Les familles d’otages tués par erreur par l’armée décrient la promotion d’un commandant impliqué
2 ans après la mort des 3 otages évadés, leurs proches estiment que l'officier, qualifié par Tsahal de "droit et honnête", a failli à sa mission, a fui ses responsabilités et ne s'est jamais excusé
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Deux ans après la mort de trois otages évadés, tués par erreur par les troupes israéliennes dans la bande de Gaza, les familles de deux des victimes de ce drame ont dénoncé dimanche la promotion prévue du commandant du bataillon impliqué dans cet incident meurtrier.
Yotam Haïm, Alon Shamriz et Samar Talalka ont été tués le 15 décembre 2023 lors de « combats intenses » dans le quartier de Shejaiya, à Gaza-City, cinq jours après que les troupes de l’armée israélienne ont abattu leurs geôliers, sans savoir que ces derniers détenaient des otages à ce moment-là.
L’officier en question, le lieutenant-colonel « Dalet », qui commandait alors le 17ᵉ bataillon de la brigade Bislamach, figurait sur une liste de nominations établie vendredi par le chef des forces terrestres, le major-général Nadav Lotan.
Iris Haïm, la mère de Yotam, a exigé dimanche que le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, bloque la promotion prévue.
« Nous sommes tout simplement bouleversés… Comment peut-on promouvoir une telle personne ? », a-t-elle déclaré à Ynet.
« Ce commandant a entendu des cris et a été informé qu’il s’agissait là de personnes parlant un hébreu parfait. Il a ordonné [aux troupes] de cesser le feu, mais il ne s’est pas assuré que chaque soldat avait bien entendu l’ordre », a-t-elle expliqué.
« Ce commandant ne m’a pas contacté de sa propre initiative, pas même une seule fois. Nous l’avons forcé à venir nous parler. Et même là, il ne nous a pas dit la vérité. »
Selon l’enquête menée par Tsahal, un soldat du 17ᵉ bataillon a ouvert le feu sur trois personnes qu’il avait identifiées à tort comme une menace, en tuant deux et en en blessant une autre qui a pris la fuite vers un bâtiment voisin.
Les commandants présents sur place ont alors demandé aux soldats de cesser le feu afin d’identifier la troisième personne. Une quinzaine de minutes plus tard, le commandant du bataillon a entendu quelqu’un crier depuis le bâtiment : « Au secours ! Ils me tirent dessus ! » en hébreu. Il a alors de nouveau ordonné aux troupes de cesser le feu, tout en criant à la personne : « Venez vers moi ! »
Le troisième homme, identifié par la suite comme Yotam Haïm, est sorti du bâtiment en direction des troupes. Toutefois, deux soldats, qui n’avaient pas entendu l’ordre du commandant du bataillon en raison du bruit provenant d’un char à proximité, ont ouvert le feu et ont tué l’otage.
Le frère de l’un des otages assassinés : « L’officier a échoué trois fois en quinze minutes »
Yonatan Shamriz, le frère d’Alon, a également dénoncé cette promotion annoncée.
« Un jour après notre visite sur la tombe d’Alon, mon frère, ce héros, l’armée a annoncé qu’elle allait promouvoir le commandant du bataillon qui avait ‘supervisé’ cet événement. Voilà notre histoire, voilà ce que nous sommes devenus », a écrit Yonatan.
« D’un côté, Alon, mon héros de frère, qui a été enlevé chez lui en sous-vêtements. Un héros sans peur, qui a vécu l’enfer pendant 65 jours », a poursuivi Yonatan, ajoutant que « pendant cinq jours, il a supervisé l’une des opérations les plus audacieuses que le monde ait jamais connues », faisant vraisemblablement référence à la tentative d’évasion de Gaza.
Yonatan a souligné que son frère avait fait preuve de « courage, de détermination, de responsabilité mutuelle et de dévouement à la mission, autant de valeurs qui nous ont été inculquées et que nous transmettrons à nos enfants ».
« Et de l’autre côté », a-t-il écrit, « un commandant de bataillon qui a échoué trois fois en quinze minutes ».
« L’officier de rang intermédiaire qui n’a pas informé ses soldats qu’il pouvait y avoir des otages dans la zone et qui ne leur a pas dit ce que tous les soldats savent : ‘On ne tire pas sur des personnes nues brandissant des drapeaux blancs !’ »
« Le soldat qui n’a pas assumé ses responsabilités, qui n’a pas été rétrogradé, qui n’a pas été réprimandé, qui n’a pas été jugé et qui n’est pas venu nous présenter ses excuses, va obtenir une promotion », a souligné Yonatan.
« Si seulement ces officiers supérieurs avaient protégé mon frère, Yotam, et Samar, comme ils se protègent eux-mêmes. Promouvoir un officier aussi horrible, c’est cracher au visage de la famille et cracher sur la tombe d’Alon. Je promets que tous ceux qui sont responsables de cet échec en paieront le prix. Ce sera leur dernier emploi. C’est notre devoir », a-t-il écrit.
Tsahal : « Cet officier est intègre, professionnel et honnête »
En réponse aux critiques, l’armée a déclaré que le lieutenant-colonel « Dalet », au cours des deux dernières années, « a dirigé des centaines de soldats sous son commandement, en tant que commandant de deux bataillons différents, sous le feu ennemi et au péril de sa vie ».
« C’est un commandant intègre, professionnel et honnête qui travaille sans relâche et consacre sa vie à la sécurité de l’État d’Israël », a ajouté Tsahal.
L’armée a précisé que « l’enquête en question s’est achevée il y a environ deux ans et que ses conclusions ont été présentées aux familles et au public en toute transparence ».
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