7-Octobre et Souccot : Les Israéliens peinent à concilier chagrin et joie
Les communautés et les citoyens se demandent comment et quand célébrer l'une des fêtes les plus joyeuses du calendrier hébraïque, désormais également l'un de ses jours les plus sombres
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JTA — À l’occasion de la deuxième commémoration du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, les Israéliens se sont demandé comment commémorer cette date, qui coïncidait avec le premier jour de Souccot, jour de fête dans la tradition juive.
Le gouvernement a reporté les commémorations officielles au lendemain de Simhat Torah, qui clôt la fête de Souccot, plutôt que de les organiser à la date anniversaire du calendrier grégorien. (Les atrocités du 7 octobre ont été perpétrées le jour de Simhat Torah, une fête habituellement joyeuse qui marque désormais la date anniversaire des massacres.) Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a été critiqué pour ne pas avoir mentionné directement le 7 octobre, se contentant d’écrire sur les réseaux sociaux : « Joyeux Souccot ».
Cette convergence entre la joie exigée par la religion lors de cette fête et le souvenir d’une mort massive a déclenché un débat plus large sur la question de savoir si la célébration et le deuil pouvaient coexister. Certains chefs religieux et groupes communautaires, notamment le mouvement du judaïsme réformé, ont insisté pour que le souvenir soit intégré aux rituels de la fête (allumer des bougies, lire les noms, ajouter des prières pour les disparus), tandis que d’autres ont fait valoir que la joie de Souccot devait rester intacte et que le deuil officiel devait être reporté.
Certains Israéliens se sont rendus dans le sud pour visiter les lieux des massacres, notamment les mémoriaux officiels de certains kibboutzim qui ont été dévastés le 7 octobre, mais une affluence plus importante était attendue mercredi, premier jour intermédiaire de la fête de Souccot. Le premier jour, les déplacements sont interdits à ceux qui adhèrent aux interprétations traditionnelles de la halakha – la loi juive orthodoxe.
Même parmi les personnes en deuil, les coutumes variaient. Gaby Young Shalev, une Britannico-Israélienne dont le jeune frère, le soldat franco-britannique Nathanel Young, a été tué au combat le 7 octobre, a indiqué que sa famille avait choisi de célébrer la fête avec des amis et des proches avant de se consacrer à la commémoration.
« J’ai essayé de ne pas penser au fait que nous sommes le 7 octobre, car je pense vraiment qu’il est important de ne pas laisser les atrocités du 7 octobre gâcher nos hagim », a-t-elle expliqué, utilisant le mot en hébreu désignant les fêtes juives.
Mais mardi soir, une fois la première partie de la journée de fête terminée, Young, ses parents et sa sœur Miriam se sont rendus au parc HaYarkon, à Tel Aviv, pour assister à la commémoration du 7 octobre organisée par Kumu (« Levez-vous »), une initiative mise en place par les familles des victimes et des otages, en marge de la cérémonie officielle de l’État.
L’événement a été retransmis en direct dans le monde entier et diffusé simultanément sur la Place des Otages.
Il s’est ouvert avec l’ex-otage Agam Berger interprétant au violon le thème de « La Liste de Schindler ». Entre les discours des proches des otages, des familles endeuillées et d’anciens captifs, des musiciens israéliens de renom se sont produits sur une scène symbolique : une voiture calcinée, comme celles détruites le long de la frontière de Gaza, entourée d’anémones rouges, la fleur nationale et symbole du souvenir, d’un abri anti-atomique criblé de balles et de 48 chaises jaunes suspendues, une pour chacun des otages toujours retenus à Gaza.
La chanteuse Yuval Raphael, qui a elle-même survécu au massacre du festival Nova et qui a ensuite représenté Israël à l’Eurovision, a chanté avec Daniel Weiss, dont les parents ont été assassinés par le Hamas. Zvi Zussman, père du général de division (Rés.) Ben Zussman, tué en décembre 2023, a récité la prière Yizkor, tandis qu’Elchanan Danino, dont le fils Ori a été enlevé puis assassiné en captivité, a récité le Kaddish – la prière de deuil.
La candidate israélienne à l’Eurovision 2024, Eden Golan, s’est exprimée en anglais lors de la diffusion en direct, déclarant que la nation « retenait son souffle » depuis deux ans et appelant à la libération des 48 otages toujours détenus à Gaza.
Elle a interprété « I’m Coming Home » (« Je rentre à la maison ») tandis que des images des otages remplissaient l’écran derrière elle. La foule a alors entonné le slogan « Everyone, Now » (« Tout le monde, maintenant »), devenu le symbole de la revendication de leur retour.
Contrairement à l’an dernier, la cérémonie était ouverte au grand public et a attiré environ 30 000 personnes. En 2024, 50 000 billets avaient été réservés par le public, mais les organisateurs avaient dû limiter la participation à la presse et aux familles des victimes en raison de menaces pesant sur la sécurité. Pour Young, l’ampleur de la foule cette année témoignait d’une réaction collective qui dépassait le cercle des personnes les plus directement touchées.
« Cela nous rappelle qu’il ne s’agit pas seulement des familles endeuillées ou des familles des otages », a-t-elle déclaré.
« Tout le pays est en deuil. »
Lors de la cérémonie commémorative de l’an dernier, Young avait confié à la JTA que c’était la première fois qu’elle prenait vraiment conscience du décès de son frère.
