Rechercher

L’Autriche a nié son passé nazi. Elle y confronte ses jeunes en les faisant voyager

Au lieu du service militaire, les jeunes bénévoles autrichiens œuvrent dans le monde au sein d'ONG pour préserver la mémoire de la Shoah et de ses victimes

Robin Bigga-Piskernig, deuxième en partant de la droite, effectue un stage dans le cadre d'un programme autrichien qui envoie des jeunes à l'étranger pour s'informer et enseigner sur la Shoah. De gauche à droite, la professeure d'art Janet Lust Ganes, la présidente de la fondation Olivia Mattis, deux élèves du lycée Lawrence et l'administrateur de la fondation Matthew Spirn participent à une exposition d'art dédiée à Sousa Mendes, un sauveteur de la Shoah. (Avec l'aimable autorisation de la Fondation Sousa Mendes via la JTA)
Robin Bigga-Piskernig, deuxième en partant de la droite, effectue un stage dans le cadre d'un programme autrichien qui envoie des jeunes à l'étranger pour s'informer et enseigner sur la Shoah. De gauche à droite, la professeure d'art Janet Lust Ganes, la présidente de la fondation Olivia Mattis, deux élèves du lycée Lawrence et l'administrateur de la fondation Matthew Spirn participent à une exposition d'art dédiée à Sousa Mendes, un sauveteur de la Shoah. (Avec l'aimable autorisation de la Fondation Sousa Mendes via la JTA)

New York Jewish Week — Après 1945, des décennies durant, les Autrichiens ont mis en avant leur statut de victimes de l’Allemagne nazie. Ce n’est que dans les années 1980 et 1990 qu’ils ont formellement et informellement reconnu le rôle des Autrichiens dans la commission de crimes nazis.

C’est en 1998, au plus fort de cette prise de conscience, que le programme du Service Autrichien à l’Étranger a été créé, de façon à donner aux jeunes Autrichiens la possibilité de travailler avec des organisations à but non lucratif chargées de garder vive la mémoire de la Shoah et de ses victimes.

Les jeunes Autrichiens tout juste sortis du lycée peuvent choisir ce programme comme alternative au service militaire. Ils consacrent alors 10 mois de leur vie à des organisations sans but lucratif, partout dans le monde, à raison de 34 heures par semaine, sans aucun coût pour l’organisation d’accueil.

« Cela a été un grand avantage pour notre travail et cela nous a permis d’étoffer notre offre éducative sur la Shoah », explique Olivia Mattis, présidente et directrice générale de la Fondation Sousa Mendes, une organisation à but non lucratif dont le siège se trouve à Long Island et qui perpétue la mémoire du sauveteur de la Shoah Aristides de Sousa Mendes, le diplomate portugais qui a délivré un visa à des milliers de réfugiés fuyant la France occupée par les nazis.

« Il y a des choses que nous pouvons désormais faire grâce à cette main-d’œuvre supplémentaire, que nous ne pouvions pas faire auparavant », ajoute Mattis, dont le père a justement été sauvé par Sousa Mendes.

Cette année, la fondation, qui fait partie du programme depuis 2022, a accueilli Robin Bigga-Piskernig, 19 ans, son cinquième participant autrichien.

Une rue en l’honneur d’Aristides de Sousa Mendes, près de Porto, au Portugal, par Dr. Dheo (Crédit : Artistes 4 Israël)

Pour Bigga-Piskernig, ce programme est un moyen pour l’Autriche de « faire amende honorable » après ce qu’elle a fait lors de la Seconde Guerre mondiale. Il est prêt à faire tout ce que la fondation lui demandera de faire, et notamment la production de documents.

« Nous venons tout juste de terminer la traduction d’un roman graphique qui sera publié en version anglaise ainsi qu’en français et en allemand », souligne Bigga-Piskernig. « Et nous avons aussi un projet autour de passeports des années 1940 et un autre, à venir, sur Freud et la façon dont il a été sauvé pendant la Shoah. »

Jean Lou Cloos, directeur général du Service Autrichien à l’Étranger, explique dans une interview réalisée par e-mail qu’il existe un lien direct entre le programme et les efforts tardifs de l’Autriche pour accepter son passé.

Le programme « est né du long et difficile processus de l’Autriche pour se confronter au national-socialisme et à la Shoah », explique Cloos.

