La Syrie confirme des pourparlers avec Israël sous médiation américaine à Paris
Pas de réaction d’Israël après la rencontre à Paris entre Ron Dermer et le chef de la diplomatie syrienne ; Washington dit soutenir tous les efforts de stabilité et de paix
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Le ministre syrien des Affaires étrangères a tenu mardi à Paris une rare réunion avec une délégation israélienne, lors de pourparlers organisés par les États-Unis, qui cherchent à normaliser les relations entre Damas et Jérusalem, selon l’agence officielle syrienne.
L’agence SANA a indiqué que le ministre des Affaires étrangères, Asaad Hassan al-Shaibani, avait rencontré des responsables israéliens pour discuter d’une désescalade et du rétablissement de l’accord de cessez-le-feu de 1974. Les discussions auraient débouché sur « des accords qui soutiennent la stabilité dans la région », a-t-elle précisé.
« Ces pourparlers se déroulent sous la médiation des États-Unis, dans le cadre des efforts diplomatiques visant à renforcer la sécurité et la stabilité en Syrie et à préserver l’unité et l’intégrité de son territoire », a ajouté l’agence.
Israël n’a pas commenté les discussions de mardi, auxquelles auraient participé, selon la presse israélienne, Ron Dermer, ministre des Affaires stratégiques et proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ainsi que Tom Barrack, envoyé américain en Syrie.
Dermer et Shaibani s’étaient déjà rencontrés en Azerbaïdjan fin juin, puis à Paris la semaine précédente.
« Les États-Unis continuent de soutenir tous les efforts qui permettront d’instaurer une stabilité et une paix durable entre Israël et ses voisins », a déclaré à l’Associated Press (AP) un haut responsable de l’administration Trump après la réunion, sous couvert d’anonymat.
Il a rappelé la « vision d’un Moyen-Orient prospère » du président américain Donald Trump, incluant « une Syrie stable et en paix avec elle-même et ses voisins, y compris Israël », ajoutant que « nous voulons faire tout notre possible pour y parvenir ».
Les tensions entre Jérusalem et Damas avaient monté d’un cran, après le renversement du dictateur syrien Bashar el-Assad en décembre dernier. Peu après la chute du régime, des troupes israéliennes avaient pris le contrôle d’une zone tampon patrouillée par l’ONU en Syrie et mené des frappes aériennes contre des sites militaires afin, selon les responsables israéliens, de créer une zone démilitarisée au sud de Damas.
Israël avait affirmé qu’il ne permettrait pas à des forces hostiles de s’établir le long de la frontière, comme l’avaient fait les groupes soutenus par la République islamique d’Iran sous Assad. Les responsables israéliens ont fait part de leur méfiance envers le gouvernement du nouveau président syrien Ahmed al-Sharaa – également connu sous son nom de guerre, Abu Mohammed al-Jolani, qui n’était autre que le chef du groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l’ex branche d’Al-Qaïda en Syrie, qui a été le fer de lance du renversement du régime Assad.
Si Sharaa s’est engagé à bâtir un nouveau pays respectueux des droits des minorités, des violences sectaires ont éclaté à plusieurs reprises, alimentant les craintes sur la fragilité de la transition.
Israël a renforcé son intervention lorsque des affrontements ont éclaté le mois dernier dans la province de Soueïda, dans le sud de la Syrie, opposant forces gouvernementales et clans bédouins d’un côté, et groupes armés de la minorité druze de l’autre.
Le conflit avait entraîné des frappes israéliennes contre des forces syriennes pour défendre les Druzes, avant qu’un cessez-le-feu négocié par les États-Unis, la Turquie et plusieurs pays arabes ne mette fin à l’essentiel des combats.
Israël a déclaré agir pour protéger les Druzes, minorité fidèle à l’État hébreu et présente dans les rangs de Tsahal. L’armée a lancé des dizaines de frappes contre des convois syriens autour de Soueïda et visé le siège du ministère syrien de la Défense à Damas.
Bien que les combats aient en grande partie cessé, les forces syriennes encerclent toujours Soueïda, et les Druzes dénoncent un siège qui limite l’acheminement de l’aide.
Mardi à Paris, Tom Barrack, l’émissaire américain, a rencontré le chef spirituel druze israélien, le cheikh Muafak Tarif. Dans une déclaration qualifiant la réunion « d’excellente », Tarif a demandé l’aide des États-Unis pour mettre fin au blocus, faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, obtenir le retour des Druzes kidnappés et garantir la sécurité de la communauté.
Sur le réseau social X, Barrack a décrit une « réunion chaleureuse et instructive » avec Tarif, au cours de laquelle ils ont discuté de la situation à Soueïda et des moyens « d’apaiser les tensions et de renforcer la compréhension ».
Today I had a warm and informative meeting with Israeli Druze spiritual leader Sheikh Muwaffaq Tarif and his team. We discussed the situation in Suwayda and how to bring together the interests of all parties, de-escalate tensions, and build understanding. pic.twitter.com/A7htbbSl2r
— Ambassador Tom Barrack (@USAMBTurkiye) August 19, 2025
Si les Druzes de Syrie se sont longtemps méfiés d’Israël, une partie croissante de la communauté se montre aujourd’hui ouverte à son aide. Samedi, des centaines de personnes ont manifesté à Soueïda pour réclamer l’autodétermination, certains brandissant des drapeaux d’Israël.
Les vidéos et photos de la manifestation qui ont circulé sur les réseaux sociaux ont suscité l’indignation de nombreux autres Syriens, qui ont accusé les manifestants de trahison.
Israël et la Syrie sont techniquement en guerre depuis 1948.
Israël a repris environ les deux tiers du plateau du Golan à la Syrie pendant la Guerre des Six Jours en juin 1967, avant de commencer à y établir des implantations en 1981, une décision non reconnue par la communauté internationale à l’exception des États-Unis.
Un an après la Guerre du Kippour en 1973, Israël et la Syrie avaient signé un accord de désengagement, que Damas cherche aujourd’hui à rétablir.
En juin, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a déclaré que si Israël avait « intérêt » à normaliser ses relations avec la Syrie et le Liban, le plateau du Golan « resterait partie intégrante de l’État d’Israël » dans tout futur accord de paix, que le gouvernement syrien juge prématuré d’aborder.
la Communauté du Times of Israël !







