Le Canada a l’intention de reconnaître un État palestinien, Israël condamne
Certains voient dans cette annonce, qui repose sur les engagements du dirigeant de l'Autorité palestinienne, une récompense pour le Hamas qui pourrait mettre en péril les accords commerciaux avec les États-unis
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Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a annoncé mercredi que le Canada prévoyait de reconnaître un État palestinien, le 21 septembre à l’ONU. Ce changement de politique a aussitôt été condamné vigoureusement par Israël.
« Le Canada a l’intention de reconnaître un État palestinien lors de la 80ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, au mois de septembre 2025 », a déclaré Carney lors d’une conférence de presse à Ottawa, soulignant que « le niveau de souffrance humaine à Gaza est intolérable ».
En franchissant le pas de la reconnaissance, le Canada est motivé par une conviction « de longue date » en faveur d’une solution à deux États pour mettre fin au conflit israélo-arabe, qui dure depuis des décennies, a justifié son Premier ministre.
« Cette possibilité d’une solution à deux États s’érode sous nos yeux », a déclaré Carney.
L’intention du Canada « repose sur la volonté de l’Autorité palestinienne de mener des réformes essentielles », a expliqué le Premier ministre, citant l’engagement pris par le dirigeant Mahmoud Abbas d’organiser notamment des élections en 2026, d’adopter des mesures de lutte contre la corruption avec la création d’un État palestinien démilitarisé. Carney a souligné qu’il « ne minimisait en aucune façon l’ampleur de cette tâche ».
« Il est clair que ce n’est pas une possibilité à court terme », a déclaré le Premier ministre, ajoutant que le Canada s’était joint aux efforts d’autres États pour « préserver la possibilité d’une solution à deux États ».
« Il reste encore beaucoup à faire avant qu’un État démocratique viable puisse être établi », a-t-il ajouté.
Abbas a salué mercredi la décision « courageuse » du Canada, qui « intervient à un moment historique critique pour sauver la solution à deux États ».
Il s’agit du troisième pays membre du G7, après les récentes annonces de la France et du Royaume-Uni, à avoir récemment annoncé son intention de reconnaître l’État palestinien en septembre.
Mercredi, Malte, membre de l’Union européenne, a également déclaré qu’elle reconnaîtrait l’État palestinien.
Israël condamne, la France salue
Israël a immédiatement décrié cette annonce et a dénoncé une « campagne de pression internationale déformée » qui « durcit la position du Hamas à la table des négociations à un moment critique », a réagi l’ambassade d’Israël à Ottawa dans un communiqué.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a, pour sa part, vivement critiqué, dans une publication sur le réseau social X, le revirement du gouvernement canadien, estimant qu’il « récompense le Hamas et nuit aux efforts visant à obtenir un cessez-le-feu à Gaza et à libérer les otages ».
Iddo Moed, ambassadeur d’Israël au Canada, a déclaré qu’Israël « ne céderait pas à la campagne de pression internationale perverse menée à son encontre ».
« Nous ne sacrifierons pas notre existence même en permettant l’imposition d’un État djihadiste sur notre terre ancestrale qui cherche à nous anéantir », a-t-il déclaré dans un communiqué.
« Reconnaître un État palestinien en l’absence d’un gouvernement responsable, d’institutions fonctionnelles ou d’un leadership bienveillant, c’est récompenser et légitimer la barbarie monstrueuse du Hamas », a poursuivi Moed.
« C’est punir les victimes israéliennes et palestiniennes du Hamas, c’est donner raison au Hamas. »
Le président américain Donald Trump a également critiqué la décision de Carney et averti qu’elle compliquerait les négociations avec Ottawa au sujet des droits de douane.
« Waouh ! Le Canada vient d’annoncer qu’il soutenait la création d’un État palestinien. Cela va rendre très difficile la conclusion d’un accord commercial avec eux. Oh, Canada !!! », a écrit Trump sur Truth Social.
Avec cette décision, le Canada se positionne aux côtés de la France, qui a récemment annoncé son intention de reconnaître un État palestinien à l’Assemblée générale des Nations unies et qui espère créer une dynamique collective en ce sens.
Mercredi, la présidence française a salué l’annonce du Premier ministre canadien et s’est réjouie « de pouvoir travailler de concert avec le Canada pour relancer une perspective de paix dans la région », précisant qu’Emmanuel Macron s’était entretenu avec Carney « un peu plus tôt dans la journée » à ce sujet.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a également annoncé mardi que son pays reconnaîtrait un État palestinien au mois de septembre, sauf si Israël prenait une série d’engagements, dont celui d’un cessez-le-feu dans la bande de Gaza.
Un groupe juif canadien déplore l’annonce de Carney
Le Centre pour les affaires israéliennes et juives du Canada (CIJA), qui représente les fédérations juives du pays, s’est prononcé contre la déclaration selon laquelle Ottawa reconnaîtra un État palestinien.