« Pendant des décennies, après 1945, l’Autriche a mis en avant son statut de victime de l’Allemagne nazie. Plus tard, le débat public et politique a établi que les Autrichiens avaient également été des coupables, des partisans et des bénéficiaires des crimes nazis. »

Des masses autrichiennes accueillant joyeusement le cortège d’Hitler alors qu’il entre dans le centre de Vienne après l’Anschluss, en mars 1938. (Crédit : Bundesarchiv bild)

Quelque 1 323 Autrichiens de 17 ans et plus ont participé au programme depuis sa création, dont 85 % d’hommes, répartis dans 66 pays, dont l’Allemagne et l’Italie.

« Nos bénévoles travaillent dans des mémoriaux de la Shoah, des musées juifs, des services d’archives, des instituts de recherche, des organisations liées aux survivants et des établissements d’enseignement », poursuit-il.

« Les bénévoles vont là où la mémoire est préservée, étudiée et transmise, que ce soit à Auschwitz, Yad Vashem, un musée juif en Europe ou un centre éducatif sur la Shoah aux États-Unis. »

Les participants apportent leur touche à l’enseignement de la Shoah, ce qui est utile pour toucher des jeunes comme eux. Grâce au travail de Bigga-Piskernig et de ses prédécesseurs, Mattis explique que depuis 2024, son organisation dispose d’un compte Instagram qui lui permet de publier son « héros de la semaine », un sauveteur qui s’est illustré lors de la Shoah.

Récemment, il a mis en avant Michael Ber Weissmandl, un rabbin orthodoxe de l’actuelle Slovaquie, qui a aidé des Juifs à échapper à la déportation en corrompant des nazis et leurs collaborateurs locaux. « Il a écrit des lettres désespérées, via la Suisse, aux puissances alliées pour leur demander de bombarder les chambres à gaz et les voies ferrées — ce qui, bien sûr, n’a pas eu lieu », commente Mattis.

Weissmandl figure également dans un jeu de 52 cartes à jouer de la taille d’un jeu de poker, contenant chacune la photo d’un sauveteur de la Shoah, créé et imprimé par la Fondation Sousa Mendes. Rien de tout cela n’aurait été possible sans le travail des bénévoles du service autrichien.

« Ils ont fait des recherches sur l’histoire de chacun de ces sauveteurs », souligne-t-elle.

Les stagiaires autrichiens se sont « totalement intégrés » à la fondation pour la création de romans graphiques qui racontent l’histoire de Sousa Mendes et des familles qu’il a sauvées. « Nous voulons désormais les inclure dans les programmes de formation des bar mitzvah »,souligne Mattis.

Hanna Pick, au centre, survivante de la Shoah et amie d’Anne Frank, arrose avec sa petite-fille Tamar Meir, à gauche, un jeune plant du marronnier qu’Anne Frank mentionne à trois reprises dans son journal, planté au mémorial de la Shoah Yad Vashem à Jérusalem, le 26 mars 2012. (AP/Sebastian Scheiner)

En outre, la fondation aide à produire des programmes pour le dimanche – des films et des thèmes de discussions sur des histoires de sauvetage et de résistance. Elle a également développé un livre d’images pour enfants sur Sousa Mendes et son travail, et un autre sur Anne Frank et le projet de jeune plant d’Anne Frank.

« Caché avec ses proches pour échapper aux nazis, dans une annexe secrète à Amsterdam », rappelle Mattis, « il n’y avait qu’un seul élément de nature qu’elle pouvait voir, dehors. C’était un arbre : en le regardant, elle voyait le changement des saisons. Il a vécu jusqu’à l’âge de 170 ans, et est mort en 2010. La Maison d’Anne Frank à Amsterdam a prélevé des jeunes plants de cet arbre et les a envoyés sur des lieux de mémoire afin que l’histoire d’Anne Frank voyage dans le monde entier. »

TOUS NOS ARTICLES SUR ARISTIDES DE SOUSA MENDES

L’un de ces arbres sera planté au musée Sousa Mendes au Portugal et inauguré en juillet prochain. La fondation a invité 20 enseignants pour cette inauguration.

« La raison pour laquelle nous étions si impatients d’obtenir cet arbre est qu’Anne Frank avait un cousin, Jean-Michel Frank, le cousin germain du père d’Anne, Otto Frank, lequel a eu son visa grâce à notre héros, Sousa Mendes. Grâce à cet arbre, nous réunissons donc là l’histoire d’Anne Frank et celle de Sousa Mendes. »

Interrogé sur son expérience au sein du Service Autrichien à l’Étranger, Bigga-Piskernig explique que son travail et ce qu’il a appris à la Fondation Sousa Mendes l’aident « à mieux comprendre la Shoah et le rôle de l’éducation pour lutter contre l’antisémitisme ».

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.