Israël et le Liban signent un accord-cadre prévoyant un retrait partiel de l’armée israélienne
Après que le protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran a failli faire dérailler les négociations la semaine dernière, Israël a accepté de se retirer de deux zones situées au-delà de la zone tampon du Sud-Liban ; Rubio a salué "le début du début" sur la voie de la paix
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Israël, le Liban et les États-Unis ont conclu, dans la journée de vendredi, un accord qui prévoit le début du retrait de Tsahal de petits secteurs du sud du Liban, alors même que les combats se poursuivent entre l’État juif et le groupe terroriste du Hezbollah, qui est soutenu par l’Iran.
Cet accord-cadre a été finalisé au quatrième jour du cinquième cycle de négociations que les États-Unis ont organisé à Washington entre les deux pays – des rounds de discussions qui avaient commencé au mois d’avril. La dernière vague de combats, dans le pays du Cèdre, avait commencé quand le Hezbollah avait attaqué Israël en date du 2 mars en signe de soutien à Téhéran. Plusieurs trêves avaient bien été déclarées depuis lors, mais elles avaient rapidement volé en éclats.
Les zones concernées par le retrait des soldats de Tsahal ont déjà été débarrassées par ces derniers des infrastructures du Hezbollah. Dans certains cas, l’armée a entièrement détruit des villages libanais situés à la frontière. Les militaires ont affirmé que le Hezbollah utilisait une grande partie de ces petites localités pour planifier et pour lancer des attaques contre Israël.
L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, a annoncé qu’Israël conserverait sa zone tampon dans le sud-Liban jusqu’à ce que les Forces armées libanaises démontrent qu’elles sont capables de démanteler le Hezbollah et d’assumer la responsabilité de la sécurité.
Leiter a souligné que l’accord ne reposerait pas sur un calendrier fixe, mais sur les progrès mesurables qui seront effectués par l’armée libanaise dans le désarmement du Hezbollah.
D’autres transferts « pilotes » de Tsahal aux Forces armées libanaises (FAL) auront lieu à mesure que les objectifs seront atteints, a-t-il expliqué.
Alors qu’il était interrogé sur la possibilité de faire appel aux États du Golfe, à la France, à l’Italie ou à d’autres partenaires internationaux pour aider à sécuriser le sud du Liban, Leiter a répondu qu’il était prématuré de discuter de cette idée.
Il a ajouté que d’autres pays pourraient participer à la reconstruction du Liban, mais uniquement après le désarmement du Hezbollah.
Rubio : cet accord-cadre est « le début du début »
Alors qu’il annonçait la création d’un « Groupe de coordination militaire trilatéral pour le Liban (MCG4L), facilité par les États-Unis », qui sera chargé de mettre en œuvre l’accord, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a également indiqué que Washington va faire un don « immédiat » de 100 millions de dollars au titre de l’aide humanitaire, en coordination avec l’ONU.
Il a expliqué que le département américain de la Défense était « prêt à verser plus de 30 millions de dollars aux Forces armées libanaises, dans le cadre des autorisations et des crédits existants, afin de soutenir la vision du président en faveur d’une paix durable au Liban ».
Lors de la cérémonie de signature qui a eu lieu au département d’État, Rubio a semblé reconnaître la portée limitée de l’accord, évoquant le « début du début ».
« Il y a beaucoup de travail devant nous. Nous ne sous-estimons en aucun cas la difficulté de la tâche qui nous attend, mais nous en comprenons l’importance, nous comprenons à quel point elle est vitale et nous sommes honorés d’avoir joué un rôle dans la mise en place de cet accord », a-t-il dit avant de rendre hommage aux ambassadeurs d’Israël et du Liban aux États-Unis, qui ont dirigé les équipes de négociation respectives de leurs pays.
L’ambassadrice libanaise Nada Hamadeh a qualifié ce « cadre trilatéral […] de premier pas sur la voie du rétablissement de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Liban, une initiative qui garantit une cessation permanente et définitive des hostilités, qui permettra à notre peuple de retourner sur ses terres et à tous les Libanais de vivre dans la paix, la sécurité et la prospérité ».
