Le président de la Cour suprême dénonce une rhétorique qui alimente les agressions
Isaac Amit alerte sur la banalisation des agressions contre les professionnels du droit ; certains tribunaux ont fermé au public et des avocats sont escortés
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Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Le président de la Cour suprême, Isaac Amit, a déclaré mercredi que les récentes agressions dont ont été victimes des avocats et des juges étaient le résultat de la « violence verbale » dont les professionnels du droit sont l’objet de la part de responsables publics et sur les réseaux sociaux.
Amit s’est exprimé à l’occasion d’une « conférence d’urgence » organisée par l’Association du barreau israélien (IBA) pour lutter contre la violence à l’encontre des avocats et des professionnels du droit, à la suite du récent meurtre de l’avocat Me Arbel Feldman.
« Malheureusement, il semble que cet incident s’inscrive dans un phénomène plus large apparu ces derniers temps, au cours duquel nous avons été témoins de violences, tant verbales que physiques, dirigées contre des avocats et des professionnels du droit uniquement parce qu’ils exercent leurs fonctions », a-t-il déclaré.
Il a évoqué une émeute menée par des hommes ultra-orthodoxes au domicile du vice-président de la Cour suprême, Noam Sohlberg, en juin, affirmant que cette attaque visait à dissuader Sohlberg et d’autres juges d’exercer leurs fonctions, et a également souligné les récentes agressions verbales dont ont été victimes d’autres juges.
Lors de l’émeute du 3 juin au domicile de Sohlberg, dans l’implantation d’Alon Shvut en Cisjordanie, des manifestants ultra-orthodoxes opposés à la conscription ont brisé des vitres et des pots de fleurs et endommagé un véhicule, alors que le juge et plusieurs membres de sa famille se trouvaient à l’intérieur. La police a interpellé 62 suspects. Amit avait alors dénoncé « une attaque contre l’ensemble du système judiciaire et contre l’État de droit en Israël ».
« On est passé d’une manifestation, aussi virulente soit-elle, à une tentative de porter atteinte à la sécurité d’un juge et de sa famille et de l’empêcher d’exercer ses fonctions », avait déclaré Amit. « Une ligne rouge a été franchie. »
« Malheureusement, les attaques visant les juges dans les médias en raison des décisions qu’ils rendent semblent être devenues monnaie courante », a poursuivi Amit.
Il a averti que les menaces visant les avocats pouvaient avoir des conséquences bien au-delà des personnes directement visées, au point de dissuader certains d’entre eux d’accepter des dossiers sensibles ou controversés, voire de rencontrer seuls leurs clients.
« Lorsque des avocats ont peur d’exercer leur métier, qu’ils hésitent avant d’accepter une nouvelle affaire ou de rencontrer seuls leurs clients, c’est la capacité de chaque citoyen à être efficacement défendu qui en pâtit », a-t-il déclaré. Il a ajouté que l’effet cumulatif de ces pressions affaiblissait la protection des droits individuels.
Les médias israéliens ont rapporté en début de semaine que le chef de la police, Daniel Levy, avait ordonné le renforcement de la protection de Sohlberg après avoir été informé de nouvelles menaces pesant sur le juge, qui est également président de la commission centrale électorale (CCE).
« La violence à l’encontre des avocats et des juges ne naît pas de nulle part ; le chemin menant à la violence physique passe d’abord par la violence verbale. Et si vous souhaitez connaître le terreau dans lequel sont semées les graines de la violence contre le système judiciaire, examinez les déclarations des personnalités publiques, consultez les réseaux sociaux – et vous y trouverez la réponse », a déclaré le président de la Cour suprême.
Amit a indiqué que, dans certains cas, les craintes de violences avaient conduit les tribunaux à fermer les salles d’audience au public et à retransmettre les débats en direct.
« Dans les cas les plus graves, nous avons même dû demander aux agents de sécurité du tribunal d’escorter les justiciables et les avocats jusqu’à leur véhicule, par crainte qu’ils ne soient agressés dans l’enceinte du palais de justice », a-t-il déclaré.
« La loi doit être pleinement appliquée à l’encontre de ceux qui recourent à la violence ou menacent des professionnels du droit », a déclaré Amit.
Amit avait déjà lancé un avertissement similaire lors d’une conférence du Barreau en juin. Il avait alors estimé que la diffusion de fausses informations sur le pouvoir judiciaire risquait d’ouvrir la voie au rejet des décisions de justice et, à terme, à la violence. « La diffusion de fausses informations constitue une menace directe pour la démocratie et la cohésion sociale », avait-il déclaré.
En décembre, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a qualifié Amit de « mégalomane violent » et a juré de « l’écraser », tandis que le ministre de la Justice, Yariv Levin, a qualifié les juges de la Cour suprême de « dictateurs de pacotille ». D’autres ministres du gouvernement ont également tenu des propos virulents à la suite de décisions défavorables au gouvernement.
Amit a ajouté dans son discours qu’au cours de la campagne électorale actuelle, « nous avons tous une responsabilité accrue d’agir avec modération, de choisir nos mots avec soin et de mener un débat de fond et respectueux ».
Ces menaces ont suscité des inquiétudes même parmi les responsables politiques qui critiquent vivement la Cour. En janvier, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir avait déclaré que, malgré ses profonds désaccords avec Amit, « personne ne devrait oser toucher à un seul de ses cheveux ».
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