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Analyse

Floride : Deux candidats républicains antisémites balayés, mais confiants en la « victoire »

Les revers de Dan Bilzerian et James Fishback montrent les limites de leur discours, mais la haine des Juifs et l’hostilité à Israël progressent chez les jeunes Américains

James Fishback (à gauche) et Dan Bilzerian. (Crédit : YouTube/Randy Shropshire/Getty Images North America/Getty Images/AFP)
James Fishback (à gauche) et Dan Bilzerian. (Crédit : YouTube/Randy Shropshire/Getty Images North America/Getty Images/AFP)

Cinq jours avant la primaire républicaine en Floride, le candidat au Congrès Dan Bilzerian a publié une vidéo de campagne dans laquelle il représentait son adversaire juif avec des cornes, le traitait de « Shylock » et où il faisait l’éloge du dictateur nazi Adolf Hitler.

Dans la course au poste de gouverneur, le candidat républicain James Fishback a, de son côté, ouvertement cherché à séduire la jeune mouvance d’extrême-droite qui prospère en ligne. Il a accordé des interviews à des podcasteurs antisémites et repris à son compte le terme antisémite goyslop [[qui désigne une nourriture malsaine que les Juifs donneraient prétendument aux non-Juifs], tout en multipliant les attaques racistes contre son adversaire afro-américain. Comme Bilzerian, Fishback affiche une hostilité farouche à Israël, dont il est un virulent détracteur.

Tous deux ont été largement battus mardi. Ils ont néanmoins chacun recueilli plus de 10 % des suffrages, Bilzerian atteignant même 19 %.

Alors que l’antisémitisme s’est imposé cette année comme un thème majeur du débat politique américain, les résultats de Floride livrent un constat en demi-teinte. D’un côté, ils infligent une défaite retentissante au groyperisme, une mouvance antisémite d’extrême-droite née sur Internet, animée principalement par de jeunes hommes et qui s’adresse avant tout à eux. Bilzerian et Fishback ont beau avoir bénéficié d’une importante visibilité en ligne et dans la presse, celle-ci ne s’est pas traduite dans les urnes.

De manière plus générale, leurs défaites montrent plus clairement que jamais que, si une part importante de l’électorat américain s’est détournée d’Israël et que des candidats anti-Israël parviennent à se faire élire, l’antisémitisme ouvert, dans ses formes les plus classiques, demeure largement considéré comme inacceptable. Plus tôt cette année, un candidat démocrate qui tenait des propos antisémites a été battu au Texas ; deux républicains viennent désormais de subir le même sort en Floride.

Ces résultats ne sont cependant pas entièrement rassurants pour ceux qui luttent contre l’antisémitisme. Après tout, voir un « candidat pro-Hitler perdre une élection » n’a rien d’inédit dans la politique américaine. De nombreux candidats néonazis ont été battus au cours de l’histoire électorale des États-Unis. Bilzerian a néanmoins recueilli près d’un cinquième des suffrages.

Des participants suivent les résultats lors d’une soirée électorale organisée pour le candidat démocrate au poste de gouverneur de Floride, David Jolly, à Miami Lakes, en Floride, le 18 août 2026. (Crédit : Rebecca Blackwell/AP)

Et ni Fishback ni Bilzerian ne semblent près de disparaître du paysage. À l’issue du scrutin, Fishback s’est félicité de son résultat, affirmant avoir dépassé les attentes. Bilzerian prétend, sans apporter la moindre preuve, que des voix lui ont été volées. Tous deux devraient continuer à accroître leur audience en ligne : Fishback compte près de 500 000 abonnés sur Instagram et Bilzerian plus de 28 millions. La vidéo de campagne antisémite de ce dernier a été visionnée plus de 1,5 million de fois.

Alors que la majorité des républicains de moins de 50 ans ont désormais une opinion défavorable à l’égard d’Israël et que les signes d’une progression de l’antisémitisme chez les jeunes se multiplient, Fishback et Bilzerian sont loin d’avoir dit leur dernier mot.

« Je ne pense pas que nous, conservateurs, puissions considérer que la menace que représentent les antisémites et les racistes d’extrême-droite a disparu », a déclaré au Times of Israel Rod Dreher, écrivain conservateur et auteur du livre à paraître Weimar America.

« La progression alarmante de l’antisémitisme au sein de la génération Z joue d’ailleurs en leur faveur », a-t-il ajouté par la suite. « Les conservateurs comme moi, qui soutiennent Israël, n’auront pas à s’inquiéter d’eux lors de ce cycle électoral, ni, peut-être, en 2028 non plus. Mais la menace se profile. »

S’opposer à Israël, s’engager à défendre les Juifs

La plupart des débats autour de l’antisémitisme et d’Israël dans la politique américaine se sont récemment concentrés sur les primaires démocrates, où une série de candidats anti-Israël ont remporté l’investiture de leur parti pour la Chambre des représentants ou le Sénat, accédant ainsi à l’élection générale.

Plusieurs personnalités et organisations juives ont accusé ces candidats d’antisémitisme, leur reprochant d’accorder une attention disproportionnée à l’État juif, de reprendre des clichés antisémites séculaires lorsqu’ils évoquent les donateurs pro-Israël et de contribuer à créer un climat où la haine des Juifs peut s’exprimer plus librement.

À New York, un lien a ainsi été établi, par les détracteurs de Zohran Mamdani, entre les virulentes critiques d’Israël du maire et la hausse documentée des incidents antisémites depuis son entrée en fonction, dans la ville qui compte la plus importante population juive des États-Unis. Le mois dernier, les Juifs ont été visés dans 70 % des crimes de haine recensés.

