Le candidat républicain en Floride popularise le terme antisémite « goyslop »
James Fishback, outsider de 31 ans et admirateur de l'antisémite Nick Fuentes, contribue à diffuser une expression issue des milieux antisémites en ligne
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JTA – Lors d’un rassemblement électoral organisé la semaine dernière sur un campus universitaire, James Fishback, candidat républicain au poste de gouverneur de Floride, a eu recours à un vocabulaire inattendu pour dénoncer la qualité des repas servis dans les cantines scolaires.
« Je ne dis pas que l’échec scolaire est dû aux Pop-Tarts », a déclaré Fishback devant les étudiants réunis à l’Université de Floride centrale, dans un discours vantant les produits locaux face aux plats préparés. « Mais si vous vouliez que des enfants échouent, si vous vouliez les condamner à l’échec, vous leur serviriez de la goyslop à l’état pur dans nos cantines. »
Le terme « goyslop » est devenu très populaire ces derniers mois dans les milieux d’extrême droite actifs sur Internet, un écosystème dont est issue la candidature de ce banquier d’affaires de 31 ans, outsider en politique. Il s’agit d’un mot-valise formé de « goy », terme yiddish désignant un non-juif, récupéré par des groupes nationalistes blancs dans un usage antisémite, et de « slop », argot anglais désignant un contenu ou un produit de mauvaise qualité.
L’expression circule désormais parmi de nombreux influenceurs nationalistes blancs et antisémites. Clavicular, influenceur populaire de la « manosphère », récemment filmé en train de chanter « Heil Hitler » de Ye dans une boîte de nuit de Miami, est ainsi apparu en livestream aux côtés du nationaliste blanc Nick Fuentes pour déplorer le fait que « toute l’épicerie est remplie de goyslop ».
Un compte X populaire connu pour ses propos antisémites a récemment défini le goyslop comme signifiant « fast-food » tandis que d’autres utilisateurs l’emploient pour qualifier indifféremment des événements aussi divers que le Super Bowl ou les dossiers Epstein.
Ce type de langage provocateur est devenu une marque de fabrique de Fishback depuis son entrée en politique l’an dernier. Il a à plusieurs reprises loué les partisans de Fuentes et laissé entendre qu’il entretenait des relations avec le podcasteur antisémite Myron Gaines. Il a également qualifié son adversaire, le représentant américain Byron Donalds, favori des primaires du Parti républicain, « d’esclave des donateurs » – Donalds est afro-américain.
Fishback reprend par ailleurs des arguments anti-Israël. Il s’est opposé à l’adoption en Floride de la définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance, estimant, comme il l’a déclaré récemment à Tucker Carlson, que celle-ci rendrait « illégale toute critique d’Israël ». Il a déclaré qu’il « désinvestirait chaque centime d’Israël dès le premier jour », déclenchant ainsi une controverse dans un État à forte population juive, où des législateurs envisagent parallèlement d’imposer l’usage des termes « Judée et Samarie » plutôt que « Cisjordanie » dans les supports pédagogiques.
Lors du même événement à l’Université de Floride centrale, Fishback a également critiqué les responsables politiques qui « visitent un autre pays » pour finir par « embrasser un mur stupide », allusion transparente au mur Occidental à Jérusalem.
Il a prononcé le terme goyslop en réponse à une question sur sa proposition de retirer le fluor de l’eau potable pour le remplacer par de la créatine, complément alimentaire populaire chez certains influenceurs prônant l’amélioration des performances physiques.
Fishback a ensuite prétendu ignorer le sens de ce mot, avec un clin d’œil.
« J’ai utilisé un mot cette semaine qui m’a valu beaucoup de critiques en parlant de la nourriture servie dans nos écoles publiques », a-t-il déclaré, tout en dégustant un Oreo frit lors de la foire de Floride. « Je n’avais aucune idée de ce que ce terme signifiait. »
Mais les Juifs de Floride, eux, ont immédiatement reconnu l’allusion.
« Encore hier soir, lors d’un événement local, il s’est moqué des efforts visant à améliorer la qualité de l’enseignement dans les écoles de Floride en utilisant l’argot “GOYSLOP” dans un contexte clairement péjoratif », a écrit Joseph Feldman, résident juif orthodoxe de Miami, à propos de Fishback dans la publication haredi VIN News. « Ces remarques ne sont pas des gaffes accidentelles ; elles sont calculées pour exploiter les préjugés à des fins politiques. »
Selon Google Trends, les recherches du terme goyslop ont fortement augmenté au cours des trois derniers mois, alors qu’elles étaient auparavant quasi inexistantes.
« Consomme moins de goyslop, cochon », a ainsi écrit le mois dernier sur X l’influenceur conservateur Ian Miles Cheong, se moquant d’un manifestant anti-ICE en surpoids à Minneapolis. Cheong échange fréquemment sur la plateforme avec son propriétaire, le multimilliardaire Elon Musk, et sa page compte à elle seule 1,2 million d’abonnés.
