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Interview

Danon : La reconnaissance d’un État palestinien sert à « faire retomber la pression » en Occident

Selon l'ambassadeur d'Israël à l'ONU, des pays "déconnectés" veulent "montrer qu'ils agissent" lors de l'AG qui se tiendra fin septembre, même si ça n'aura d'autre effet que "d'entraver" les négociations sur les otages

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

L'ambassadeur israélien auprès des Nations unies, Danny Danon, lors d'une session du Conseil de sécurité, le 27 août 2025. (Crédit : Perry Bindelglass/Mission israélienne auprès des Nations unies)
L'ambassadeur israélien auprès des Nations unies, Danny Danon, lors d'une session du Conseil de sécurité, le 27 août 2025. (Crédit : Perry Bindelglass/Mission israélienne auprès des Nations unies)

Avant même que les dirigeants occidentaux n’annoncent leur intention de reconnaître un État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies fin septembre, le conflit israélo-arabe était déjà en passe de devenir le sujet principal à l’ordre du jour de la conférence.

La guerre contre le Hamas à Gaza, déclenchée à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien le 7 octobre 2023, pourrait bien approcher de son triste deuxième anniversaire, avec des dizaines d’otages toujours en captivité et le nombre de morts gazaouis qui continue d’augmenter.

« Ces pays veulent montrer qu’ils agissent, alors ils relâchent la pression en faisant ces déclarations », a déclaré mercredi Danny Danon, ambassadeur d’Israël à l’ONU, dans une interview accordée au Times of Israel, en référence aux projets de la France, du Royaume-Uni, de l’Australie et du Canada de reconnaître un État palestinien.

L’envoyé israélien a fait valoir que ces annonces ne feraient pas avancer la création d’un État palestinien sur le terrain, à laquelle Jérusalem s’oppose farouchement. Elles ont toutefois eu un impact concret sur les pourparlers visant à conclure un accord de cessez-le-feu et de libération des otages dans la bande de Gaza, a déclaré Danon.

« Il ne fait aucun doute que ces décisions entravent les négociations », a-t-il affirmé, soulignant que le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait avancé le même argument.

Un diplomate arabe et une deuxième source impliquée dans les pourparlers ont déclaré au Times of Israel que les nouvelles exigences du Hamas, qui ont conduit les États-Unis et Israël à se retirer des négociations sur les otages, avaient été présentées quelques heures avant l’annonce faite le 24 juillet par le président français Emmanuel Macron selon laquelle Paris reconnaîtrait un État palestinien lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre.

Des familles d’otages, vivants ou morts, détenus dans la bande de Gaza, ainsi que des sympathisants, marchant à travers Tel Aviv pour réclamer un accord, le 26 août 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Depuis lors, les médiateurs égyptiens et qataris ont réussi à convaincre le Hamas de renoncer à ses nouvelles exigences et d’accepter leur proposition d’un cessez-le-feu progressif, presque identique à celui accepté par Israël en juillet, selon les deux sources.

Israël a toutefois évité de répondre à cette proposition et poursuit ses plans visant à ce que l’armée israélienne prenne le contrôle de Gaza-City.

« La situation est actuellement à l’étude et en cours d’examen. Nous avons accepté de nombreuses propositions jusqu’à présent, et le gouvernement devra prendre une décision [sur la dernière proposition], tout en s’assurant que nous sommes toujours en mesure d’atteindre nos objectifs de guerre », a expliqué Danon, faisant manifestement référence aux efforts déployés par Israël pour vaincre le groupe terroriste palestinien, en plus de libérer les otages.

Danon a fait valoir que les dirigeants occidentaux « déconnectés » qui envisagent de reconnaître un État palestinien sont les mêmes qui négligent les négociations en cours sur le cessez-le-feu ; leurs annonces visent en réalité à améliorer leur position politique respective au niveau national.

Les partisans de cette reconnaissance affirment qu’il s’agit d’un impératif moral, compte tenu de la crise humanitaire qui sévit actuellement à Gaza, et d’une étape nécessaire pour relancer les perspectives d’une solution à deux États, en concrétisant la création d’un État palestinien qu’ils souhaitent voir coexister avec Israël.