« Ce fut une réunion longue et difficile. Nous sommes reconnaissants à l’égard de notre hôte et des deux délégations pour leur coopération au cours de ces pourparlers », a-t-elle ajouté, dans un clin d’œil apparent à Israël.
« La lionne » : l’Israélien Leiter rend hommage à la diplomate libanaise
L’ambassadeur Leiter a prononcé un discours plus long – mais il a tenu à remercier Hamadeh en la citant nommément, disant qu’elle a « été une négociatrice très tenace ». Il a continué : « Vous et votre équipe avez donné un exemple de patriotisme à l’égard de votre pays. Vous vous battez comme une lionne, Madame l’ambassadrice ».
Leiter a rappelé qu’il avait entamé les pourparlers mardi, mettant en garde contre une « catastrophe » imminente, après que les États-Unis ont décidé d’inclure un cessez-le-feu au Liban dans le cadre du protocole d’accord qui avait été conclu la semaine dernière avec l’Iran.
Une décision qui avait semblé aller à l’encontre des efforts déployés par Washington pour empêcher l’Iran de conserver une influence sur l’évolution de la situation au Liban. Les États-Unis avaient mis en place des pourparlers directs entre Israël et le Liban au mois d’avril, précisément pour s’assurer que l’Iran ne serait pas impliqué dans les futures discussions concernant le maintien de la présence israélienne au Liban.
Mais soit en raison de l’influence considérable qui est celle de l’Iran dans le détroit d’Ormuz, soit parce que Washington avait estimé que l’Iran était nécessaire pour contenir le Hezbollah, les États-Unis avaient accepté les exigences de Téhéran – qui voulait que le protocole d’accord signé la semaine dernière inclue un cessez-le-feu au Liban. Ils avaient ensuite accepté de permettre à l’Iran d’intégrer le mécanisme de déconfliction mis en place pour garantir ce cessez-le-feu — deux mesures qui avaient provoqué la fureur de Jérusalem et de Beyrouth.
« L’Iran et ses proxys voulaient une catastrophe », a indiqué Leiter lors de la cérémonie de signature, avant d’affirmer qu’un tel résultat avait été évité grâce au leadership de Rubio. Ce dernier n’a pas pris part aux négociations avec l’Iran, qui ont été menées par le vice-président américain JD Vance.
« Nous avons remis le train sur les rails, et il roule dans la bonne direction. Destination finale : la paix entre nos deux pays », a expliqué Leiter. « Dans cet accord-cadre trilatéral qui est axé sur les résultats, l’Iran est exclu, le Hezbollah est exclu, et la voie vers la paix entre Israël et le Liban est ouverte ».
Il a ensuite affirmé que cet accord n’aurait pas été possible sans la résilience des habitants du nord d’Israël, de l’armée israélienne et du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Netanyahu : nous maintiendrons la zone tampon aussi longtemps que nécessaire
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a diffusé une déclaration filmée où il a vanté l’accord-cadre qui a été conclu à Washington entre Israël et le Liban.
Il a souligné que cet accord permettra à Israël de rester dans la zone tampon qu’il a créée au sud du Liban.
« Nous maintiendrons (la zone tampon) jusqu’à ce que le Hezbollah se désarme et tant qu’il y aura une menace pour l’État d’Israël », a dit le Premier ministre.
« C’est également un coup dur pour l’Iran. L’Iran tente de nous contraindre par la force à nous retirer du sud du Liban. Et en substance, Israël, le Liban et les États-Unis disent à l’Iran : ‘Cela ne vous regarde pas. Vous n’avez aucun rôle à jouer au Liban. Ni vous, ni le Hezbollah, ni aucune organisation terroriste’, » a continué Netanyahu.
« Nous permettons également à l’armée libanaise de commencer à se préparer à reprendre le contrôle du territoire. Nous créons deux zones pilotes — toutes deux recommandées par l’armée israélienne », a-t-il poursuivi.
