Le chef de l’UNRWA demande une enquête sur le meurtre présumé de 400 de ses employés par Tsahal
Lazzarini dénonce le "niveau extraordinaire d'impunité" des actions d'Israël à Gaza ; il laisse une agence au bord de "l'effondrement", accusée de liens étroits avec le terrorisme
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Mardi, le directeur sortant de l’agence des Nations Unies chargée de l’aide aux réfugiés palestiniens a dit qu’il voulait qu’une enquête soit effectuée sur la mort de près de 400 employés de l’UNRWA pendant la guerre à Gaza.
Selon Israël, plus d’un millier d’employés de l’UNRWA sont liés à des groupes terroristes, et les installations de l’agence ont été utilisées à plusieurs reprises pour des activités terroristes, notamment lors du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.
Dénonçant ce qu’il a décrit comme « un niveau extraordinaire d’impunité », le commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, a fait valoir, à l’occasion de son dernier jour en fonction, qu’Israël semblait disposer d’un « permis de tuer » à Gaza.
« Je pense qu’il nous faut mettre en place un groupe… un groupe d’experts de haut niveau pour enquêter sur la mort de nos collaborateurs », a expliqué Philippe Lazzarini aux journalistes qui étaient réunis à Genève.
Âgé de 62 ans, ce ressortissant suisse a condamné le meurtre présumé de « plus de 390 » membres du personnel de l’agence à Gaza, dans le cadre de la guerre déclenchée par le pogrom du 7-Octobre en Israël.
« Beaucoup d’autres ont subi des blessures qui ont bouleversé leur vie ou ont été arbitrairement détenus et torturés », a-t-il assuré. Il a affirmé qu’une enquête était nécessaire à la fois sur la mort des employés de l’UNRWA, mais aussi sur celle d’autres membres du personnel de l’ONU, soulignant : « D’autres collègues de l’ONU ont également été tués ».
Lazzarini a ajouté avoir évoqué la question d’une enquête auprès du bureau du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et auprès des États membres de l’ONU.
Il a déploré le comportement d’Israël pendant la guerre, qui a donné l’impression que « toutes les lignes rouges possibles ont été franchies, sans jamais entraîner la moindre conséquence, qu’elle soit diplomatique, politique, économique, juridique. Rien ».
Selon certaines informations, les services de renseignement israéliens ont affirmé, pendant la guerre, qu’environ 10 % des 12 000 employés de l’UNRWA à Gaza étaient liés à des groupes terroristes palestiniens, et qu’au moins 12 d’entre eux avaient participé à l’attaque du 7-Octobre. Ces services ont également découvert plusieurs installations du Hamas, directement situées sous de multiples locaux de l’UNRWA.
Au moins une otage israélienne kidnappée lors du massacre a rapporté avoir été détenue dans une installation de l’UNRWA. L’armée israélienne a à plusieurs reprises pris pour cible des centres de commandement du Hamas et des hommes armés retranchés dans des écoles de l’UNRWA.
Plusieurs enquêtes internes et externes menées en lien avec l’ONU ont conclu à l’existence de certains « problèmes liés à la neutralité » au sein de l’UNRWA, estimant toutefois qu’Israël n’avait pas fourni de preuves concluantes à l’appui de son accusation principale.
Mardi, Lazzarini a soutenu qu’Israël justifiait systématiquement les meurtres de membres du personnel de l’UNRWA, d’autres travailleurs humanitaires, de professionnels de santé et de journalistes en présentant les victimes comme des « membres du Hamas ».
Il a porté une accusation similaire concernant les combats avec le Liban, qui ont repris le 2 mars dernier, lorsque le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a rouvert le feu sur le nord d’Israël après une longue période d’accalmie.
Certaines des personnes tuées lors de ces attaques, qu’Israël qualifiait de « membres du Hezbollah », ne sont peut-être pas des terroristes, a fait valoir Lazzarini. Pour le chef de l’UNRWA, cette situation témoigne d’une « propagation » au-delà de Gaza du sentiment d’impunité présumé.
Évoquant le conflit en cours entre les États-Unis, Israël et l’Iran, Lazzarini a expliqué que « l’échec cuisant » de la communauté internationale à réagir avait « ouvert la voie à une guerre hors du cadre du droit international » qui « s’étend désormais à tout le Moyen-Orient et au-delà ».
Si les tensions entre Israël et l’agence dirigée par Lazzarini, qui fournit une aide humanitaire, des soins de santé et des services éducatifs à près de six millions de Palestiniens à Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie, sont anciennes, elles se sont considérablement exacerbées depuis le début de la guerre.
Les quelque 5,9 millions de bénéficiaires de cette aide sont enregistrés par l’UNRWA comme réfugiés palestiniens – un statut accordé à tout descendant d’Arabes déplacés lors de la guerre qui a entouré la création d’Israël en 1948. L’État juif soutient depuis longtemps que la définition de l’UNRWA, qui ne s’applique à aucun autre groupe de réfugiés dans le monde, contribue à perpétuer le conflit israélo-palestinien en refusant de les réinstaller ailleurs, à l’instar de ce qui se fait habituellement pour d’autres populations de réfugiés.
Israël a adopté en octobre 2024 une loi interdisant à l’agence des Nations unies d’opérer sur son territoire. Il accuse l’agence de servir de couverture aux terroristes du Hamas, affirmant que certains de ses employés ont pris part au pogrom du 7-Octobre.
Au début de l’année, les autorités israéliennes ont également lancé la démolition du siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est. Une initiative que Lazzarini a dénoncée comme « extrêmement scandaleuse ».
Les décisions prises par Israël à l’encontre de l’agence, associées à de sévères coupes budgétaires, ont conduit l’UNRWA au bord de « l’effondrement », a indiqué Lazzarini. Les États-Unis, longtemps premier donateur de l’UNRWA, ont décidé de geler leur financement en janvier 2024 après qu’Israël a accusé des membres du personnel de l’agence d’avoir pris part à l’attaque du 7-Octobre.
Si la communauté internationale échoue à protéger l’UNRWA, a averti Lazzarini, « les conséquences seront catastrophiques pour une génération, voire plus ».
Christian Saunders, coordinateur spécial chargé d’améliorer la réponse de l’ONU face à l’exploitation et aux abus sexuels, succédera temporairement à Lazzarini à la tête de l’agence.
la Communauté du Times of Israël !







