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Abbas préparerait son fils à prendre la relève, au grand dam de ceux qui aspirent à un renouveau

Les récentes rencontres entre Yasser Abbas et de hauts cadres de l'AP, ainsi que le prochain vote au sein du Fatah, alimentent les spéculations selon lesquelles le dirigeant souhaiterait maintenir le pouvoir au sein de sa famille

Le dirigeant de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, entouré de ses deux fils, Yasser (à gauche) et Tarek (à droite), prenant brièvement la parole avant de quitter un hôpital près de Ramallah, en Cisjordanie, le 28 mai 2018. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Le dirigeant de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, entouré de ses deux fils, Yasser (à gauche) et Tarek (à droite), prenant brièvement la parole avant de quitter un hôpital près de Ramallah, en Cisjordanie, le 28 mai 2018. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Une série d’annonces faites ce mois-ci par des institutions officielles de l’Autorité palestinienne (AP) a alimenté les spéculations selon lesquelles Yasser Abbas, le fils millionnaire du dirigeant de l’AP Mahmoud Abbas, serait en passe de remplacer son père vieillissant.

Yasser Abbas, 64 ans, n’occupe aucun poste officiel au sein de l’AP, n’a jamais participé à la vie politique palestinienne et passe la majeure partie de son temps hors de la Cisjordanie.

Pourtant, ces derniers jours, des communiqués officiels ont détaillé les réunions qu’il a récemment tenues avec le commandant de la police palestinienne, le gouverneur de la Banque centrale palestinienne, la direction de l’Autorité palestinienne des retraites (qui supervise les retraites des employés du secteur public), etc.

Ces communiqués désignent Yasser Abbas comme « envoyé spécial du président », bien que le bureau du dirigeant de l’AP n’ait jamais officiellement annoncé sa nomination à ce poste.

La mise en avant soudaine du fils aîné d’Abbas au cœur de la politique et des décisions de Ramallah a suscité des soupçons selon lesquels le dirigeant palestinien de 90 ans chercherait à le préparer à devenir le prochain chef du Fatah – le parti qui contrôle l’AP – après vingt ans passés au pouvoir en refusant d’organiser des élections.

Yasser Abbas, qui passe la plupart de son temps au Canada, a amassé une fortune au cours des dernières décennies grâce à plusieurs entreprises qu’il possède dans les secteurs des télécommunications, de la construction et de la finance.

Yasser Abbas, fils du dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, rencontrant le commandant de la police palestinienne Alam al-Saqqa, le 26 avril 2026. (Crédit : Page Facebook officielle de la police de l’Autorité palestinienne)

Ses détracteurs l’accusent depuis longtemps, ainsi que son frère Tarek, lui aussi homme d’affaires, d’utiliser les fonds publics pour financer leurs entreprises, des allégations que les deux hommes réfutent. Mahmoud Abbas fait également l’objet d’accusations de corruption depuis des années.

Les internautes ont fustigé Mahmoud Abbas pour ce qu’ils considèrent comme un nouvel abus de pouvoir, qualifiant l’AP « d’État d’Abbas » et l’accusant d’agir comme un émir dans une monarchie du Golfe où le pouvoir se transmet par héritage.

Le 4 mai, l’organisme palestinien indépendant de lutte contre la corruption, Aman, a exigé que l’AP clarifie la nomination de Yasser Abbas en tant qu’envoyé spécial du dirigeant, arguant qu’au vu des « vives critiques » entourant cette décision, des critères clairs pour de telles nominations devraient être rendus publics.

À ce jour, ni l’AP ni le bureau de Mahmoud Abbas n’ont répondu à ces critiques.

L’AP n’a pas répondu à une demande de commentaires de la part du Times of Israel.

