Israël refuse l’entrée à un universitaire juif américain accusé d’être « un anarchiste de gauche »
Dernier cas d'une série d'expulsions de ressortissants étrangers, dont des Juifs, pour activités pro-palestiniennes en Cisjordanie, coordonnées par la PIBA et la police
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Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Un Juif américain titulaire d’un visa de résidence israélien de trois ans s’est récemment vu refuser l’entrée en Israël par les autorités d’immigration, sur recommandation de la police, au motif qu’il serait un « anarchiste de gauche » ayant commis des « actes criminels nationalistes ».
Malgré les accusations formulées par l’Autorité de la population et de l’immigration (PIBA) et par la police, aucune des deux institutions n’a fourni de preuves lorsque l’homme – qui a souhaité conserver l’anonymat – a été informé qu’il ne serait pas autorisé à rentrer dans le pays.
La PIBA, un département du ministère de l’Intérieur, n’a pas non plus précisé comment elle définissait les termes « anarchiste » ou « activités criminelles nationalistes » dans le cadre de l’évaluation des droits d’entrée en Israël.
Interrogée par le Times of Israel, la PIBA a indiqué que les activités de l’universitaire « étaient susceptibles de nuire aux services de sécurité » et que « le but de son séjour n’était pas compatible avec le visa dont il disposait », sans fournir d’éléments étayant ces affirmations.
L’agence a refusé de préciser sur quelle base elle l’avait qualifié « d’anarchiste », refusant également d’expliquer sa définition du terme « anarchiste », de citer ses sources selon lesquelles il aurait appelé à la destruction d’Israël, d’indiquer quelles « activités criminelles nationalistes » il aurait commises ou encore à quelles « activités anarchistes » il aurait participé.
La décision de lui refuser l’entrée en Israël constitue le dernier épisode d’une série de cas similaires et semble s’inscrire dans une action coordonnée entre la police et la PIBA visant à empêcher des activistes des droits civiques soutenant des civils palestiniens en Cisjordanie de mener des activités pacifiques sur le territoire.
L’universitaire n’a jamais été inculpé ni condamné pour « activité criminelle nationaliste ».
Il a fait appel de la décision de la PIBA de lui refuser l’entrée en Israël. « Mon cas, qui n’a rien d’exceptionnel, illustre un durcissement général du régime fasciste, dans lequel des mécanismes visant à imposer le silence sont invoqués pour occulter les violences en cours », a-t-il déclaré. « L’ordre colonial repose sur une logique sécuritaire fondée sur la potentialité. Je rejoins un large groupe de personnes bannies de manière préventive pour avoir menacé un ordre social maintenu par la violence. »
Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui a autorité sur la police, a déclaré en octobre dernier que la police et l’Autorité de la population et de l’immigration (PIBA) travaillaient conjointement pour expulser ces activistes d’Israël.
Plus tard dans le même mois, durant la saison de la récolte des olives, la police a indiqué que ses opérations visant à mettre fin aux actions des défenseurs des droits civiques en Cisjordanie et à « prévenir toute atteinte à l’image de l’État d’Israël dans le monde » avaient été menées « conformément aux politiques » de Ben Gvir.
Selon la PIBA, l’universitaire a été inscrit sur une liste de ressortissants étrangers interdits d’entrée en Israël en septembre 2025, sur recommandation de la police du district de Cisjordanie.
Son avocat précise qu’au moins un autre activiste a été ajouté à cette liste au même moment. La PIBA dispose d’un large pouvoir discrétionnaire pour décider qui peut entrer en Israël, selon des critères parfois flous. Elle n’est toutefois pas habilitée à prendre des décisions arbitraires ou discriminatoires.
La loi sur l’entrée en Israël, modifiée en 2025, prévoit néanmoins que des ressortissants étrangers peuvent se voir refuser l’entrée en Israël s’ils appellent publiquement au boycott d’Israël, s’ils nient la Shoah, s’ils nient le pogrom du 7-Octobre ou s’ils soutiennent publiquement la poursuite de citoyens israéliens devant des tribunaux étrangers pour crimes de guerre.
Très critique à l’égard du traitement réservé par Israël aux Palestiniens, l’homme est arrivé pour la première fois en Israël en 2021 en tant que chercheur invité à l’université hébraïque, muni d’un visa touristique. Il a ensuite effectué plusieurs allers-retours entre Israël et les États-Unis au cours des années suivantes.
En janvier 2025, il a occupé un poste de chercheur invité au département de sociologie et d’anthropologie de l’université de Tel Aviv (TAU) avec un visa étudiant. En juin 2025, il a obtenu un visa de résidence temporaire A1, accessible aux personnes éligibles à l’immigration en Israël en vertu du droit au retour, mais n’ayant pas encore décidé de devenir citoyens israéliens.
Le chercheur s’est installé dans la région des collines du sud de Hébron, en Cisjordanie, en février 2024, afin de mener des recherches doctorales sur les relations entre les résidents des implantations israéliennes et l’État. Il a vécu dans plusieurs villages palestiniens de la région.