Le terme, ainsi qu’une variante, « zogchow », apparaît dès 2019 sur des forums tels que 4Chan, tandis que les premières définitions proposées par des utilisateurs sur Urban Dictionary remontent à 2021. Dans son sens initial, goyslop désigne de la restauration rapide industrielle ou toute autre nourriture jugée de mauvaise qualité – y compris les repas scolaires, que des antisémites accusent les Juifs de promouvoir afin de maintenir les « goyim » en mauvaise santé et insatisfaits.
L’acronyme « ZOG », pour « Zionist-occupied government » (« gouvernement occupé par les sionistes »), est quant à lui apparu dans des cercles suprémacistes blancs dans les années 1970 et il reste largement utilisé dans la rhétorique antisémite.
Certaines personnes qui utilisent aujourd’hui le terme goyslop – notamment des militants de gauche ayant repris et adapté certains arguments de l’extrême droite sur Israël et le sionisme – ignorent parfois ses origines. « Depuis que j’ai vu quelqu’un affirmer que le “goy” dans “goyslop” était une combinaison de “gay” et “soy”, je me demande combien de personnes n’ont aucune idée de ce qu’elles racontent la moitié du temps », a publié la semaine dernière l’auteure progressiste Ashley Reese.
D’autres, en revanche, connaissent parfaitement la portée du terme. Le glossaire en ligne des discours de haine de l’Anti-Defamation League (ADL) note que les antisémites utilisent de plus en plus le terme goy dans le cadre de théories complotistes antisémites.
L’expression « The goyim know » (« les goyim savent »), par exemple, circule depuis des années sur des forums antisémites, notamment sous la forme « shut it down, the goyim know ! » (« fermez tout, les goyim savent ! »). Elle met en scène un locuteur se présentant comme un Juif dont les manipulations auraient été révélées, et véhicule l’image des Juifs comme « des marionnettistes malveillants manipulant les médias, les banques et même des gouvernements entiers pour leur propre bénéfice, au détriment des autres peuples », selon la définition fournie par l’ADL.
Le mot slop, de son côté, s’est largement diffusé au-delà des cercles en ligne pour désigner des contenus médiocres ou peu fiables, notamment ceux générés par l’intelligence artificielle (IA). L’éditeur de dictionnaires Merriam-Webster a désigné slop mot de l’année 2025, le définissant comme « un contenu numérique de mauvaise qualité, généralement produit en grande quantité à l’aide de l’intelligence artificielle ».
À partir de ce contexte, slop s’est répandu de l’IA dans le monde réel comme un terme fourre-tout désignant la dégradation du contrôle qualité dans divers domaines. Cette semaine encore, dans un article consacré à la mode des plats simples servis dans un seul bol, appelés « boy kibble », le New York Times a qualifié ces repas de slop. Cette fixation conspirationniste autour des aliments dits slop recoupe également la popularité du mouvement Make America Healthy Again promu par le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., ainsi que par divers podcasts d’influenceurs.
L’inversion de la terminologie juive par Fishback ne s’est pas arrêtée à goyslop. Lors de l’événement à l’UCF, après les rires et applaudissements provoqués par son utilisation du terme, le candidat a ajouté : « And that is on gentile, OK? »
[L’expression semble détourner des formules d’argot américain très répandues en ligne, telles que « that’s on me » ou « that’s on God », utilisées pour donner valeur d’engagement personnel ou de vérité définitive à une affirmation, ainsi que l’expression « on fleek », qui qualifie quelque chose de réussi ou parfait. En remplaçant ces références par le mot « gentile » (« non-juif »), Fishback semble se désigner lui-même, transformant la formule en une sorte de validation identitaire volontairement provocatrice, dont le sens exact demeure difficile à établir pour de nombreux observateurs.]
La plupart des utilisateurs de X ayant relevé cette phrase semblaient la découvrir, et aucune trace ne montre qu’elle ait été utilisée auparavant par d’autres personnalités ou plateformes.
Selon la plupart des sondages, Fishback recueille actuellement moins de 10 % des intentions de vote dans la primaire républicaine. Le favori, soutenu par Trump, reste Byron Donalds, que Fishback a également surnommé « AIPAC Shaku »), reprenant une insulte autrefois utilisée par la gauche contre Hakeem Jeffries. Le lieutenant-gouverneur de Floride et l’ancien président de la Chambre des représentants participent également à la course, tandis que Casey DeSantis, actuelle première dame de Floride, envisagerait elle aussi de se présenter.
Si la campagne de Fishback, nourrie de mèmes et de provocations, parvenait à dépasser les cercles antisémites marginaux, elle pourrait confirmer un nouvel axiome politique : le mauvais goût fait vendre.
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