Abdul El-Sayed arrive à une conférence de presse au Spirit of Detroit, peu après avoir remporté l’investiture démocrate pour le Sénat américain dans le Michigan, à Détroit, le 5 août 2026. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

Face à ces accusations, la plupart des candidats démocrates anti-Israël, à quelques exceptions près, assurent pourtant être profondément attachés au peuple juif et déterminés à lutter contre l’antisémitisme. Mamdani a augmenté les fonds consacrés à la lutte contre les crimes de haine, condamne régulièrement l’antisémitisme et a pour commissaire de police Jessica Tisch, qui est juive et pro-Israël.

Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, a déclaré après la primaire que son « engagement en faveur de la sécurité des Juifs est le même que celui que j’ai envers la sécurité de mes propres enfants ».

« Nous avons la responsabilité de lutter contre l’antisémitisme sous toutes ses formes. »

Certains électeurs pro-Israël pourraient considérer ces déclarations comme une façade destinée à dissimuler les positions résolument anti-Israël d’El-Sayed. Mais son discours tranche nettement avec celui de Bilzerian et Fishback.

« Un terme inventé »

Interrogé par le site d’actualité people TMZ sur son antisémitisme, Bilzerian a répondu que le mot lui-même était un « terme inventé » et que « les Palestiniens sont les vrais Sémites », avant d’affirmer avoir des amis juifs. Au cours de la même interview, il a également employé le mot « nègre ».

Fishback a lui aussi nié être antisémite, accusant ses détracteurs de confondre critique d’Israël et antisémitisme. Il a par ailleurs qualifié de « drôle » son emploi du terme antisémite goyslop, sans rapport avec Israël.

Fishback ne semble guère avoir cherché à condamner l’antisémitisme dans l’un des États qui comptent la plus importante population juive du pays. Il a en outre reçu le soutien de deux des podcasteurs antisémites les plus influents, Nick Fuentes et Tucker Carlson.

Rod Dreher, écrivain et éditeur, écoute lors de la conférence de l’ARC (Alliance for Responsible Citizenship) à Londres, le 18 février 2025. (Crédit : Kirsty Wigglesworth/AP)

Les propos haineux n’ont toutefois pas été l’apanage d’un seul camp lors de la primaire opposant Bilzerian à Randy Fine. Ce dernier, qui l’a emporté, a lui aussi tenu une série de propos antimusulmans. Il a notamment affirmé : « Nous avons besoin de plus d’islamophobie », et écrit sur X : « S’ils nous obligent à choisir, le choix entre les chiens et les musulmans n’est pas difficile. » À l’instar de ceux de Bilzerian, ces propos ont été condamnés de toutes parts sur l’échiquier politique.

Une bataille perdue, mais la guerre continue

Dans l’ensemble, les candidats pro-Israël des deux partis ont passé une soirée plutôt favorable en Floride, même si une candidate critique d’Israël a remporté l’investiture démocrate pour le Sénat, dans une élection qu’elle a peu de chances de gagner.

À la Chambre des représentants, la députée démocrate Debbie Wasserman Schultz, fervente défenseuse d’Israël, a remporté sa primaire dans une circonscription redécoupée. Un autre député démocrate sortant, Jared Moskowitz, juif et pro-Israël, a battu un candidat d’extrême-gauche affilié aux Democratic Socialists of America (DSA), mouvement hostile à Israël, et soutenu par le vidéaste en ligne Hasan Piker, lui-même farouche opposant à Israël.

La députée Debbie Wasserman Schultz (démocrate de Floride) et derrière elle, à gauche, le député américain Jared Moskowitz, lors d’une conférence de presse à l’aéroport de formation et de transition de Dade-Collier, à Ochopee, en Floride, le 12 juillet 2025. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images North America/Getty Images via AFP)

Les tendances idéologiques restent toutefois préoccupantes. Selon un sondage du Manhattan Institute réalisé l’année dernière, un quart des républicains de moins de 50 ans « expriment ouvertement » des opinions antisémites. Les candidats républicains devront chercher à séduire cet électorat, notamment les partisans de Fishback.

Dreher a relevé que Fishback semblait être arrivé en tête dans certains bureaux de vote de villes universitaires de Floride, même si peu de suffrages y ont été exprimés, les cours n’ayant pas encore repris.

« Ce résultat est loin d’être seulement symbolique », a écrit Dreher.

« Traditionnellement, les universités voient émerger les futures générations d’activistes politiques et, à terme, les élites. Les partisans de Fishback, Nick Fuentes et d’autres radicaux forment une avant-garde particulièrement mobilisée, qui ne cache pas son intention de prendre le contrôle d’organisations militantes plus importantes, comme Turning Point USA », le groupe conservateur autrefois dirigé par Charlie Kirk.

« Les démocrates pensaient pouvoir rallier à eux leurs activistes woke, mais ce sont finalement ces derniers qui ont pris le contrôle du parti », a-t-il également écrit.

« Je crains que nous, à droite, ne suivions la même trajectoire avec deux ou trois cycles électoraux de retard. »

Fishback convient lui aussi, non sans ironie, que les idées qu’il défend gagnent du terrain, mais il y voit, lui, une évolution positive.

« La vérité, c’est que la victoire est proche », a-t-il déclaré dans son discours reconnaissant sa défaite.

« Peut-être pas celle de cette campagne, ce soir, mais notre mouvement n’a jamais été aussi proche de la victoire. »

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