Dans ce que certains considèrent comme un premier pas vers un rôle de dirigeant, Yasser Abbas devrait briguer l’un des 18 sièges du Comité central du Fatah qui seront disputés lors d’un congrès du parti à Ramallah, du 14 au 16 mai. Il s’agira du premier rassemblement de ce type depuis près de dix ans, ont indiqué des sources proches de ses projets.

Ces dernières semaines, il a tenu des réunions avec des factions du parti représentant les services de sécurité de l’AP ainsi qu’avec des groupes représentant les prisonniers détenus par Israël, un électorat influent dont le soutien pourrait lui être précieux lorsque les quelque 2 500 membres votants du Fatah se rendront aux urnes pour élire le comité.

Samer Sinijlawi, un militant palestinien et commentateur critique à l’égard du contrôle exercé par Mahmoud Abbas sur le Fatah, a déclaré au Times of Israel que même si la percée de Yasser Abbas au cœur du pouvoir à Ramallah n’a pas pour but de l’installer à la tête de l’AP, cela pourrait néanmoins constituer une tentative de la part d’Abbas père de mettre son fils en bonne grâce auprès de ceux qui finiront par détenir le pouvoir, afin de garantir que les intérêts commerciaux de la famille restent protégés et ne soient pas remis en cause par les autorités de régulation.

Yasser Abbas, le fils du dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lors d’une réunion avec le gouverneur de l’Autorité monétaire palestinienne, le 3 mai 2026. (Crédit : Page Facebook officielle de l’Autorité monétaire palestinienne)

« Il s’agit simplement d’une manœuvre visant à renforcer son emprise et à préparer le terrain pour que son fils puisse lui aussi se retrouver à un poste de direction qui lui permettra plus tard, sinon de prendre la tête, du moins de maintenir à flot les affaires familiales », a expliqué Sinijlawi, qui réside à Jérusalem-Est.

Selon Sinijlawi, la tentative de promouvoir Yasser Abbas au sein de la sphère politique palestinienne équivaudrait à un « suicide politique », et la société palestinienne ainsi que la communauté internationale rejetteraient une telle initiative.

« Même les dirigeants arabes des environs, qui ne sont pas très sensibles à la démocratie, lui ont conseillé [de ne pas le faire] par le passé », a-t-il déclaré, ajoutant qu’on avait rappelé à Abbas que les tentatives de l’ancien président égyptien Hosni Moubarak pour promouvoir son fils Gamal Moubarak avaient contribué à alimenter les manifestations qui avaient conduit à sa chute.

« Il n’écoute pas. »

Mahmoud Abbas a essuyé des critiques pour s’être accroché au pouvoir bien au-delà de 2010, date à laquelle son mandat présidentiel de cinq ans devait prendre fin. Il a à plusieurs reprises programmé puis annulé des élections, tout en réprimant systématiquement les manifestations publiques de dissidence.

Cependant, son âge avancé suscite des craintes quant à une lutte de pouvoir violente lors de sa mort ou de sa retraite, mais aussi l’espoir que son départ ouvrira la voie à une direction plus jeune et plus populaire, capable de redynamiser le Fatah et l’Autorité palestinienne.

La promotion de Yasser Abbas risque d’exacerber cette lutte de succession, tandis que certains responsables du Fatah s’inquiètent de sa capacité à unifier les Palestiniens ou à leur tracer un nouvel avenir politique.

« Il a atteint l’âge de la retraite », a déclaré Sinijlawi, appelant à un renouveau de la vie politique palestinienne.

Yasser Abbas lors d’une interview, le 24 février 2017. (Crédit : Capture d’écran/Facebook ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Au fil des ans, Yasser Abbas a participé de manière irrégulière à des réunions officielles aux côtés de son père.

Ces dernières années, il s’était largement retiré de la scène diplomatique publique, même si son nom a refait surface dans le cadre de plusieurs initiatives diplomatiques palestiniennes. En septembre 2023, il aurait participé à des pourparlers avec Ryad concernant la possibilité d’une normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël.