« Cette annonce repose sur une confiance mal placée dans les engagements vagues du dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, connu pour sa corruption, son manque de crédibilité démocratique et son financement du terrorisme », a déclaré Noah Shack, directeur du CIJA, dans un communiqué.
« Étendre la reconnaissance sans qu’il y ait de changement réel sur le terrain, c’est la recette d’un nouvel échec d’un pseudo-État palestinien contrôlé par des terroristes », a-t-il poursuivi.
« Il est profondément préoccupant que le gouvernement n’ait pas lié la reconnaissance de l’État à l’élimination du Hamas et au retour des otages israéliens. Cela ne fait qu’encourager le Hamas et condamne les Palestiniens et les Israéliens, y compris les otages et leurs familles, à davantage de souffrances. »
« Notre communauté souhaite la fin de ce conflit douloureux et un avenir meilleur dans lequel Israéliens et Palestiniens pourront coexister en paix », a ajouté Shack.
« Cela nécessite qu’un État palestinien soit sioniste, affirmant le droit d’un État démocratique et juif à exister en toute sécurité. La reconnaissance préventive d’un État palestinien sape ce principe fondamental. »
Une approche qui « n’est plus tenable »
Cette annonce du Canada intervient alors qu’un organisme international de surveillance de la faim soutenu par l’ONU a affirmé mardi que le « pire scénario de famine » était « en cours à Gaza ».
Carney a par ailleurs ajouté que son pays avait toujours fait partie du groupe de nations qui espéraient qu’une solution à deux États « serait trouvée dans le cadre d’un processus de paix fondé sur un accord négocié entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne ».
« Malheureusement, cette approche n’est plus tenable », a-t-il dit, s’en prenant au « terrorisme du Hamas » et « au rejet violent et de longue date par le groupe du droit d’Israël à exister ».
Il a également critiqué « l’incapacité persistante » d’Israël à empêcher une catastrophe humanitaire à Gaza, ainsi que l’expansion des implantations en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, considérées comme illégales au regard du droit international.
« Ils comprennent qu’il ne s’agit que d’une déclaration rhétorique », a déclaré Emmanuel Nahshon, ancien ambassadeur en Belgique et directeur général adjoint du ministère des Affaires étrangères chargé de la diplomatie publique.
« Mais elle s’adresse avant tout au gouvernement israélien pour lui montrer son mécontentement et sa désapprobation de ses actions, non seulement à Gaza, mais aussi de la liberté laissée aux colons extrémistes en Cisjordanie. »
« C’est purement symbolique si vous voulez mon avis », a déclaré Pascaline Wagemans, directrice du Forum du dialogue stratégique au European Leadership Network.
Elle a déclaré que ces annonces « sapent les négociations et récompensent le terrorisme, en particulier celui du 7 octobre ».
Il reste en effet des pays européens influents qui s’y opposent. L’Allemagne, l’un des alliés les plus proches d’Israël, a déclaré qu’elle « ne prévoyait pas de reconnaître un État palestinien à court terme ». La Première ministre italienne Giorgia Meloni a déclaré que cette décision serait « contre-productive ».
La Norvège, l’Espagne, l’Irlande et la Slovénie ont toutes annoncé leur reconnaissance après le déclenchement du conflit à Gaza, de même que plusieurs autres pays non européens.
Environ 145 pays reconnaissent désormais un État palestinien ou prévoient de le faire, et la Maison Blanche a réaffirmé mercredi que le président américain ne le fera pas.
« Comme l’a déclaré le président, ce serait récompenser le Hamas que de reconnaître un État palestinien, et il ne pense pas qu’ils méritent d’être récompensés. Il ne le fera donc pas. Le président Trump se concentre sur le fait de nourrir la population », a déclaré un responsable de la Maison Blanche dans un communiqué envoyé aux journalistes qui s’interrogeaient sur l’annonce canadienne.
Mardi, Trump avait évité de critiquer ouvertement le Royaume-Uni et la France pour leur intention de reconnaître un État palestinien, affirmant que leurs dirigeants avaient le droit de prendre leurs propres décisions.
La dernière déclaration de la Maison Blanche semblait suivre cette approche.
Si Israël espérait sans doute que les États-Unis s’efforceraient activement d’empêcher les pays de reconnaître un État palestinien, Washington ne semble pas agir en ce sens.
La déclaration de la Maison Blanche indique notamment que Trump se concentre sur la crise alimentaire dans la bande de Gaza et non sur la libération des otages restants, alors que les négociations de cessez-le-feu sont dans l’impasse.
La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités, utilisant les violences sexuelles comme arme à grande échelle.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.
Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 28 personnes dont le décès a été confirmé par l’armée israélienne, et 20 seraient encore en vie. Les autorités israéliennes ont fait part de leurs vives inquiétudes concernant le sort de deux autres personnes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal tué à Gaza en 2014.
Le Times of Israel a contribué à cet article.
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