolade, tandis que des familles entières accompagnées de jeunes enfants retrouvaient amis et connaissances, au son d’une musique joyeuse et de danses entraînantes qui ponctuaient les discours et les diverses prises de paroles de la soirée.

Le lendemain, les 11 ministres et la dizaine de députés de la coalition aperçus sur des photos alors qu’ils dansaient sur le podium de la conférence ont été vivement critiqués pour leur insensibilité aux émotions d’une nation déchirée par la guerre.

Les personnes présentes dans la salle y ont toutefois vu une réaction très sincère à l’air mélodieux joué par la superstar religieuse Aaron Razel en l’honneur des otages détenus par le Hamas, qui chantait le verset biblique « Que les rachetés de l’Éternel reviennent, Et qu’ils reviennent avec joie à Sion ».

Après le discours du ministre ultranationaliste de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, une série de vidéos a été diffusée dans une ambiance festive et sur une musique entraînante. Le chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit a été reçu comme une rock star lorsqu’il a salué la foule en disant : « Bonsoir Jérusalem, bonsoir au peuple d’Israël, bonsoir à la Terre d’Israël ».

Une des vidéos montrait des soldats qui, en violation directe des consignes, s’étaient filmés à Gaza pendant l’opération terrestre de Tsahal en cours, et se félicitaient de la destruction des villes gazaouies. Plusieurs soldats ont affirmé vouloir « conquérir et coloniser » le territoire. Ils ont été filmés semant des graines dans des champs, expliquant qu’ils « détruisaient pour construire » des implantations, et plantant des drapeaux israéliens.

Sur une autre vidéo, des soldats de Tsahal étaient filmés dansant dans la bande de Gaza en chantant : « Tout le monde connaît notre position, il n’y a pas de [Gazaouis] qui ne soient pas impliqués. » Cette vidéo a été applaudie à tout rompre par les militants réunis dimanche soir.

Il convient de noter que c’est cette même vidéo qui a été présentée aux juges de la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye au début du mois par des représentants juridiques sud-africains comme preuve de ce qu’ils affirmaient être l’intention génocidaire d’Israël à l’encontre des habitants de la bande de Gaza.

Des ministres et des députés dansant lors de la conférence « Les implantations apportent la sécurité  » pour promouvoir la reconstruction des implantations juives à Gaza, au Centre international des congrès de Jérusalem, le 28 janvier 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

La conférence s’est tenue deux jours seulement après l’arrêt de la CIJ selon lequel Israël a violé certains éléments de la Convention sur le génocide, mais cela n’a pas semblé préoccuper la foule, les organisateurs ou les ministres de haut niveau présents, qui ont eux-mêmes été cités par l’Afrique du Sud.

Au lieu de cela, les participants à la conférence ont écouté les remarques du ministre des Communications Shlomo Karhi (Likud), qui fait partie de la communauté religieuse sioniste, et qui a essentiellement appelé au transfert forcé des Palestiniens de la bande de Gaza.

Nous avons l’obligation d’agir, dans notre intérêt et même dans l’intérêt de ces civils prétendument non impliqués, pour [provoquer] l’émigration volontaire – même si cette guerre, qui nous a été imposée, transforme cette migration volontaire en une situation de « coercition jusqu’à ce qu’il dise ‘je veux le faire' », a affirmé Karhi. Le ministre a invoqué un principe de la loi juive selon lequel une personne peut être contrainte de remplir certaines obligations religieuses par une pression physique ou autre, y compris par des coups. Ses propos ont été acclamés et applaudis par l’auditoire.

Ces remarques, ainsi que le thème même de la conférence, vont à l’encontre de l’opinion publique israélienne.

Des Palestiniens fuient Khan Younès lors d’une offensive israélienne dans le sud de la bande de Gaza, le 27 janvier 2024. (Crédit : Fatima Shbair/AP)

La carte de la future bande de Gaza, telle qu’elle a été imaginée par les organisateurs et publiée lors de l’événement, ignore les 2,2 millions de Palestiniens qui vivent dans la bande de Gaza. Représentée dans des couleurs primaires vives et conviviales, la carte indiquait les six endroits où de nouvelles implantations seraient établies, mais ne mentionnait presque pas l’existence de centres de population palestiniens massifs.

Lorsqu’on lui a demandé si un tel plan d’implantation ne risquait pas d’aggraver les frictions et les conflits entre Israël et les Palestiniens, le président du conseil du district de Samarie, Yossi Dagan, l’un des principaux organisateurs de la conférence, a répondu à ce journaliste que « personne ne veut mélanger les populations ».

Lors de la conférence de dimanche, une partie de la communauté religieuse sioniste et ses dirigeants politiques, parmi lesquels des décideurs de premier plan, ont déclaré ouvertement et fièrement qu’ils considéraient la guerre actuelle comme une occasion de retourner vivre à Gaza et de « réparer l’injustice » du désengagement de 2005. La conférence, selon eux, était le début optimiste de ce processus.

Au début de son concert dimanche soir, le musicien Razel s’est adressé à la foule et a déclaré qu’il était fier d’appartenir au peuple juif et heureux de participer à cet événement édifiant. Un verset biblique cité par Razel avant de dédier une chanson aux soldats de Tsahal qui se battent à Gaza a peut-être évoqué par inadvertance la clameur mondiale entourant la campagne militaire actuelle d’Israël, et la tempête qui surviendrait si Israël rétablissait les implantations dans la bande de Gaza : « Le peuple juif a un esprit qui ne baisse pas la tête, qui ne se rend jamais. Une nation isolée, qui ne se considère pas comme faisant partie des nations » (c’est ainsi que feu le rabbin Jonathan Sacks traduit le verset).

Ainsi qu’il a été constaté lors de la conférence dimanche, cette partie de la communauté sioniste religieuse semble considérer qu’Israël est une nation qui n’a pas à se préoccuper de ce que les autres pays pensent, veulent ou font, et qu’elle ne devrait pas s’en préoccuper.

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