Cependant, sans l’adhésion d’Israël, alors que le Hamas reste la force palestinienne dominante à Gaza et que les mesures prises par Israël risquent de faire s’effondrer une Autorité palestinienne déjà affaiblie en Cisjordanie, il est difficile de savoir comment cette reconnaissance pourrait changer la donne sur le terrain.

Comment le Hamas pourrait-il être renversé, si ce n’est par Israël ?

Danon a reconnu que l’initiative française visant à reconnaître un État palestinien était accompagnée d’une déclaration conjointe de l’ensemble de la Ligue arabe appelant le Hamas à déposer les armes et à mettre fin à son règne sur Gaza.

De la fumée s’élevant après une opération de l’armée israélienne, dans le quartier de Zeitoun, à Gaza-City, le 26 août 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

« Mais lorsque j’ai demandé à mes collègues comment exactement le Hamas serait évincé de Gaza, ils n’ont pas su me donner de réponse satisfaisante », a indiqué l’envoyé israélien.

Selon un ancien responsable américain et un diplomate arabe interrogés par le Times of Israel, l’administration Biden aurait obtenu l’engagement de plusieurs pays arabes à fournir des fonds et des soldats pour assurer la sécurité et relancer la bande de Gaza après la guerre, notamment en œuvrant au désarmement des derniers terroristes du Hamas.

Cependant, cette aide des pays arabes reste conditionnée à l’inclusion d’une Autorité palestinienne (AP) réformée dans la reconstruction de Gaza, dans le cadre de la mise en place d’une voie vers une solution à deux États, alors qu’Israël s’oppose farouchement à tout rôle de l’AP.

Danon a rejeté l’offre arabe, suggérant que les forces internationales ne seraient pas disposées à entrer dans la bande de Gaza tant que le Hamas y serait toujours actif.

Des soldats israéliens à côté de leurs véhicules blindés stationnés dans une zone de rassemblement, près de la frontière entre Israël et Gaza, vue depuis le sud d’Israël, le 26 août 2025. (Crédit : Maya Levin/AP)

En attendant, Israël tente d’éradiquer le Hamas par ses propres moyens. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé une opération imminente de prise de contrôle de Gaza-City, visant à démanteler le dernier bastion du groupe terroriste. Cependant, il avait décrit de la même manière l’incursion à Rafah en 2024, alors que le Hamas est passé d’une milice organisée à une guérilla insurrectionnelle cherchant à tirer profit d’une présence israélienne prolongée à Gaza.

Danon a insisté sur le fait que c’est la pression militaire israélienne sur le Hamas qui a poussé le groupe terroriste à libérer certains otages par le passé, et non « les déclarations à l’ONU ou les discussions au Conseil de sécurité ».

« Nous nous battons pour que le Hamas d’aujourd’hui ne soit pas celui du 7 octobre, plutôt que de faire des déclarations à l’ONU dans une salle climatisée », a-t-il déclaré.

« La campagne menée depuis Paris »

Danon a supposé que l’impulsion derrière les derniers projets de reconnaissance d’un État palestinien ne venait pas de Ramallah, mais de Paris.

« La campagne est menée depuis Paris, qui non seulement reconnaît [un État palestinien], mais fait également pression sur d’autres pays » pour qu’ils fassent de même», a déclaré Danon, tout en soulignant que ces reconnaissances ont été saluées par le Hamas comme le « fruit » de son pogrom du 7 octobre.

L’envoyé israélien a indiqué qu’il était en contact avec les responsables français, qui ont tenu Jérusalem informée de leurs projets « après coup ».

