Eurovision : le franco-israélien Noam Bettan se dit prêt à « savourer l’aventure »
Ce chanteur de 28 ans affirme que ses années de "travail de Sisyphe" dans l'industrie musicale l'ont préparé à faire rayonner "la lumière" qu'il a "à offrir au monde"
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Noam Bettan a répété sous les huées.
Le représentant d’Israël à l’Eurovision hésite, et n’est pas autorisé pour l’essentiel, à évoquer la controverse entourant la participation de son pays, mais il sait qu’il ne sera pas accueilli chaleureusement par tous lors du concours qui se tiendra la semaine prochaine à Vienne.
« Je suis entouré d’une équipe incroyable qui s’assure de me huer pendant les répétitions, donc je suis prêt à y faire face », a déclaré Bettan au Times of Israel lors d’une interview vidéo réalisée le mois dernier.
« Je suis heureux et fier de représenter mon pays dans un concours d’une telle envergure, devant un public aussi nombreux. »
Alors que les plus fervents détracteurs d’Israël à l’Eurovision – l’Irlande, l’Islande, l’Espagne, la Slovénie et les Pays-Bas – se sont retirés du concours de cette année pour protester contre la participation d’Israël, leur départ a attisé encore davantage la colère de certains des plus grands fans du concours.
Mais Bettan – qui sera le dixième à se produire lors de la première demi-finale mardi soir avec « Michelle » – souhaite mettre de côté tout ce tapage et ces drames.
« Je suis très concentré sur ce que j’ai à faire », a-t-il déclaré. « Je ne pense à rien d’autre, je me concentre sur ça, je regarde vers l’avenir, je répète autant que possible. Je fais tout ce que je peux. »
Âgé de 28 ans, Bettan, a été sélectionné en début d’année pour représenter Israël au concours de 2026 après avoir remporté la dernière saison de « Hakochav Haba » (La prochaine Étoile). Originaire de Raanana, né en Israël de parents partis de Grenoble en 1995, il a conquis les téléspectateurs grâce à sa voix pleine d’émotion, son charme modeste et sa présence scénique magnétique.
Avant de remporter ce concours de téléréalité, Bettan était loin d’être une célébrité, mais il n’est pas un nouveau venu dans l’industrie musicale israélienne.
En 2018, il a terminé troisième de l’émission musicale « Aviv or Eyal » et a depuis sorti plusieurs singles, dont « Madame », « Buba » et « Ahavot Leyom Ehad ».
« J’ai travaillé très dur pendant de très nombreuses années – plus de huit ans d’efforts acharnés, un travail de Sisyphe, avec mon équipe qui m’a accompagné contre vents et marées », a expliqué Bettan.
« Nous avons appris à rester forts et à nous relever même lorsque les choses ne fonctionnaient pas. »
Ayant grandi dans la « génération Internet, qui veut tout tout de suite », il lui a fallu du temps pour comprendre que « parfois, les choses prennent du temps et qu’il faut savoir les construire ».
S’il y a une chose qu’il a apprise, a-t-il ajouté, c’est de « ne jamais renoncer à ses rêves ».
« Même si les gens se moquent de toi ou te remettent en question, à un moment donné, ton projet prendra forme, grandira, et soudain, les gens commenceront à l’apprécier… Sois toi-même, pleinement, et ne renonce pas à qui tu es. »
Le chanteur a déclaré que sa participation à l’émission télévisée « Hakochav Haba » « est arrivée exactement au bon moment, je pense – je me sentais prêt ».
« J’avais foulé de nombreuses scènes, j’étais passé par un million de studios, j’avais sorti beaucoup de musique… Ça n’aurait pas pu mieux se passer. »
Se rendre à l’émission en sachant que le premier prix consiste à représenter Israël à l’Eurovision, a déclaré Bettan, « m’a donné un énorme coup de pouce, et je me suis dit que je devais y arriver. »
Bettan montera sur scène la semaine prochaine pour représenter un pays qui, une fois de plus, se retrouve au cœur de la plus grande controverse de ce concours annuel de la chanson.