En 2025, il aurait agi en tant que représentant de son père lors de pourparlers entre l’AP et le gouvernement libanais concernant le transfert d’armes lourdes détenues dans des camps de réfugiés palestiniens au Liban à l’armée libanaise.

La conférence de l’après-Abbas

La conférence du Fatah, au cours de laquelle les membres du parti élisent les représentants des instances dirigeantes de moindre importance du mouvement – notamment le Comité central composé de 21 membres – est censée avoir lieu tous les cinq ans, conformément aux statuts du Fatah.

Dans la pratique, cependant, les retards répétés de la direction du parti ont repoussé cet événement à plusieurs reprises, et ce ne sera que la huitième conférence depuis la fondation du Fatah en 1959.

Selon des médias arabes, Abbas aurait convoqué cette conférence à ce moment précis afin de placer des proches à des postes clés du Fatah avant d’être trop âgé pour gouverner.

Ces dernières années, il a déjà remplacé la grande majorité des responsables de la sécurité palestinienne par des personnalités ayant précédemment servi dans la garde présidentielle, une force considérée comme lui étant personnellement fidèle.

Le chef des services de renseignement de l’Autorité palestinienne, Majed Faraj, arrivant à la cérémonie d’inauguration d’une usine de traitement des déchets, dans le nord de la bande de Gaza, le 13 mars 2018. (Crédit : Ashraf Amra/APA Images via ZUMA Wire)

Un haut responsable du Fatah, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat auprès de Reuters, a décrit le rôle éventuel de Yasser Abbas au sein du Comité central comme « un début », ajoutant qu’il chercherait probablement par la suite à obtenir un siège au sein du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), ce qui lui conférerait une influence accrue sur l’Autorité palestinienne.

Un autre haut responsable du Fatah, s’exprimant également sous couvert d’anonymat, a déclaré : « Abbas tente de creuser des brèches dans le navire du Fatah avant sa mort en installant son fils comme héritier de la couronne. Tous les membres du Fatah devraient s’y opposer et rejeter cette manœuvre. »

Outre son fils, des informations font également état de la tentative d’Abbas de promouvoir Majed Faraj, le chef des services de renseignement et le seul haut responsable de la sécurité à ne pas avoir été remplacé ces dernières années.

« Ce n’est pas une conférence d’unité [au sein du Fatah], c’est une conférence sur la succession de Mahmoud Abbas », a déclaré Samir Khalaf, une figure de l’opposition au sein du Fatah originaire de Gaza, à propos de cette réunion.

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, présidant une réunion du Comité central du Fatah, à Ramallah, le 19 février 2025. (Crédit : Thaer Ghanem/PPO/AFP)

Faraj est considéré comme proche de Mahmoud Abbas, mais il n’occupe actuellement aucun poste de haut rang au sein du Fatah. Il était perçu comme un successeur potentiel avant qu’Abbas ne nomme, l’année dernière, Hussein al-Cheikh au poste de vice-président de l’OLP, vacant depuis des décennies. Cette nomination a aussi été largement considérée comme une tentative de le positionner comme un successeur potentiel.

Selon Sinijlawi, les efforts actuels visant à promouvoir Yasser Abbas pourraient avoir pour but de contrebalancer l’influence croissante d’al-Cheikh.

Reham Owda, analyste politique palestinien, a déclaré qu’Abbas pouvait certes aider son fils à gravir les échelons au sein du Fatah, mais qu’occuper un poste au sein du parti ne garantissait pas un succès aux urnes, si et quand des élections auraient lieu.

« Cela ne résout pas la frustration du peuple palestinien, car aucune élection démocratique n’a eu lieu depuis 2006 », a-t-il ajouté.

« Au contraire, cela ne fait qu’accroître la frustration, car la population attend avec impatience des élections démocratiques, tant législatives que présidentielles. »

Or un scrutin local survenu en Cisjordanie et à Gaza n’a attiré que peu de monde aux urnes.

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