Interrogé sur la possibilité que l’un des pays qui prévoient de reconnaître un État palestinien en septembre fasse machine arrière, Danon n’a pas donné de réponse catégorique. Il a toutefois souligné que certains pays, comme l’Allemagne, s’étaient opposés à cette tendance, estimant que les conditions n’étaient pas réunies et que cela n’améliorerait pas la situation sur le terrain.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer (à gauche) et le président français Emmanuel Macron tenant une conférence de presse conjointe, à Londres, le 10 juillet 2025. (Crédit : Leon Neal/Pool Photo via AP)

Interrogé sur l’existence d’un moyen de minimiser l’impact de la reconnaissance de la Palestine, Danon a répondu qu’Israël était en pourparlers avec divers pays à ce sujet.

« Nous transmettons nos messages. Mais il est clair pour nous que le climat actuel est difficile, car cela fait presque deux ans que les événements du 7 octobre se sont produits », a-t-il expliqué.

« Nous nous battons chaque jour pour rappeler au monde le sort des otages, dont on entend de moins en moins parler dans les autres pays. »

Aucune riposte américano-israélienne à l’horizon

L’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Dorothy Shea, s’adressant à la presse avant une réunion du Conseil de sécurité sur la situation au Moyen-Orient ,au siège des Nations unies, à New York, le 20 mars 2025. (Crédit : © Lev Radin/Pacific Press via ZUMA Press Wire)

Danon a expliqué qu’Israël coordonnait étroitement ses actions avec les États-Unis sur cette question, mais qu’il n’existait aucune campagne commune visant à sanctionner les pays qui reconnaîtraient un État palestinien.

Washington s’est prononcé contre cette initiative et a critiqué les pays qui l’ont adoptée, mais le président américain Donald Trump a également déclaré que les dirigeants concernés avaient le droit d’exprimer leur opinion sur la question.

Néanmoins, l’ambassadeur israélien a salué les efforts déployés par l’administration Trump pour soutenir Israël à l’ONU, notamment l’invitation d’anciens otages du Hamas et de leurs familles à s’exprimer devant le Conseil de sécurité.

Alors que l’administration Biden a pris des mesures similaires, Danon a fait valoir qu’Israël devait redoubler d’efforts pour assurer sa sécurité depuis le retour de Trump à la Maison Blanche.

L’administration Biden a bloqué plusieurs résolutions du Conseil de sécurité et déclarations conjointes appelant à un cessez-le-feu immédiat à Gaza, mais a autorisé l’adoption de deux mesures auxquelles Israël s’opposait : l’une appelant à augmenter l’aide à la bande de Gaza et l’autre appelant à la libération inconditionnelle des otages et à un cessez-le-feu pendant le ramadan en mars 2024.

« On avait parfois l’impression que cela leur coûtait [de soutenir les positions du gouvernement israélien]. Ce n’était pas facile pour eux », a affirmé Danon.

« Avec l’administration actuelle, on voit bien qu’ils sont sincèrement fiers de nous soutenir, et cette décision leur vient plus naturellement. »

Faire fi de Smotrich et de Ben Gvir

Les relations avec presque tous les autres alliés d’Israël se sont détériorées à mesure que la guerre à Gaza se prolonge. Beaucoup d’entre eux sont particulièrement choqués par les propos du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et d’autres membres ultranationalistes du gouvernement Netanyahu, qui se sont prononcés en faveur de l’expulsion des Palestiniens de la bande de Gaza et de la réinstallation d’implantations.

Selon Danon, que de telles déclarations justifient leur position à l’égard d’Israël, n’est pas digne de ces pays.

« Ils connaissent la politique, la Knesset et le système en Israël ; ils savent que ce qui compte, ce sont les décisions prises par le cabinet », a-t-il déclaré.

« Il leur est donc commode de se concentrer sur telle ou telle déclaration, mais ils savent bien que ces déclarations sont sans effet. »

Le chef du parti HaTzionout HaDatit Bezalel Smotrich (à droite) et le chef du parti Otzma Yehudit Itamar Ben Gvir lors d’un vote à la Knesset, à Jérusalem, le 28 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Cependant, les opposants de Netanyahu rétorquent qu’il est redevable à ces mêmes partenaires d’extrême droite de la coalition pour maintenir son gouvernement intact et qu’il a mené la guerre jusqu’à présent d’une manière qui laisse ouverte la possibilité que leur programme radical soit mis en œuvre.