Durant son séjour dans la région, il a pris part à des activités de « présence protectrice » aux côtés d’activistes palestiniens et juifs. Ces actions consistent à accompagner des Palestiniens dans leurs travaux agricoles afin de documenter des violences commises par des résidents d’implantations.
En novembre 2025, l’universitaire est retourné dans sa ville natale de Chicago pour une visite. À son retour en Israël, le 2 décembre, il a été retenu à l’aéroport Ben Gurion et interrogé par un responsable de la PIBA au sujet de ses activités.
Un document de la PIBA relatif à cet interrogatoire indique qu’il a été inscrit sur une liste de refus d’entrée en tant « qu’anarchiste appelant à la destruction de l’État d’Israël ».
Selon ce document, l’inscription sur cette liste remonte au 11 septembre 2025, sur recommandation de l’unité de renseignement de la police du district de Cisjordanie. La police a demandé cette mesure pour « activités criminelles nationalistes », précise la PIBA.
Aucune preuve de ces accusations n’a été présentée à l’intéressé lors de son interrogatoire à l’aéroport, ni concernant l’allégation selon laquelle il aurait appelé à la destruction de l’État d’Israël, ni au sujet de prétendues « activités criminelles nationalistes ».
La PIBA a également refusé de fournir de tels éléments au Times of Israel. L’universitaire nie catégoriquement l’ensemble de ces accusations.
La PIBA a toutefois évoqué un incident survenu en mars 2024, lorsque l’homme avait été arrêté par des soldats de Tsahal appartenant à une unité de défense territoriale de Cisjordanie, composée principalement de résidents mobilisés des implantations.
Il avait été interpellé à l’extérieur de la base militaire de Susya, dans les collines du sud de Hébron, après s’être porté volontaire pour aller récupérer un Palestinien âgé qui avait été arrêté, conduit à la base, puis relâché.
Le chercheur a été arrêté, soupçonné d’avoir filmé la base, une accusation qu’il conteste. Il a été conduit au poste de police voisin de Kiryat Arba, où il n’a pas été interrogé pour « avoir filmé une base militaire », mais pour « trouble à l’ordre public ».
Après 12 heures de détention au poste de police, il a été libéré sans inculpation.
Son cas est le dernier d’une série d’incidents similaires, dans lesquels des activistes étrangers soutenant les droits civils des Palestiniens, y compris des Juifs, ont été expulsés et interdits d’entrée en Israël.
Le 16 octobre dernier, 32 activistes étrangers pro-palestiniens avaient ainsi été expulsés d’Israël après avoir tenté d’aider des oléiculteurs palestiniens à récolter leurs olives dans le nord de la Cisjordanie.
Ces activistes étaient liés à l’organisation Union of Agricultural Work Committees (UAWC), interdite par Israël en 2021 en raison de ses liens avec l’organisation terroriste du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).
Dans une déclaration commune avec Tsahal, la police avait indiqué que Ben Gvir et le ministre de l’Intérieur par intérim Yariv Levin « avaient donné des instructions pour expulser les 32 anarchistes ».
Le communiqué de la police ajoutait « qu’une procédure d’expulsion accélérée de tous les activistes présents en Israël a été lancée, en coordination avec l’Autorité de la population et de l’immigration du ministère de l’Intérieur ».
Dans des propos qui lui sont attribués, Ben Gvir a salué le travail de la police du district de Cisjordanie ayant procédé aux arrestations, ainsi que celui de « nos partenaires de l’Autorité de la population [et de l’immigration] pour leur action décisive et professionnelle ayant conduit à l’expulsion de dizaines d’activistes anarchistes qui s’identifiaient à une organisation terroriste ».
Le 29 octobre, 11 activistes qui s’étaient portés volontaires pour aider les oléiculteurs palestiniens à récolter les olives ont été arrêtés dans la même région de Cisjordanie. Deux d’entre eux, des femmes juives américaines, ont également été expulsées par la PIBA.
La police avait alors indiqué que la police du district de Cisjordanie « agissait avec détermination, conformément aux politiques du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir », et sur instruction du commissaire de police, afin de « localiser et arrêter des agents étrangers impliqués dans des incitations à la haine et des provocations » qui, selon elle, « portent atteinte à l’image de l’État d’Israël dans le monde ».
La commission de la Knesset chargée de l’immigration en Israël, de l’intégration et de la diaspora a tenu deux auditions sur ces pratiques. Ben Gvir a toutefois empêché, de manière jugée illégale, la comparution de responsables de la police après que le président de la commission, le député Gilad Kariv, les a convoqués afin de répondre à des questions sur les politiques d’arrestation en Cisjordanie.
À la suite de plaintes déposées par Kariv auprès du conseiller juridique de la Knesset et du procureur général, Ben Gvir a finalement levé cette interdiction.
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