Après avoir exercé des pressions ces deux dernières années pour qu’Israël soit exclu de l’Eurovision en raison de la guerre à Gaza, plusieurs pays ont imposé l’an dernier un vote sur la question parmi les membres de l’Union européenne de radio-télévision (UER).
Mais une majorité écrasante des membres de l’UER s’est prononcée en faveur de l’adoption d’un ensemble de réformes du concours plutôt que de procéder à un vote direct sur la participation d’Israël, ouvrant ainsi la voie au maintien de la chaîne publique Kan dans la compétition.
Mécontents du résultat du vote, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Irlande, la Slovénie et l’Islande se sont retirés en signe de protestation, ne laissant que 35 pays en lice, soit le nombre le plus bas depuis l’introduction des demi-finales en 2004.
Les réformes adoptées – qui font suite aux excellents résultats obtenus par Israël lors du vote du public en 2024 et 2025, suscitant des allégations de pratiques de vote déloyales – comprennent :
- la limitation du nombre de votes par personne à 20 au lieu de 10 ;
- le rétablissement de jurys professionnels lors des demi-finales parallèlement au vote du public ;
- des « mesures techniques renforcées » pour détecter toute fraude électorale ;
- des « garanties renforcées contre la promotion externe indue des candidatures ».
Il a également été demandé aux candidats et à tous les membres des délégations « d’éviter de lier leurs opinions politiques à leur participation au concours » et de ne pas utiliser la plateforme du concours « comme moyen de pression en faisant des déclarations politiques ou en provoquant des controverses ».
Bettan, qui se trouve déjà à Vienne avec la délégation de Kan, a déclaré qu’il se concentrait entièrement sur la musique et la prestation, ainsi que sur le fait de toucher les auditeurs du monde entier.
« Je suis ici pour donner de l’amour », a-t-il répondu lorsqu’on l’a interrogé sur d’éventuelles manifestations ou provocations.
« Je comprends que je ne contrôle que moi-même, et ce que je peux apporter, c’est qui je suis, la lumière que j’ai à offrir au monde, la couleur que j’ai à offrir au monde. Je me concentre sur cela, sur le fait de venir et de donner de l’amour aux autres. »
Le jeune artiste interprétera « Michelle » sur scène la semaine prochaine, une ballade pop qui traite de la fin d’une relation toxique, chantée en grande partie en français – clin d’œil aux racines familiales de Bettan ainsi qu’à l’affinité de l’Eurovision pour cette langue latine – avec des passages également en hébreu et en anglais.
La chanson a été écrite par Nadav Aharoni, Tslil Klifi et Yuval Raphael – une survivante du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a représenté Israël à l’Eurovision l’an dernier – avec des touches ajoutées par Bettan lui-même.
« Les réactions [à la chanson] ont été incroyables, honnêtement au-delà de mes rêves les plus fous, tant en ligne que dans la rue », a déclaré Bettan.
« C’est incroyable et je suis tellement heureux que les gens aiment la chanson et l’accueillent à bras ouverts, tout comme moi. »
Certains en Israël ont toutefois été surpris par la prédominance des paroles en français dans une chanson représentant Israël, mais Bettan estime que la chanson est entraînante quelle que soit la langue. Bien qu’il y ait de très nombreux francophones en Israël, Jérusalem ne fait pas partie de l’Organisation internationale de la Francophonie à cause du refus de Beyrouth.
« Je pense que nous avons apporté quelque chose de nouveau, et il faut un certain temps pour l’accepter. Mais en l’espace de quelques jours, nous avons déjà reçu des réactions incroyables. »
Face à un public potentiellement hostile et à un accueil sans doute mitigé, Bettan a déclaré que le conseil qu’il avait reçu de Raphaël et de la chanteuse de 2024, Eden Golan, était de profiter de chaque instant de l’expérience quoi qu’il arrive.
« S’il y a un conseil qui revenait sans cesse, c’était simplement de profiter du processus », a-t-il déclaré.
« Profite de cette expérience, car c’est une occasion unique, tu ne participeras plus jamais à l’Eurovision. Mon objectif principal est donc de profiter du voyage et de donner tout l’amour dont je suis capable. »
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