« L’une se trouve au sud du Litani, en dehors de la zone de sécurité (initiale), et l’autre au nord du Litani — un petit secteur situé dans la zone de sécurité élargie que nous avons conquise au cours des deux dernières semaines, et dont l’armée israélienne affirme ne pas avoir besoin », a expliqué le chef de gouvernement.
« Nous maintenons la zone de sécurité initiale, qui couvre la portée des missiles antichars (du Hezbollah). Nous n’autorisons ni le Hezbollah, ni la population libanaise à pénétrer dans cette zone. Le plus important, c’est qu’Israël affirme : ‘Notre sécurité passe avant tout’. »
Son cabinet a émis un communiqué distinct consacré au même accord-cadre – notant qu’il ouvrira la voie à de futurs accords entre Israël et le Liban.
« La liberté d’action militaire de l’armée israélienne sera préservée dans toute la zone de sécurité afin d’éliminer toute menace », a précisé le bureau du Premier ministre.
Le retrait concerne des zones situées au-delà de la zone tampon
Expliquant à quel point le retrait prévu de l’armée israélienne du Sud-Liban sera limité, un responsable israélien a noté que les soldats ne se retireront que de deux secteurs situés au-delà des frontières initiales de la zone tampon qui avait été mise en place au mois d’avril.
Au cours des deux mois et plus qui avaient suivi, l’armée israélienne avait progressé plus au nord, élargissant ainsi la zone tampon. C’est de deux de ces zones qu’Israël a accepté de se retirer dans le cadre de l’accord conclu avec le Liban – ces dernières n’incluent pas le château de Beaufort, qu’Israël a repris en mai.
Ce poste d’observation est considéré comme un symbole de l’ancienne occupation israélienne du Sud-Liban – elle avait duré 18 ans jusqu’à ce que le gouvernement décide de retirer ses militaires en l’an 2000, estimant qu’ils n’assuraient pas réellement une sécurité significative pour les habitants du nord, alors même qu’ils subissaient régulièrement des pertes.
Lors des pourparlers de cette semaine, Israël a insisté pour maintenir les frontières initiales de la zone tampon, arguant que cette étendue de territoire était nécessaire pour garantir que les villes frontalières du nord ne se trouveront pas à portée des missiles du Hezbollah.
Il semble toutefois peu probable qu’un retrait aussi limité satisfasse l’Iran ou son proxy, le Hezbollah, qui affirment qu’Israël viole le protocole d’accord signé la semaine dernière, lequel exigeait la fin définitive des opérations militaires au Liban.
Tant Israël que le Liban étaient furieux à l’égard des États-Unis quand il se se sont présentés à ce cinquième cycle de négociations en raison de la décision prise par Washington de signer le protocole d’accord avec l’Iran, a expliqué une source au Times of Israel.
L’attitude des États-Unis a conduit Israël à durcir dans un premier temps son positionnement lors des pourparlers avec le Liban cette semaine, en limitant considérablement les zones du sud-Liban d’où il se disait prêt à se retirer, a précisé la source.
Le Liban, de son côté, a estimé qu’il devait adopter une ligne plus dure dans les négociations avec Israël afin de contrer l’idée selon laquelle l’Iran exercerait une plus grande influence sur les affaires sur le territoire libanais que ce n’est le cas en réalité.
Un député du Hezbollah : le Liban ne peut pas faire respecter l’accord
Le Hezbollah lui-même n’est pas partie à l’accord.
Le député Hassan Fadlallah, représentant de la branche politique du groupe terroriste, a fait savoir que les autorités libanaises ne seraient pas en mesure de faire respecter l’accord-cadre à moins que, avec le soutien des États-Unis, « elles n’entrent en guerre civile », a rapporté Al Mayadeen.
Fadlallah a noté que le Hezbollah s’opposerait à toute mesure prise par les autorités libanaises et qu’il s’accrocherait encore davantage à ses armes, ajoutant que l’opposition du groupe était « sérieuse » et qu’elle ne permettrait pas aux autorités de mettre en œuvre leurs engagements sur le terrain.
Reuters a contribué à cet article.
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