Le Premier ministre en personne a déclaré qu’il s’opposait à l’établissement d’implantations à Gaza, mais il a également déclaré être sensible au « Grand Israël » et soutient la « migration volontaire » des Gazaouis, ce que les critiques qualifient d’euphémisme pour désigner un « nettoyage ethnique ».

Danon a toutefois répondu à ceux qui se concentrent sur les ministres israéliens de la droite dure : « C’est le gouvernement qui est aux commandes. »

« Même si nous avons décidé de mener une politique [militaire] agressive, nous l’avons fait de manière ordonnée et avons minimisé les préjudices causés à la population civile en lui permettant d’évacuer et en mettant en place une réponse humanitaire », a-t-il déclaré.

« La campagne de famine du Hamas »

Des groupes de défense des droits humains ont signalé plusieurs cas de frappes israéliennes ayant fait des dizaines de victimes civiles, tandis que Tsahal assure prendre des mesures pour éviter les pertes civiles. L’armée souligne toutefois que le groupe terroriste viole systématiquement le droit international et utilise la population comme bouclier humain pour mener ses activités terroristes, en combattant depuis des zones civiles, notamment des maisons, des hôpitaux, des écoles et des mosquées.

Mais Israël a également instauré un blocage de 78 jours, de mars à mai, qui, selon les organisations internationales, aurait conduit Gaza au bord d’une famine généralisée.

Interrogé sur le fait de savoir si ce blocage avait été une erreur, Danon a critiqué la « campagne réussie du Hamas » visant à convaincre la communauté internationale qu’il y avait une famine généralisée à Gaza.

Des Gazaouis attendant pour recevoir du riz dans une cuisine communautaire qui distribue gratuitement de la nourriture dans l’ouest de Gaza-City, le 28 août 2025. (Crédit : Bashar Taleb/AFP)

Il a comparé cela à la tentative de présenter Israël comme ciblant intentionnellement des hôpitaux, sans mentionner que le Hamas les utilise à des fins terroristes.

Il a expliqué qu’Israël avait estimé, en mars, que suffisamment d’aide avait été acheminée dans la bande de Gaza durant les six semaines de cessez-le-feu précédant cette décision.

« Nous constatons aujourd’hui que même lorsque les points de passage sont ouverts et qu’il n’y a pas de pénurie alimentaire, la campagne de famine menée par le Hamas se poursuit », a souligné Danon.

« Je suppose qu’ils auraient mené la même campagne, que nous ayons pris ou non la décision » de suspendre l’aide.

Une Diaspora juive à bout de forces

Outre l’affaiblissement de la position diplomatique d’Israël, la guerre a mis à rude épreuve les relations entre Jérusalem et la Diaspora, un problème auquel Danon a été davantage exposé en raison de son poste à New York.

« Je suis parfaitement conscient qu’il y a une certaine lassitude », a-t-il déclaré.

« Après deux années très intenses, la fatigue se fait ressentir, tant en Israël qu’au sein des communautés juives et des amis d’Israël. »

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar s’exprimant lors de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, à New York, sur une photo publiée le 26 août 2025. (Crédit : Ohad Kab/Ministère des Affaires étrangères)

« Dans mes conversations avec les dirigeants [de la communauté juive], je leur dis que nous traversons effectivement une période difficile, mais que nous devons faire preuve de force et de patience et continuer à nous battre » pour défendre la guerre d’Israël, a ajouté Danon.

Danon a indiqué que cette approche serait la sienne lors de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale à venir, qu’il s’attend à voir « hostile et difficile » pour Israël.

« Si les précédentes Assemblées générales se sont concentrées sur l’Ukraine ou le Soudan du Sud, je pense qu’il est clair que cette fois-ci, tous les regards seront tournés vers ce qui se passe chez nous », a déclaré Danon, ajoutant qu’Israël profitait de l’occasion pour attirer l’attention sur le sort des otages en invitant leurs familles à se rendre à l’ONU afin de « rappeler au monde entier pourquoi nous poursuivons cette guerre ».

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