Au cours des mois précédents, avait-elle expliqué, le chagrin de sa famille avait été atténué par des distractions « heureuses » : la naissance de ses jumeaux, l’immigration de ses parents du Royaume-Uni vers Israël, ainsi que la multitude de projets créés en mémoire de Nathanel. Mais après une nouvelle année écoulée, alors qu’elle revenait au même endroit en octobre dernier, le sentiment de perte était plus vif. Mardi, elle a déclaré que le temps qui passait rendait son absence plus difficile à supporter, et non pas plus facile.
« Nous réalisons que Nathanel n’est pas simplement parti pour de longues vacances, mais qu’en réalité il ne reviendra pas », a-t-elle expliqué.
La publication, le mois dernier, du rapport d’enquête mené pendant un an par l’armée sur les circonstances de sa mort, a-t-elle ajouté, a rendu cette perte encore plus évidente.
« Nous continuons néanmoins à vivre notre vie avec beaucoup de détermination. »
« Nous perpétuons son esprit en nous demandant, même dans les situations les plus banales, ce que Nat aurait fait. »
Young a déclaré avoir été profondément touchée par une image partagée sur scène par Tomer Zak, une autre intervenante endeuillée dont les parents et le jeune frère ont été tués dans les attaques. Zak s’est comparée à un arbre qui a perdu ses feuilles mais dont les racines sont restées solides. Pour Young, cette métaphore illustre parfaitement la tension entre dévastation et résilience.
« Quand les autres regardent cela de l’extérieur, ils se demandent comment cette personne peut continuer à vivre. Mais le souvenir et la lumière de la personne que nous avons perdue, Nathanel, nous permettent de continuer et nous rendent plus forts. Cela nous donne des pouvoirs magiques : nous voulons faire toutes ces choses pour eux », a-t-elle expliqué.
Pour honorer sa mémoire, la famille a créé un fonds commémoratif en son nom afin de soutenir des projets destinés aux jeunes en difficulté, notamment ceux atteints de TDAH et d’autres formes de neurodivergence. Cette initiative reflète la détermination de Nathanel à surmonter ses propres échecs dans la vie et à aider les autres à faire de même.
À quelques kilomètres à l’est, à Bnei Brak, l’ambiance était bien différente. Tard dans la nuit, de la musique hassidique retentissait depuis la synagogue Beit Hashem, à l’occasion d’un Simhat Beit HaShoeva, une célébration de Souccot au cours de laquelle les pratiquants dansent et jouent de la musique jusque tard dans la nuit durant toute la semaine de la fête. Des hommes coiffés de shtreimel en fourrure, ces chapeaux ronds traditionnels portés par les hommes hassidiques, affluaient à l’intérieur, tandis que les enfants se poursuivaient dans les ruelles étroites.
Interrogés sur la tension entre célébration et deuil, plusieurs participants ont déclaré ne pas savoir que la date anniversaire grégorienne du 7 octobre était arrivée. Un peu plus loin, des émissaires du mouvement Habad-Loubavitch avaient érigé une souccah au bord de la route, drapée de drapeaux jaunes appelant le Messie – contrastant avec les rubans jaunes omniprésents au mémorial de Tel Aviv – et distribuaient de la barbe à papa aux enfants.
Yossi, l’un des bénévoles Habad, a déclaré que cette date sombre ne changeait en rien le message de son mouvement.
« Nous prions chaque jour pour le retour des otages et pour que les soldats reviennent sains et saufs. Nous prions pour eux chaque jour, lors de nos prières quotidiennes et lorsque nous lisons la Torah », a-t-il expliqué.
Une femme vêtue d’un débardeur a déclaré qu’elle se considérait comme laïque, mais que le moment choisi pour l’attaque graverait ce souvenir dans le calendrier hébraïque.
« Je ne peux pas faire abstraction du fait que cela s’est produit pendant Shabbat et pendant une fête aussi joyeuse que Simhat Torah. [Le Hamas] nous a privés de cela pour toujours. »
À Holon, au sud de Tel Aviv, le chanteur israélien populaire Eyal Golan a passé la journée chez lui. Sa plus jeune sœur, Shirel, qui avait survécu au festival Nova, s’est suicidée peu avant le premier anniversaire des attaques.
Il a indiqué qu’il n’avait pas pu se résoudre à assister à la cérémonie commémorative, ajoutant que s’occuper de ses deux petites filles, dont la plus jeune est un nouveau-né, était sa priorité.
« Le mental affecte le physique », a-t-il expliqué à propos des migraines dont il souffre.
« Je me sentais vide toute la journée, et je luttais contre mon propre [syndrome de stress post-traumatique] TSPT juste pour pouvoir fonctionner. »
À la fin de l’événement organisé dans le parc HaYarkon, la foule s’est levée pour entonner l’Hatikva, l’hymne national israélien.
Pour Young, ce moment a associé le deuil à la détermination.
« C’est un chagrin collectif, mais aussi un espoir collectif, c’est ce que j’ai ressenti à la fin de l’Hatikva. Oui, nous sommes tous en deuil, mais il y a quelque chose avec le Am Yisrael, avec le peuple d’Israël et avec le peuple israélien. Nous continuons d’avancer. »
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